vendredi 13 juillet 2018

Comment je suis devenu une mère japonaise, épisode 3 : Le casting de la saison 1

Les sagas de l'été de TF1 ont bercé notre enfance. Des histoires de famille rocambolesques où tout le monde trahit tout le monde, des histoires d'amour impossible sur fond de carte postale bretonne ou provençale, Ingrid Chauvin dans Dolmen, Mireille Darc dans les Yeux d'Hélène...

La saga que je vous propose de suivre en ma compagnie ne promet pas autant de rebondissements mais sera l'occasion de découvrir une galerie de personnages bien plus colorés que ne le laisserait supposer un postulat de départ qui voudrait qu'une mère de famille japonaise n'a rien de vraiment singulier.

Ma qualité de "mère au foyer japonaise" fait que mon entourage est essentiellement composé de... mères au foyer japonaises. La plupart d'entre elles, je les ai rencontrées au jidōkan, le centre pour enfants que je vous présentais dernièrement. A ma grande surprise, et malgré un étonnement tout à fait légitime, le fait d'accueillir en leur sein un homme étranger et sa petite fille elle aussi étrangère a davantage éveillé leur curiosité que leur méfiance. Mon côté "je parle avec tout le monde", et surtout le fait que je parle japonaise, vous avez bien lu japonaise, a grandement facilité les premiers échanges. Depuis que je viens au Japon et les années 2000, 95% de mes amis japonais sont des filles, et leurs tics de langage ont considérablement déteints sur ma façon de parler leur langue. Je parle donc davantage le "Japonaise" que le japonais.

Parmi les remarques et questions que j'ai pu entendre dans mon nouveau quotidien, celles concernant la mère de ma petite fille étaient les plus nombreuses. "Votre femme est japonaise ?" est sans nul doute la phrase à laquelle j'ai dû le plus répondre. "Non, elle est française". J'ai souvent envie d'ajouter "Non mais sans déconner, tu n'as qu'à regarder ma fille, tu verras bien qu'elle n'a rien de japonais", mais je préfère la jouer plus diplomate avec un laconique "Ma fille est 100% française", ce qui dans les faits n'est même pas exact. "Mais vous avez dit qu'elle s'appelait Aya n'est-ce pas ?" est en général la question qui entraîne la conversation sur une partie plus technique. "Oui c'est exact. Sa maman étant française avec des origines étrangères, nous avons choisi ce prénom car il a un sens dans plusieurs langues." "Aa, sō ka. Aya-chan, kawaii namae desu ne!" (Ah d'accord. Aya, quel joli prénom !) conclut la plupart du temps le sujet.

Quelque soit le pays, quelle que soit la nationalité, on est toujours heureux et quelque part fier de voir des étrangers aimer et respecter sa culture au point de vouloir venir vivre dans son pays et de donner un prénom de son pays à son enfant. Le Japon ne déroge pas à cette règle. Aya-chan allait rapidement devenir la mascotte de tout le quartier et de toutes les mères.

Plus étonnant, la question "La petite n'a pas de maman ?", comprenez ici, elle est décédée, m'a été posée quelques fois. C'est peut être un schéma récurrent dans les dessins animés japonais mais Dieu merci pour elle, sa maman se porte bien, elle travaille c'est tout. "Elle travaille ?" ajoutent-elles l'air encore plus horrifiées que si elles venaient d'apprendre qu'elle était morte...

J'aimerais maintenant vous présenter quelques-uns des personnages récurrents qui accompagnent notre quotidien. Si je parviens à en faire une description suffisamment ciselée, vous devriez rapidement être capable de vous identifier à l'un d'eux et j'espère vous y attacher. Pour des soucis de confidentialité et en fonction des personnes, j'afficherais uniquement leur nom ou leur prénom.

Emiko Y., 39 ans
Y.-san, puis Emiko-san, et maintenant Emi-chan, est la mère dont je suis le plus proche. La manière dont je l'appelle et le niveau de japonais que j'utilise avec elle prouvent que nous sommes passés dans la catégorie amis. Nous nous sommes déjà vus en famille le samedi et nous devons aller déjeuner chez eux dans l'été. Son mari Takeshi cuisine et n'est donc pas le Japonais typique, bien qu'il rentre souvent tard après avoir bu avec ses collègues de travail et vomi le lendemain matin.
Son caractère est très facile. Je la trouve un peu fofolle, mais dans le bon sens du terme. Toujours souriante et bienveillante. Son objectif, compter sur moi pour apprendre l'âge des autres mères et lui dire ensuite. Physiquement, elle ne fait pas du tout son âge. La preuve, quand je lui ai demandé, elle m'a dit 29 et je l'ai crue.
Sa petite s'appelle Erea, n'a que deux mois de moins qu'Aya, est super kawaii et m'a déjà trouvé un surnom, Banban (Vincent se prononçant Bansan en japonais).
Niveau d'anglais 3/5 (considérant 5/5 comme étant un niveau de lycéen français correct)

Kai S., 35 ans
Kai-chan est l'une des premières mères à qui j'ai parlé au bac à sable cet hiver. C'est aussi la plus jolie (c'est peut-etre pour ça aussi). Ancienne hôtesse de l'air, Kai est mariée à un Australien très sympa et attend un deuxième enfant pour le mois d'août. Une deuxième petite fille après Aira née en août 2016. La hāfu (métisse) est sans doute la plus mignonne des petites du quartier... Tout sa mère !
Kai est le type de femme japonaise qui même devenue mère continue de faire attention à son look. Elle est toujours souriante et ne rate pas une occasion de montrer son impeccable dentition. Une déformation professionnelle sans doute. Pendant des mois, elle me harcelait gentiment pour que je lui présente ma femme. Le jour où c'est arrivé par hasard dans le parc devant chez nous, elle l'a serrée fort dans ses bras comme s'il s'agissait de sa meilleure amie d'enfance qu'elle n'avait pas vue depuis 20 ans.
Niveau d'anglais 4,5/5 (mariée à un Australien, ça aide.)

Mamie PIPELETTE, environ 70 ans
Tous les après-midi, Mamie Pipelette se retrouve avec ses 3 amis au bord du fleuve au-dessus de chez nous. Mamie Pipelette adore les enfants et Aya-chan en particulier. Comme toutes les mamies japonaises, elle a toujours quelque chose dans son sac à donner à un enfant. Un fruit, une boisson, un gâteau. Mamie Pipelette ne parle que japonais, même avec ma femme... qui n'en parle pas un mot. Et elle parle beaucoup. Mamie Pipelette a le coeur sur la main et est toujours prête à descendre de son vélo, faire un détour pour venir nous voir et nous gratifier de sa présence.
Niveau d'anglais 1/5

A. KAMIYA, âge inconnu
La première fois que j'ai vue Kamiya-san, j'ai cru que c'était la grand-mère du petit qui l'accompagnait. Que nenni. Ses cheveux blancs, son manque de féminité la vieillissent alors qu'elle n'a peut être même pas 40 ans. Son mari est Américain et son fils est l'enfant qui joue le plus souvent avec Aya. Ce dernier est, comme ma fille, né à Singapour. Kamiya-san a vécu longtemps à Londres et à Singapour. Elle est venue s'installer avec sa famille à Tokyo l'automne dernier après 20 ans de vie à l'étranger. Depuis, je la vois presque tous les jours de la semaine au jidōkan.
Niveau d'anglais 5/5, d'après ma femme car personnellement je ne l'ai jamais entendue parler autre chose que japonais.

L'équipe du jidōkan, une vingtaine de personnes de 25 à 75 ans
Je sais peu de choses de leur vie et parcours mais j'imagine que tous les sensei du jidōkan sont qualifiés en pédagogie infantile et en puériculture. Une chose est certaine les concernant, ils sont tous adorables, aimants avec les enfants et surtout, j'ignore comment, ils se souviennent des noms de chacun d'entre eux.
Niveau d'anglais variable selon les animateurs 1 à 2/5

Voila pour le casting des "récurrents" de cette première saison. Considérant que de mi-juillet à fin août, nombreuses sont les familles à prendre des vacances et que le jidōkan cesse ses activités durant cette période, les semaines qui arrivent s'annoncent un peu plus calmes. Aussi, il y a fort à parier pour que de nouveaux personnages secondaires fassent leur aparition dès le debut de la deuxième saison au mois de septembre. D'ici là, restez à l'écoute, les prochaines semaines seront tout de même riches en festivités, dans le quartier et dans le reste du Japon.

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