Musique

Enka, la chanson japonaise du 20e siècle

La chanson japonaise ne se résume heureusement pas à Arashi, AKB48 ou Ayumi Hamasaki. Bien avant l'ère de ces superstars adulées, c'est un tout autre genre de musique qui animait les foyers japonais d'après-guerre. Et pour comprendre le monde de la chanson de cette époque, il convient de s'intéresser à un style en particulier, l'enka.
L'enka est un style de chant populaire au succès commercial important durant l'ère Showa, et particulièrement entre les années 50 et 80. Les thèmes abordés dans les chansons sont toujours un peu les mêmes, les chagrins d'amour et le "furusato", comprenez la ville, la région ou le quartier où l'on a grandi.

Aux premières notes d'une chanson d'enka, on est immédiatement transporté au Japon, c'est la raison pour laquelle l'enka est souvent considéré comme l'archétype de la chanson japonaise. Si les prémices de l'enka remontent à l'ère Meiji, à la fin du 19ème siècle, c'est véritablement dans les années 50 que le style s'est démocratisé jusqu'à faire de certains interprètes des stars légendaires.

Dans ce dossier spécial, nous allons passer en revue les différentes étapes de la vie du enka, faire la connaissance de la reine et de la princesse du enka et découvrir que certains titres comptent aujourd'hui encore parmi les plus vendus de l'histoire discographique japonaise.
Si vous avez pour but de vous constituer une discothèque japonaise idéale, nul doute que vous devrez posséder l'ensemble des chansons que nous allons vous présenter.

Années 50-60

Certains diront que c'est l'âge d'or du enka car il correspond à l'avènement des premières stars du genre parmi lesquelles celle que l'on appellera bientôt la reine du enka, Hibari Misora, ou encore Hideo Murata et Minami Haruo côté masculin. Le style étant quasiment l'unique genre populaire commercialement à l'époque, les chansons célèbres sont légion. Nous en avons tout de même sélectionné cinq que vous devrez absolument connaître si vous voulez faire une grosse surprise à vos amis japonais lors de votre prochain karaoke.

Hachiro Kasuga - Wakare no ippon-sugi
Sortie en décembre 1955, cette chanson s'est vendue à 500,000 exemplaires.

Emission de télévision diffusée en 1974

Hideo Murata - Ōshō
Sortie en novembre 1961, le titre devient un tube énorme, s'écoulant à 3 millions d'exemplaires.

Minami Haruo - Tokyo Gorin Ondo
Ce titre est la chanson officielle des Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Pas étonnant donc qu'il se soit vendu à plus de 1,3 million d'exemplaires.

Minami Haruo - Tawaraboshi Genba
Cette chanson, longue de plus de 8 minutes, est en quelque sorte ce que l'on pourrait appeler l'opéra japonais. Regardez plutôt.

Hibari Misora - Yawara
Sortie en novembre 1964, "Yawara" est une des chansons les plus appréciées de Hibari Misora. Elle a d'ailleurs le Grand Prix aux Japan Record Awards. Il s'en est vendu 1,8 million de copies.

Années 70

Les années 70 marquent un premier essoufflement du genre, mais l'arrivée de nouvelles têtes d'affiches permet tout de même au enka de rester populaire. Parmi les vedette de l'époque, on découvre Keiko Fuji, la princesse du enka, qui n'est autre que la mère de Utada Hikaru, star mondiale de la J-Pop. Shiro Miya et la jeune Sayuri Ishikawa âgée alors de 19 ans contribueront également via leurs hits au succès du style.

Keiko Fuji - Keiko no Yume wa Yoru Hiraku
Avec 10 semaines consécutives en tête du top des ventes, ce titre sorti en avril 1970 reste l'un des plus gros succès de Keiko Fuji avec le titre "Shinjuku onna" sorti en janvier de la même année.

Shiro Miya - Onna no michi
Sorti le jour de Noël 1972, le titre possède toujours le record du plus grand nombre de semaines consécutives au sommet du hit-parade. Avec 16 semaines de suite numéro un, "Onna no michi" s'est vendu à 3,25 millions d'exemplaires. C'est le titre de enka le plus vendu de l'histoire et le deuxième tout genre confondu.

Sayuri Ishikawa - Tsugaru Kaikyō Fuyugeshiki
Sortie le 1er janvier 1977, cette chanson est le plus gros tube de Sayuri Ishikawa, alors âgée de seulement 19 ans. La chanson est encore chaque année interprétée lors de la grande émission du réveillon au 31 décembre.

Années 80

Les années 80 sont le témoin de l’arrivée d'un nouveau genre, le "kayōkyoku", la variété japonaise incluant des sons plus modernes. Si certains interprètes peinent à renouveler le genre, d'autres saisissent l'occasion et réalisent des tubes considérées encore aujourd'hui comme de vrais classiques. Les années sont marquées par des artistes comme Takashi Hosokawa et par les derniers succès de Hibari Misora, Keiko Fuji et l'apparition des groupes d'idoles, filles et garçons.

Takashi Hosokawa - Kita Sakaba
Sorti en mars 1982, "Kita Sakaba" remporte le 24ème Japan Record Awards la même année.

Masako Mori - Ettou tsubame
Masako Mori, qui a remporté le prix de meilleure chanteuse aux 25ème Japan Record Awards, sort la chanson "Ettou tsubame" en 1983. La vidéo qui suit date de son dernier concert avant son retrait du monde de la chason précédant son mariage.

Teresa Teng - Toki no nagare ni mi wo makase

Sorti en février 1986, cette chanson est l'un des plus grand succès de Teresa Teng, idole nationale de Taïwan, star dans toute l'Asie, et artiste adoptée par le public japonais.

Hibari Misora - Ai san san
"Ai san san" est sorti en mai 1986. A défaut d'être le plus grand succès de la reine du enka, c'est en toute subjectivité, l'un de ses plus beaux titres.

Tomio Umezawa - Yume shibai (1982)
Comédien, amuseur et chanteur, Tomio Umezawa signe l'un des plus grands tubes de 1982/1983 avec le titre "Yume shibai". Un classique.

Sayuri Ishikawa - Amagigoe
Sorti en juillet 1986, "Amagigoe" est le deuxième plus grand succès de Sayuri Ishikawa. Le joueur de baseball japonais Ichiro a fait de cette chanson son "hymne" lorsque son tour de battre arrivait lors de ses matches avec les Mariners de Seattle.

Ikuzō Yoshi - Yukiguni (1986)
Chanson d'amour de fin d’année, Yukiguni (pays de neige) est l'un des plus gros hits de 1986.

Hibari Misora - Kawa no nagare no youni
Cette chanson est un monument du enka à plus d'un titre. D'une part, c'est le dernier single sorti avant la mort de Hibari Misora en 1989. Ensuite, c'est un énorme succès commercial avec plus d'1,5 millions de disques vendus. Enfin, parce qu'elle a été élue meilleure chanson japonaise de l'histoire par un sondage réalisé par la NHK en 1997 auquel 10 millions de personnes ont participé. A noter que les paroles ont été écrites par un certain Yasushi Akimoto, producteur des Onyanko Club de l'époque, et des AKB48 d'aujourd'hui.

Dernière apparition télévisée de la diva japonaise avant sa disparition

Aujourd'hui

Non, le enka n'est pas mort. Si les années 90 et 2000 ont été difficiles, certains artistes continuent dans cette voie. L'icône du enka au 21ème siècle s'appelle Kiyoshi Hikawa. L'artiste né en 1977 tente de moderniser le genre en rangeant au placard son kimono et en préférant les chemises ouvertes et les vestes à paillettes. Parmi ces tubes, on peut citer notamment "Tokimeki no rumba", "Hatsukoi ressha" ou encore "Rōkyōku ichidai". Chaque dimanche depuis 60 ans sur la chaîne publique NHK, le enka est mis à l'honneur dans l'émission "Nodo jiman", sorte de télé-crochet amateur.
Vous l'aurez compris, le enka représente une part importante de la culture musicale des Japonais. Nous espérons que vous prendrez du plaisir à découvrir ou redécouvrir ces classiques et que vous partagerez avec nous vos futures découvertes.

Midori Oka est née en 1984
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