lundi 23 juillet 2018

Un dégât, des gâteaux: l'histoire japonaise d'une mystérieuse fuite d'eau violette

La semaine dernière, je profitais de la canicule pour aller prendre un peu de fraicheur à Okinawa. Cette phrase n'a, en temps normal, aucun sens mais avec cette fournaise infernale qui pèse sur Tokyo, quelques jours à la mer semblaient être la solution rêvée pour respirer un peu.

Je vous passe les détails de ces vacances qui n'intéressent que moi (et encore), pour vous raconter une anecdote aussi japonaise que possible. Alors que je conduisais dans l'un des plus beaux endroits d'Okinawa (un pont reliant deux îles situées dans un lagon aux eaux turquoises), je reçois de nombreux coups de téléphone. Impossible pour moi de répondre. Quelques minutes, je reçois un LINE (messagerie instantanée très populaire au Japon, genre WhatsApp) de ma meilleure amie japonaise pour me dire "Rappelle-moi c'est urgent". Je me gare dès que possible et j'appelle mon amie.

Il y aurait un dégât des eaux chez moi et le management de ma résidence a contacté mon amie car il n'arrivait pas à me joindre. Il faut savoir qu'au Japon comme ailleurs, il faut un garant lorsqu'on loue un appartement. Un garant financier, et souvent un autre "moral", une personne à appeler en cas d'urgence. En gros, un Japonais. Vous comprenez, c'est pas qu'on a pas confiance en les étrangers mais bon...

Bref. J'appelle le management de ma résidence et je comprends bon an mal an qu'il veut mon autorisation pour pénétrer chez moi en mon absence car le locataire du dessous a remarqué une fuite d'eau violette provenant du dessus, donc de chez moi. Ma première réaction fut, un brin agacé, "Je n'ai pas d'eau violette chez moi", puis je leur dis qu'ils peuvent entrer chez moi si ça leur chante, ça ne me dérange pas, d'autant que j'ai fait le ménage avant de partir. Pour être absolument certains qu'ils parlent à la bonne personne, c'est-à-dire moi, ils me demandent le numéro de téléphone et la date de naissance de ma femme. Pas sûr qu'un Japonais puisse répondre à l'une des deux questions. Ils promettent de me rappeler au plus tôt.

Durant ce laps de temps, je n'ai de cesse de me questionner sur l'origine de cette mystérieuse eau violette. Un tremblement de terre aurait-il accidentellement mélangé une bouteille de Curaçao et de vin rouge ?

Une heure plus tard, nouveau coup de téléphone. "Ricci-sama ? Nous sommes entrés chez vous. Il y a un peu d'eau violette dans un placard de l'entrée mais une casquette blanche a tout absorbé. En fait, ça venait du voisin du dessus qui a eu un problème avec ses toilettes en les nettoyant." L'eau violette n'avait en réalité aucune vertu mystérieuse, il s'agissait de Canard WC et ma casquette collector des Giants en était désormais maculée.

3 jours plus tard, je rentre d'Okinawa et comme je l'ai promis lors du dernier entretien téléphonique, je passe au management pour signer la feuille qui autorisait l'entrée dans mon appartement. J'apprends à cette occasion que les voisins du dessus sont vraiment désolés et qu'ils passeront me voir dans la journée de demain pour me présenter des excuses officielles.

Dimanche vers 12h30, ça sonne à la porte. J'ouvre. Un couple, lui environ 55 ans, elle 45, et deux petites filles de 5/8 ans apparaissent. Je ne les ai jamais vus et pendant les 30 prochaines secondes non plus. Ces 30 secondes, je ne verrais que le haut de leur crâne. Tous se penchent à 45 degrés pour témoigner de leur embarras de m'avoir importuné durant mes vacances et surtout pour ma casquette.

La femme dans un anglais approximatif mais décidé démarre les salamalecs de circonstance et semble vouloir prolonger ce moment gênant d'auto-flagellation. J'interviens pour signifier qu'il n'y a pas mort d'homme et que de toute façon ma femme déteste cette casquette, seul bien endommagé lors du sinistre du petit coin-coin. Son mari lui donne un petit coup de coude pour lui faire comprendre qu'il est temps de me donner le paquet qu'elle porte. "Tenez, ce sont des fruits en gelée. Je vous conseille de les mettre au réfrigérateur ou au congélateur". Par politesse, je dis "Il ne fallait pas", même si je n'en attendais pas moins.

J'essaye d'expédier le dernière acte de cette tragicomédie de la plus courtoise des manières, puis viennent les salutations finales ponctuées comme il se doit par les acteurs par une dernière longue révérence au public. La porte se referme. L'honneur des voisins est sauf, ma casquette est violette et mon réfrigérateur rempli de fruits en gelée.

  

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