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Une entreprise japonaise condamnée pour des propos racistes à l'encontre des Coréens et des Chinois

Une femme d'origine sud-coréenne, victime de problèmes de santé mentale après que des documents à contenu discriminatoire ont été distribués à plusieurs reprises dans la grande entreprise où elle travaille, a gagné son procès contre son employeur.

La demanderesse travaille pour la société immobilière Fuji Corp. basée dans la préfecture d'Osaka, dans l'ouest du Japon. La société est suffisamment grande pour être cotée sur la première section de la Bourse de Tokyo. Elle avait demandé des dommages et intérêts de 33 millions de yens (environ 270,000 euros) à l'entreprise et à son directeur de 74 ans, mais le tribunal a ordonné à l'entreprise de ne payer qu'un total de 1,1 million de yens (environ 9,000 euros).

Selon les détails de la décision de justice, la femme travaille à temps partiel dans l'entreprise depuis 2002. Vers 2013, l'entreprise a commencé à distribuer à tous ses employés et à plusieurs reprises des articles de magazines et d'autres documents dont le contenu insultait des étrangers, notamment des Sud-Coréens et des Chinois. Dans ces documents, on pouvait lire des passages décrivant les ressortissants étrangers de ces pays comme des "menteurs" et des "animaux sauvages", et qu'ils devaient "mourir".  D’autres articles remettaient en doute les crimes de guerre commis par l’armée impériale japonaise lors de la première moitié du 20e siècle.

La décision du tribunal a commencé par donner du poids aux passages de la loi sur les normes du travail qui garantissent les intérêts moraux d'une personne et signifient qu'elle ne peut être soumise à une discrimination fondée sur sa nationalité. Bien que le tribunal n'ait pas reconnu que la distribution des documents écrits constituait un acte de discrimination visant spécifiquement la plaignante, il a déclaré que l'action de l’entreprise  "aurait été ressentie comme une insulte envers les personnes de nationalité sud-coréenne et celles qui ont des racines dans sa culture." Il a reconnu qu'une violation de ses droits moraux s'était produite, déclarant: "Il est approprié d'avoir ressenti un sentiment de crise d'être traité avec discrimination par une entreprise qui exprime des sentiments de haine (envers la Corée du Sud). La femme était également angoissée à l'idée d’exprimer ses opinions librement. "

Parce que l'entreprise continue de distribuer les documents écrits en grande quantité, le tribunal a déclaré: "Dans un sens plus large, ces actions constituent une "éducation de la pensée", et il existe un danger que l'entreprise tente de manipuler les opinions politiques de ses employés."

Après avoir reçu le jugement, Fuji Corp. a indiqué qu’elle envisageait de faire appel de la décision, déclarant: "Il est très difficile pour nous d’accepter cela sur la base de considérations relatives à notre liberté d’expression et à notre pouvoir discrétionnaire de former nos employés."

Le ministère de la Justice a révélé en 2016 que parmi les 4200 personnes de nationalité étrangère qui ont répondu à une enquête, environ 30% d'entre elles avaient été "souvent" ou "parfois" interpellées de manière discriminatoire au cours des cinq dernières années. Parmi eux, 53% ont déclaré que la personne qui leur avait tenu ces propos était une personne qu'ils ne connaissaient pas, tandis que la deuxième réponse la plus choisie concernait une personne proche de leur travail ou un de leurs clients. Les habitants de leur quartier représentaient 19%, les employés de magasin étaient cités dans 15% des réponses, et les agents du service public ou des transports publics auraient fait de telles remarques dans 12% des cas.

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