Premier Empereur et fondateur légendaire du Japon le 11 février 660 av. J-C. La maison impériale actuelle du Japon fonde ses droits au Trône du chrysanthème sur sa descendance directe de Jinmu.

Exil sauvage sur les îles Oki
Une des destinations qui m’attiraient le plus dans la région de San’in, c’était les îles Oki. Malheureusement, c’est loin d’être la destination la plus facile à rejoindre. Elle reste d’ailleurs encore assez méconnue, même pour les Japonais. Mais ça joue sûrement aussi sur la préservation de ses côtes sauvages, de son écosystème si singulier et de la bienveillance des locaux envers les touristes.
Pour atteindre les îles Oki, j’ai dû longuement me renseigner en amont (sur les sites des offices de tourisme locales principalement) pour avoir une idée du séjour que je voulais y faire et surtout des tarifs de cette petite aventure. Ayant déjà réservé la suite de mon voyage vers Himeji, et voulant absolument voir les dunes de sable de Tottori, je ne disposais que d’une marge assez faible : deux jours et une nuit. Cette marge s’est encore restreinte quand j’ai dû confronter les horaires des ferrys de retour à la durée du trajet depuis le port de Sakaiminato jusqu’à la gare de Tottori. Bref, j’étais coincée avec seulement deux demi-journées et une nuit.


Malgré le coût conséquent de l’aller-retour sur les îles Oki (quand même plus de 50€), j’ai préféré choisir l’option d’un séjour express plutôt que d’abandonner mon projet. De Matsue, j’ai pris un bus navette jusqu’au port de Shichirui à 8h pour embarquer sur le ferry à destination des îles à 9h30. Le trajet prend minimum 2h (ça dépend de l’île que l’on souhaite rejoindre), et c’est en partie ça qui a réduit le temps de mon passage sur les îles Oki.
Les îles Oki sont formées de deux ensemble d’îlots constitués il y a des centaines de milliers d’années par la formation de deux volcans en mer intérieure du Japon. Le premier ensemble, Dozen, est constitué de trois petites îles principales : Nishinoshima (île de l’Ouest), Nakanoshima (île de l’Est) et Chiburijima (île du milieu), les trois étant séparées par une mer intérieure formée par l’ancien cratère du volcan. Le second ensemble, Dogo, est composé d’une seule grosse île principale, laquelle fait la surface des trois autres réunies : Okinoshima.

Ne disposant que d’une journée, j’ai choisi de me restreindre à la visite d’une seule île, Nikinoshima. Son plus gros point d’intérêt est son relief côtier singulier, très accidenté, et qui offre un aperçu de toutes les formes possibles d’érosion côtière. La côte Kuniga, au nord-ouest de l’île, en est la partie la plus intéressante. On y trouve notamment la falaise Matengai, une grande lame rocheuse de 250m de haut, l’arche Tsutenkyo, un énorme trou dans une falaise aux couleurs ocres et rosées, ainsi que des rochers aux formes singulières comme le Kanon-Iwa et le Ogantate-Iwa.
Arrivée au port de Beppu, je prends donc directement un bus local pour me rendre au plus près de Kuniga. La plage Kuniga est seulement desservie les mois de juillet et aout, donc je dois marcher 3km depuis l’arrêt Yura, où l'on trouve le sanctuaire Yurahime et la baie des calamars diamants.
La balade le long de la côte Kuniga passe par un sentier, pas toujours tracé, au milieu des prairies où on croise vaches et chevaux en liberté, eux aussi en train de profiter de la vue. Le spectacle de ces formations rocheuses si atypiques, nées de la colère des vagues qui s’écrasent sur la face nord de l’île, est à couper le souffle.


Une fois arrivée au sommet de la falaise Matengai, je rejoins la route pour partir en direction de la plage Sotohama, au centre de l’île. Le début de la route offre un point de vue sympathique sur le port d’Urago, second port en activité de Nishinoshima d’où partent les croisières autour de l’île. Après ça, je passe devant des petits groupes de chevaux et de vaches occupés à défricher les herbes alentour dans un paysage là encore splendide. Je rejoins un autre morceau de la côte puis passe par la forêt dans les hauteurs. Après 1h30 de marche, j’arrive à la plage de Sotohama en traversant le canal Funabiki qui relie les deux parties de l’île. Je m’arrête un moment au village qui borde le canal pour y attendre le bus.
De retour au port de Beppu, je choisis un petit restaurant en face des docks pour tester le poisson frais local et commande des sashimis sur du riz à sushi. Après ce très bon dîner, je pars en quête d’un endroit pour y dormir. Il fait déjà nuit et je choisis donc de longer le port pour rester près des lumières. Je m’arrête dans un abri sur le site où l’Empereur Go-Daigo fut exilé plusieurs centaines d’années plus tôt.
Justement, l’autre intérêt des îles Oki, c’est leur histoire. Du fait de leur éloignement du continent japonais, elles ont été utilisées par les différents pouvoirs en place pour y exiler des nobles et autres personnages illustres depuis le VIIIe siècle. J’en ai appris un peu plus en lisant le récit que Lafcardio Hearn a fait de son passage sur les lieux dans Glimpses of Unfamiliar Japan. Il y raconte notamment comment l’empereur Go-Daigo, exilé au XIVe siècle sur Nikinoshima par le shogun, parvint à s’enfuir, aidé par d’ingénieux pêcheurs locaux. Alors qu’il avait déjà passé un an sur l’île, le peuple restait dévoué à l’Empereur et deux pêcheurs décidèrent un jour de l’aider à s’enfuir. Ils le firent embarquer sur leur bateau et, alors qu’ils étaient rattrapés par les geôliers de Go-Daigo, cachèrent ce dernier sous l’amas de poissons qu’ils venaient de pêcher et envoyèrent leurs poursuivants sur une fausse piste. Grâce à ce stratagème, l’Empereur parvint à rejoindre le Japon où il renversa le pouvoir militaire du shogunat en place pour instaurer une Restauration du pouvoir impérial.

Le lendemain matin, je décide d’explorer les alentours du port de Beppu à pied, sous la pluie. Je croise les locaux qui partent travailler de bonne heure et me saluent tous d’un jovial « Ohayo gozaimasu ! ». Je vais attendre le départ du ferry sur les quais. Je vois au loin les jeunes de Nikinoshima partir pour l’école sur la plus grosse île d’Okinoshima.
Après avoir embarqué sur le ferry retour, je m’installe sur le pont supérieur pour profiter une dernière fois du relief de Dozen. Je reconnais les contours de Nikinoshima à mesure que l’on s’éloigne, parcours du regard les côtes de Chiburijima et aperçois au loin les phares qui se dressent aux extrémités des différentes îles. Petit à petit, l’archipel d’Oki finit par disparaitre dans la brume, comme la terre d’oubli dont elle eut la fonction il y a plusieurs siècles.

Le ferry retour rentre au port de Sakaiminato, une petite ville sur la côte reliée au reste de la préfecture de Shimane par une avancée de terre depuis Yonago. L’endroit est récemment devenu célèbre grâce à sa rue principale dédiée à l’un des pères des mangas d’après-guerre et fondateurs des mangas d’horreur, Shigeru Mizuki. La ville où il a passé son enfance a installé 120 statues de bronze à l’effigie des yokai, monstres et esprits qu’il a imaginés, dans la rue qui porte son nom. D’innombrables boutiques de produits dérivés se succèdent sur cette route où tout rend hommage au mangaka, de la forme des pâtisseries aux photomatons en passant par les taxis, les bouteilles de saké et même le tampon du contrôleur de train.
De là je pars pour Yonago, puis Tottori, qui sera ma dernière escale à San’in.
Pratique
Accès = Les ferrys pour les îles Oki ne partent qu’une fois dans la journée et tôt le matin, le voyage est donc assez contraignant en termes d’horaires. Deux ferrys partent de Shichirui, le premier à 9h pour Dogo, le second à 9h30 pour les 3 ports de Dozen ; il faut compter 2920 yen le trajet (donc le double pour l’aller-retour). Depuis Matsue, Yonago et Sakaiminato, des bus navettes font la liaison pour rejoindre le port de Shichirui à respectivement 7h55 (1000 yen), 7h40 (870 yen) et 8h15 (310 yen). Les îles entre elles sont reliées assez fréquemment dans la journée pour 300 yen par trajet. Pour le retour, plusieurs solutions possibles : de Saigo à 8h30 / 12h05 / 15h10, de Beppu à 10h20 / 12h20 / 15h45, de Hishiura à 9h40 / 12h50 / 15h15 ou de Kurii à 10h55 / 11h35 (seuls les premiers horaires permettent d’arriver directement à Sakaiminato, les autres vont à Shichirui).
Sur place à Nikinoshima = Commencez votre séjour par le bureau d’informations touristiques à la sortie du ferry où on vous fournira des brochures détaillées avec toutes les informations nécessaires. N’hésitez pas à demander en plus une photocopie des horaires du bus local. Vous pouvez louer des vélos au port de Beppu (200 yen de l’heure) ; tous les sites d’intérêts sont en général à moins de 30mn de trajet en vélo et c’est une meilleure solution pour se déplacer que le bus local qui ne dessert qu’une petite partie de l’île. Des croisières de jour ou de nuit pour découvrir l’île depuis les côtes partent du port d’Urago. Sur place il y a des hôtels à 3 endroits sur l’île : à Beppu, à Urago et autour de la plage de Sotohama. Pour ceux qui préfèrent le camping, les plages de l’île sont toutes aménagées avec des toilettes publiques et les campeurs y sont les bienvenus. La plage de Mimiura, à 45mn à pied de Beppu, propose même un véritable site de campement avec douches à disposition (gratuit sauf en juillet-août où c’est 1000 yen l’emplacement).
Pour plus d’informations = Allez consulter Japan hoppers pour les sites à voir sur place. Renseignez-vous pour préparer votre séjour auprès des sites des offices du tourisme locales (notamment www.oki-kisen.co.jp).

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