Envoyée aux États-Unis à l'âge de six ans lors de la mission Iwakura, elle consacre sa vie à l'émancipation sociale des femmes par les études en fondant l'université Tsuda. Son héritage majeur pour la nation est célébré par son apparition sur le billet de 5 000 yens introduit en 2024.
Les Genki-nobori de Susumu Shingu investissent l’Hôtel de la Marine (jusqu’au 24 août 2026)
Quand le vent du Tōhoku souffle sur Paris

Au détour des colonnades majestueuses de la cour d’honneur de l’Hôtel de la Marine, à Paris, le regard est aussitôt attiré vers le ciel. Au-dessus des têtes, une nuée de structures textiles colorées s’anime au gré de la brise. À première vue, elles évoquent les célèbres carpes volantes japonaises. Pourtant, il s’agit ici de Genki-nobori (元気のぼり), une réinvention poétique imaginée par le sculpteur japonais Susumu Shingu au lendemain du séisme et du tsunami du Tōhoku en 2011.
Genki-nobori et koinobori : quelle différence ?
Pour comprendre cette installation, il faut d’abord distinguer les deux termes. Les koinobori (鯉のぼり) sont les traditionnelles manches à air en forme de carpes que l’on hisse chaque printemps au Japon pour la fête des enfants. Elles symbolisent la force, la bravoure et la persévérance.
Les Genki-nobori, eux, reprennent cette silhouette emblématique mais en déplacent le sens. Ici, l’artiste ne célèbre plus un rite saisonnier, mais une énergie vitale, le genki (元気), faite de santé, de vigueur et d’élan. Nées dans le contexte douloureux de 2011, ces bannières portent un message de reconstruction, d’espoir et de réconfort.

Susumu Shingu, sculpteur du vent
Né à Osaka et d’abord formé à la peinture, Susumu Shingu s’est imposé comme l’un des grands noms de l’art cinétique. Son travail repose sur la contemplation de la nature (shizen kanshō, 自然鑑賞) et sur l’idée que l’œuvre ne prend pleinement vie qu’au contact des éléments.
Vent, pluie, lumière : chez lui, rien n’est figé. Sous l’action d’une simple brise, chaque Genki-nobori s’éveille et compose une chorégraphie toujours changeante. La nature devient ainsi partie prenante de l’œuvre, presque son coauteur.

L'art comme vecteur d'engagement et de création collective
Fidèle à la vision profondément humaniste de son créateur, le projet repose sur une démarche collaborative. Réalisées en partenariat avec l’association La Source Garouste, qui accompagne des enfants en situation de fragilité sociale ou familiale par le biais des arts plastiques, et avec le soutien de la galerie Jeanne Bucher Jaeger, les œuvres exposées sont le fruit du travail de toute une jeunesse.
Encadrés par des artistes professionnels, une centaine d'enfants ont participé activement à la conception et à la fabrication de ces pièces. Une rencontre féconde où l'exigence de la création contemporaine s'allie à un engagement éducatif et social concret.

L’héritage des koinobori
Si Susumu Shingu réinterprète ce symbole, les koinobori restent profondément ancrés dans la culture japonaise. Chaque 5 mai, lors de la fête des enfants (Kodomo no hi, こどもの日), les familles les hissent en hommage à une ancienne légende : celle d’une carpe capable de remonter les rapides du Fleuve Jaune jusqu’à la Porte du Dragon, avant d’être transformée en dragon par les dieux.
Une parenthèse poétique et apaisante au cœur du tumulte parisien, à savourer en levant les yeux au ciel dès qu’un peu de vent se lève.
Infos pratiques
- Lieu : Cour d’honneur de l’Hôtel de la Marine
- Accès : Libre et gratuit
- Dates : Jusqu’au 24 août 2026
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