À la mi-mai, alors que le soleil prend des allures estivales et que la terre s'est gorgée d'une tiédeur féconde, un travail invisible et fondamental s'accomplit dans le secret du sous-sol de l'archipel. Du 10 au 14 mai, la 20ᵉ micro-saison rend un hommage mérité à ces infatigables laboureurs de l'ombre : Mimizu izuru (蚯蚓出) — « les vers de terre refont surface » (ou s'activent dans l'humus superficiel). En brassant continuellement la terre des jardins et des rizières, les lombrics préparent le lit de semence idéal pour accueillir la vie végétale de l'été.
Sur le plan climatique et biologique, cette micro-saison bénéficie d'une clarté généreuse et d'un sol réchauffé en profondeur par des journées lumineuses oscillant autour de vingt-quatre degrés. Les vers de terre (mimizu), sensibles à la température et à l'humidité printanière, quittent les couches géologiques profondes pour remonter vers l'humus de surface. En creusant d'innombrables galeries qui aèrent la terre et en décomposant les résidus végétaux avec une efficacité biologique prodigieuse, ces ouvriers de l'ombre transforment l'argile brute en un limon noir, riche, poreux et meuble, garantissant la fertilité et la circulation optimale de l'eau avant les grands travaux de repiquage du riz.
Dans la cuisine de terroir de la mi-mai, la générosité de la terre fertile s'exprime à travers des saveurs rustiques et parfumées. C'est la période idéale pour préparer le traditionnel Sanshō-miso (山椒味噌), une pâte condimentaire riche préparée en pilant des jeunes feuilles de poivrier sauvage dans un mortier en céramique (suribachi) avec du miso rouge fermier, du mirin et une touche de sucre roux. Cette pâte aromatique, à la fois sucrée, salée et vivifiante par son piquant boisé, est délicatement nappée sur des rondelles d'aubergines primeurs grillées à la poêle (Nasu Dengaku) ou sur des tranches de tofu doré au feu de bois.
Pour vivre l'effervescence urbaine la plus spectaculaire de cette micro-saison, c'est à Tokyo qu'il faut impérativement se trouver lors des années impaires pour assister au mythique Kanda Matsuri. Organisé par le sanctuaire vénérable Kanda Myōjin, ce festival compte parmi les trois plus gigantesques célébrations shinto de tout le Japon. Durant plusieurs jours, plus de deux cents sanctuaires portatifs dorés (mikoshi), escortés par des milliers de porteurs vêtus de vestes happi scandant des rythmes endiablés, paradent à travers les quartiers emblématiques d'Akihabara, de Nihonbashi et d'Otemachi dans une allégresse populaire et une énergie contagieuse.
Dans l'histoire de la médecine traditionnelle sino-japonaise (kampō), le ver de terre bénéficiait d'un statut honorable insoupçonné, désigné avec noblesse sous le nom poétique de Jiryū (地竜), qui se traduit littéralement par « le dragon de la terre ». Séché méticuleusement et infusé en décoction médicinale selon des recettes séculaires, le ver de terre était réputé pour ses puissantes vertus fébrifuges, capable de faire tomber les fièvres soudaines et de stimuler la circulation sanguine des convalescents. Pour les anciens, cet alchimiste souterrain incarnait la force guérisseuse et nourricière de la terre mère, rappelant que les bienfaits les plus précieux de la nature proviennent souvent de ses créatures les plus humbles et silencieuses.