Vers la fin du mois d'avril, alors que le calendrier traditionnel s'approche des premiers jours de mai et que l'air se charge d'une tiédeur constante, une angoisse paysanne millénaire se dissipe définitivement. Du 25 au 29 avril, la 17ᵉ micro-saison célèbre cette sécurité climatique : Shimo yamite nae izuru (霜止出苗) — « les derniers gels disparaissent et les jeunes plants de riz commencent à pousser ». La menace des gelées blanches destructrices s'éloigne pour de bon, permettant aux pépinières de riz de verdir sans crainte sous les douces averses de Kokuu.
Sur le plan agronomique et climatique, cette micro-saison marque le moment crucial où la probabilité des gelées blanches tardives (le redoutable yokoshimo) tombe à zéro dans l'ensemble des plaines de Honshū, de Shikoku et de Kyūshū. Les jeunes pousses de riz semées avec minutie sous abri ou en pépinières inondées (nawashiro) dressent leurs premières tiges droites d'un vert lime lumineux et dense. Gorgée de l'eau tiède des pluies de Kokuu et réchauffée par des journées franchissant couramment les vingt degrés, la pépinière forme un tapis d'émeraude vibrant sous le vent, promesse vivante des grands repiquages festifs qui animeront le début du mois de mai.
À la table printanière, la fin des gelées coïncide avec la dégustation la plus prestigieuse de l'art du thé au Japon : l'apparition du Shincha (新茶 - le thé nouveau de l'année), également appelé Ichibancha. Cueillies à la main dès l'aube sur les arbustes de théiers réveillés par la pluie tiède, ces jeunes feuilles terminales vert tendre se distinguent par une richesse exceptionnelle en théanine et une très faible amertume. Infusé dans une eau tiède avec respect, le Shincha déploie une liqueur dorée limpide au parfum d'herbe coupée et d'une douceur soyeuse en bouche, que les connaisseurs savourent comme un élixir de jouvence régénérant le corps et l'esprit.
Pour admirer toute la majesté paysagère liée à cette saison, la promenade royale conduit sur les collines verdoyantes de Makinohara dans la préfecture de Shizuoka ou sur les coteaux historiques d'Uji au sud de Kyoto. Sur des kilomètres de pentes douces sculptées en vagues géométriques parfaites, les théiers taillés en dômes réguliers s'illuminent d'une teinte vert fluo éclatante sous le soleil printanier. Des cueilleuses vêtues de kimonos traditionnels de coton bleu indigo et de tabliers écarlates s'activent entre les rangées en entonnant de vieux chants folkloriques, composant l'une des images pastorales les plus célèbres de l'art de vivre japonais.
Dans le calendrier folklorique rural, cette micro-saison est indissociable d'une date pivotale célébrée le 2 mai : le Hachijūhachiya (八十八夜), qui marque exactement le 88ᵉ jour après le début du printemps Risshun. L'écriture du nombre 88 en kanji (八十八) ressemble de manière frappante aux traits composant l'idéogramme du riz (米). Les anciens considéraient ce jour comme le seuil sacré où la nature est définitivement délivrée de tout risque de gelée. Selon la croyance populaire, boire une tasse de thé vert récolté le jour du Hachijūhachiya assure une santé de fer, préserve des maladies et apporte la longévité pour toute l'année à venir.