Architecture

Fabrice Heilig, collectionneur hors norme, a construit une réplique du premier bâtiment de Nintendo dans son jardin

Fabrice Heilig, que certains connaissent sous le pseudo yamafuda, collectionne depuis plus de 20 ans maintenant les jeux de cartes Nintendo. Né en 1976, l’alsacien, chef d’équipe chez siemens, possède aujourd’hui l’une des plus impressionnante collection d’objets fabriqués par la compagnie japonaise avant les années 80, bien avant Mario et les jeux vidéo qui font sa gloire aujourd’hui.

En achetant par hasard de vieilles consoles lors de brocantes, Fabrice ne savait sans doute pas qu'il s'embarquait dans une aventure passionnante. Même s’il hésite à employer ces termes, dans ce domaine, sa collection est sans doute l’une des plus importante de France, sinon du monde.

Son pseudo est une contraction entre Yamauchi, la famille fondatrice de Nintendo, et Hanafuda, le jeu de cartes traditionnel japonais.

Les plus passionnés et persévérants des collectionneurs continuent de déterrer des trésors de plus en plus exceptionnels et de surprendre le monde par leur passion.

Une collection exceptionnelle

Attardons nous sur cette collection et les objets qui la compose. Combien d'objets un passionné comme Fabrice peut-il posséder ?

« Je ne compte pas vraiment. J’ai commencé à scanner et lister les jeux de cartes, ça avance, mais il faut du temps. À vue d’œil, j’ai entre 500 et 600 jeux de cartes, 150 jouets et consoles Nintendo (sans compter les cartouches). » À vue d’œil.

Beaucoup ignorent encore que la société japonaise créée le 23 septembre 1889 à Kyoto, fabriquait des cartes à jouer : les hanafuda et les karuta.

Comme tout bon spécialiste qui se respecte, son but n'est pas d'obtenir la plus grande collection du monde. Cela n'a aucun sens si vous ne savez pas ce que vous avez entre les mains. « Au départ, je collectionnais de tout sur le thème du Jeux vidéo et sur toutes les plateformes, pas spécialement Nintendo. Quelques années plus tard, je me suis recentré sur cette seule marque, celle qui m’avait le plus imprégné dans ma jeunesse. »

Fabrice s'est donné pour objectif de reconstituer, à travers ces jeux de cartes, « l'histoire de l'entreprise, d'en montrer l'évolution et la diversité. » La finalité serait de créer un petit musée… Un jour peut-être.

« Cela ne m’intéresse pas de tout de posséder sur Nintendo. Ce serait impossible. J’espère pouvoir constituer un joli panorama des productions et de l'histoire de Nintendo depuis sa création en 1889 à aujourd'hui. » Cela dit, si Fabrice cible principalement des objets pouvant apporter un plus à son projet, il récupère souvent des pièces qui lui plaisent tout simplement même si elles n’ont pas grand intérêt historiquement. On ne se refait pas.

Fabrice déniche les modèles les plus rares dans des enchères japonaises. Ces deux cartes Nintendo sont en or pur à 99,9% et fabriquées par Mitsubishi Materials

Certaines perles lui échappent encore et restent extrêmement compliquées à trouver ou retrouver.

« Il existe des Hanafuda dorées et argentées version Mario contenus dans une belle boite en bois, que Nintendo a offert à certains de ses meilleurs fournisseurs. »

Il mettra la main dessus un jour, c'est certain. « Collectionneur, c'est un travail de longue haleine et la patience est de mise. »

Fabrice a une préférence pour les cartes. « C'est pour vendre ces jeux que la société a été fondée et c'est ce qu'elle a fait durant plus de 70 ans avant de se lancer sur d'autres marchés. »
Depuis quelques années Nintendo sort de nouvelles séries de Hanafuda pour de nombreuses licences connues et pas seulement les siennes.
Nintendo a fabriqué de nombreux jouets et jeux de société avant Mario.
Un jeu de Mahjong que Nintendo produisait
Les coffrets en bois ont un sacré cachet.
Un coffret, en bois de paulownia, de Hanafuda Nintendo, datant de 1940/50
Un jeu de carte Napoléon (marque de Nintendo des années 35/45) avec des illustrations du petit chaperon rouge.
Des Hanafuda très kawaii
Des jeux de cartes "The Legend of Zelda" fabriqués dans les années 80
Metroid sur NES en parfait état et dédicacé en personne au Japon par "Hiroji Kiyotake" Character Designer de Samus Aran.
"Power Lift", des chariots élévateurs de Nintendo datant de 1973.
"Twins", jouet multi-activités de Nintendo sortie en 1971.
Le célèbre "Love Tester" de Nintendo datant de 1969 ainsi que sa reproduction officielle fait par Tenyo en 2010.

Il s’était accaparé deux petites pièces de sa coquette maison pour empiler tous ces jeux et jouets, Mais pour stocker dans les meilleures conditions ce fabuleux trésor, il lui fallait un écrin de choix. Fabrice a alors initié un projet absolument passionnant, tout à fait exceptionnel à bien des égards. A plus de 9000 kilomètres du siège historique de Nintendo à Kyoto, il a recréé une réplique, à taille réelle, quasi parfaite, du premier magasin de la marque. Quelle idée fantastique.

Un projet exceptionnel

« Je commençais vraiment à manquer de place, c’est souvent le problème de bon nombre de collectionneur. Et je voulais trouver un espace pouvant accueillir une partie de ma collection, surtout mes jeux de cartes. »

L'idée à commencé à faire son petit bout de chemin en visionnant une série de photos de ce vétuste bâtiment détruit en 2004, le premier local de Nintendo.
Le bâtiment historique de Nintendo n'existe plus. Il a été remplacé par un parking. Il ne subsiste que de rares photos exploitables.

« Pour planifier la structure de la réplique, il a fallu trouver les bonnes mesures. Les deux bâtiments contigus existent toujours, nous avons pu établir la largeur. C’est avec l’aide d’une bretonne expatriée à Kyoto, que les mesures ont été prises. »

« J’ai utilisé comme référence la taille des éléments en pierre du bureau voisin, le bâtiment de Nintendo de 1933, toujours debout mais qui sera transformé en hôtel prochainement. »

Cet arbre a été enlevé. Empiétant chez le voisin, il devait l’être de toute manière. 18 mois plus tard, à sa place, se dresse désormais une bâtisse traditionnelle japonaise.
Avec la crise sanitaire et les restrictions de déplacement, le travail a été plus long que prévu mais aujourd’hui, tout est pratiquement terminé.
Les fondations en béton.
L'ossature du bâtiment est en bois.

« Pour les menuiseries et toujours dans une optique d’authenticité, je souhaitais travailler avec un artisan local qui comprendrait mes besoins mais surtout qui partagerait un certain amour du Japon. Il s’avère que j’ai trouvé les partenaires idéals (Shoji menuiserie), qualifiés et enthousiastes, à seulement une vingtaine de kilomètres de chez moi. »

Les lamelles de bois de mélèze qui habillent la façade.
La façade en bois de mélèze dans les ateliers de Shoji menuiserie.

« Il me fallait absolument des tuiles japonaises pour garder tout le charme et pour m’approcher au plus près de l’original. Se les procurer a été un vrai parcours du combattant. Depuis le Japon ou les USA, organiser le transport était bien trop compliqué et les coûts exorbitants. J’ai finalement trouvé un concepteur hollandais de jardin japonais qui a pu me fournir. »

Les fameuses tuiles japonaises... sur une palette Kirin.
« La reproduction est limitée à la façade. Pour des raisons légales, je n’ai réalisé que la partie basse du bâtiment. De toute façon, il n’existe pas de photo de l’ensemble avec le second étage, ni d’information sur l'intérieur. »

« Mon budget, n’étant pas illimité, j’ai, pour le moment, laissé de côté la rambarde qui doit se situer devant le bâtiment, et préfère me concentrer sur des éléments bien plus essentiels. Ce n’est que partie remise. D’autant plus que je compte aussi m’attaquer à l’aménagement extérieur, autour de la maisonnette, afin de la mettre encore plus en valeur et dans un cadre agréable. »

Le logo Nintendo en kanji gravé sur une plaque de bois en Chêne massif
Cette chaîne de gouttière japonaise n'existe pas sur le bâtiment original mais elle apporte une belle touche d'élégance à l'ensemble.
En ce qui concerne l’aménagement intérieur, Fabrice nous promet de nous en dire plus prochainement. Mais tout est déjà défini et cohérent. Il y disposera sa fabuleuse collection de cartes.
Derrière la première porte en bois décoratif, il y a une vraie porte pour sécuriser son bel investissement.
La petite pièce bénéficie d'un bel éclairage mais également d'une ventilation, d'un climatiseur réversible et du chauffage pour préserver la collection.
Avec ce genkan, il faudra retirer ses chaussures pour admirer la collection de Fabrice.
Fabrice a fait réaliser, sur mesure, les deux plaques emblématiques, que tous les amoureux de Nintendo connaissent, ornant le bâtiment historique en pierre qui sera transformé en hôtel. Chacune d'entre elles, en alu, pèse 7 kg. On a hâte de découvrir où elles seront installées.
Le diable se cache dans les détails. Voici une nouvelle preuve que Fabrice n'a rien laissé de côté. « Sur l’une des photos en couleur de l’original, on aperçoit un coffret rouge que l’on retrouve aussi devant beaucoup de maison japonaise dans les vieux quartiers de Kyoto. C’est un boitier pour ranger un extincteur. Je me devais d’intégrer ce subtil détail à mon projet. Je l’ai fait importer du Japon. Il apporte une belle touche colorée à l’ensemble. »
Fabrice a passé de nombreux week-ends et jours de congés sur ce projet unique. Et quel résultat !
Un travail en tout point exceptionnel. Félicitations.

Merci à Fabrice pour avoir eu la gentillesse d’avoir répondu à nos questions. Vous pouvez le suivre sur twitter et facebook, il y présente de nombreux objets de sa collection.

Au passage, si vous souhaitez en savoir encore un peu plus sur ce fabuleux projet, l’ami Florent Gorges, a réalisé deux vidéos en compagnie de Fabrice, dans Collector’s Quest et les Petits Secrets de la Playhistoire.

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