Balade à Matsumoto, la ville du château corbeau

mardi 11 juillet 2017 / par
navigatedown

Avant de rejoindre le tumulte de Tokyo, j’ai fait une dernière escale à Matsumoto. Réputée principalement pour son château, l’un des douze authentiques du Japon, Matsumoto est une ville charmante, à taille humaine bien qu’elle continue à se développer.
J’ai donc passé une petite journée à vagabonder dans le centre-ville pour en apprendre un peu plus sur cette ville. J’ai commencé par visiter l’ancienne école Kaichi, au nord-ouest du château. Cette école élémentaire a été construite en 1873 et est donc l’une des plus vieilles qu’on puisse visiter au Japon. Dès son ouverture, l’école a acquis une aura très importante à travers tout le district, en partie en raison de son architecture singulière largement inspirée de l’Occident.

Au moment où l’école Kaichi était édifiée, une nouvelle époque commençait pour le Japon : l’ère Meiji allait réformer de fond en comble le système administratif du pays mais aussi son système éducatif. En 1872 fut instauré un tout nouveau système scolaire calqué sur ce qui se faisait en Occident. Le gouvernement Meiji encourageait pour la première fois de l’histoire nippone l’éducation pour tous, sans distinction entre les enfants de samurais et les gens du peuple. De nouvelles écoles se sont ainsi créées un peu partout dans le pays, comme l’école Kaichi à Matsumoto dont le nom signifie littéralement « mener une vie vertueuse et cultiver la sagesse ».
A l’intérieur de l’école sont exposés des matériaux de cours des époques Edo, Meiji, Taisho et Showa. On y explique aussi pourquoi l’architecture de l’école Kaichi lui a valu d’être classée patrimoine culturel important. Les éléments exposés à l’intérieur font largement penser aux vieilles écoles de la même époque qu’on peut visiter en Europe, et pour cause : « l’occidentalisation » du système éducatif voulue par le gouvernement Meiji a même poussé les écoles à adapter leur mobilier. Les élèves ne suivaient plus les cours assis sur des tatamis mais sur des chaises en bois en face de petits bureaux d’écoliers.
Quelques centaines de mètres plus loin, c’est une époque encore loin de toute volonté d’occidentalisation qui se dresse devant nous : le château de Matsumoto, aussi appelé le « corbeau » pour la noirceur de sa façade, a été construit en 1593 et n’a plus bougé depuis. Jamais endommagé et donc jamais reconstruit, on peut le visiter en intégralité tel quel. C’est l’un des plus beaux et des plus réputés du pays, pour son authenticité comme pour son caractère très photogénique.

Le donjon principal dispose de 5 étages et est flanqué de deux plus édifices. Le premier étage du donjon a été construit pour les guerriers puissent s’y préparer en cas d’assaut : des musha-bashiri, « couloirs où courent les guerriers », entourent une salle principale toute en piliers. Le second étage était divisé en plusieurs pièces où les samurais devaient rester en cas de danger ; aujourd’hui y est exposé une impressionnante collection d’armes à feu dont on sait qu’elles étaient utilisées dans le château en raison des embrasures creusées dans les murs de la tour. Le troisième étage est aussi appelé « étage caché » puisqu’on ne le voit pas de l’extérieur : il est beaucoup plus bas de plafond que les autres et ne disposent d’aucune fenêtre ; on s’en servait principalement pour le stockage de matériel et de nourriture.
Le quatrième étage était apparemment réservé aux appartements du seigneur du château. Le cinquième faisait office de salle de conférence pour que les officiers puissent parler tactique ; les fenêtres sont ouvertes sur tous les côtés pour qu’on puisse mieux saisir les avancées de l’assaut. Le sixième et dernier étage était destiné à servir de quartier général au chef de guerre, le seigneur du château, en cas d’attaque. Au milieu de charpente on distingue un petit sanctuaire : il est dédié à la déesse Nijiroku-yashin qui aurait adressé une demande à l’un des vassaux du château quelques années après la fin de sa construction. Si on la vénérait et lui offrait 500kgs de riz pendant la 26e nuit du mois, elle protègerait le château du feu et des ennemis. D’après la légende, ce serait grâce à cette déesse que le château fut toujours épargné.

A quelques rues au sud du château, je me suis baladée dans le quartier de Nakamachi, fait de petites rues traditionnelles bordant les canaux qui formaient auparavant les douves du château. La rue Nawate-dori, qui longe le petit canal au nord, est bordée de petites échoppes qui vendent toutes des souvenirs en forme de grenouilles. Cette passion locale vient d’un jeu de mot : le nom grenouille se dit kaeru, qui veut aussi dire « pouvoir acheter », d’où la présence de toutes ces petites boutiques, et « pouvoir rentrer à la maison », ce qui fait ici référence au fait que la rue est piétonne et qu’on peut donc y passer pour rentrer chez soi en sécurité.

Les rues Nakamachi et Takasago, parallèles à celle-ci au sud, sont aussi très agréables. On y trouve un grand nombre de boutiques d’objets d’artisanat traditionnels, de brasseries de saké et d’appétissants restaurants.
Après ces petites balades dans le centre de Matsumoto, je retourne profiter un peu du reflet du « corbeau » dans les douves qui le bordent avant d’aller prendre mon bus pour Shinjuku et de quitter l’atmosphère paisible des Alpes japonaises.

Pratique
Accès = à 3 ou 4h de la gare de Shinjuku en bus (selon la circulation), pour 3500 yen.
Logement = Candela Guest House Matsumoto. Le staff est très sympa et l’auberge est agréable, les locaux sont assez traditionnels. Réservé sur booking.com, 2900 yen la nuit en dortoir.
Activités = La visite du château coûte 610 yen et celle l’école Kaichi 300.