mercredi 4 juillet 2018

Comment je suis devenu une mère japonaise, épisode 1

Bonjour.

Je m'appelle Vincent Ricci. J'ai 35 ans, et j'ai créé DozoDomo en 2010 avec mon ami Sokea.

C'est à peu près tout ce que vous savez de moi, et c'est très bien comme ça. Je l'ai déjà écrit à maintes reprises, la star du site, ce n'est pas moi, c'est le Japon. Si vous voulez de la star en herbe, allez faire un tour sur Youtube, vous devriez être en mesure de faire le tri entre le bon et le moins bon qui s'y trouve.

En créant cette section "Ichi-nichi" sur DozoDomo, je pensais toutefois pouvoir raconter ce qu'est le quotidien d'une famille française à Tokyo. Dans les faits, écrire régulièrement dans un blog nécessite beaucoup de temps et surtout l'envie de partager avec des inconnus ce qui ne nous parait pas toujours très intéressant, comme faire les courses, ouvrir un compte à la banque, prendre le train, etc.

Je conçois cependant que ma situation est pour le moins particulière au Japon et pourrait donc intéresser certains d'entre vous. Je m'explique. Je suis marié à une Française et j'ai une petite fille brune aux yeux bleus qui n'est donc pas métissée malgré ce que peut laisser suggérer son prénom. Rien que cela me fait rentrer dans une case très à part dans le pays.

Un homme étranger de mon âge qui vit au Japon est en effet souvent (pour ne pas dire toujours) marié à une femme japonaise. Lorsque je discute avec des commerçants, le coiffeur, un chauffeur de taxi, ils sont toujours étonnés de voir qu'un étranger puisse parler leur langue sans être marié à l'une de leurs compatriotes. Leur regard se teinte alors immédiatement de respect et d'admiration. "Vous êtes envoyé par votre entreprise combien de temps au Japon ?", me demande-t-on souvent. "Je suis venu ici sans l'aide d'une quelconque entreprise, juste par l'envie d'être là". Respect puissance 10. Venir vivre au Japon en y trouvant un boulot depuis l'étranger, c'est vraiment chercher les complications, mais c'est possible dans certains cas. Nous en reparlerons.

« Votre femme est japonaise n'est-ce pas ?»

Je vis sur l'île de Tsukishima au centre de Tokyo. Le quartier où je me trouve est un "village" situé à 3 minutes en train de Ginza. En moins d'un an sur place, j'y ai fait des centaines de rencontres, et tout le monde a déjà remarqué qu'un européen d'1m93 vivait là avec sa femme et sa petite fille.

Ma petite fille, je m'en occupe toute la journée. Ma femme travaille et en ce qui me concerne, je parviens à mener mes différentes activités professionnelles de la maison quand ma fille m'en laisse l'opportunité (un petit peu le matin, pendant la sieste de l'après-midi, en soirée et le weekend). Rendez-vous compte ; un homme qui s'occupe de sa petite fille pendant que sa femme travaille dans une société japonaise, c'est beaucoup trop d'informations contradictoires pour des Japonais. Mais là encore, ce ne sont que des éloges qui me sont envoyés. Apparemment, un homme n'est pas sensé être capable de s'occuper d'un enfant... Naturellement, ma petite fille est devenue la mascotte du quartier. La peau très blanche, des yeux bleus aux longs cils, des cheveux bouclés, Petit Bateau de la tête au pied, c'en est assez pour que toutes les obaachan (grands-mères) l'attendent devant leur porte à l'heure de la balade pour leur donner un fruit ou un petit jouet. La phrase qui revient le plus est お人形さんみたい, on dirait une poupée.

Ma femme ne parle pas encore japonais, et c'est bien dommage. Elle est avocate mais travaille en anglais comme directrice juridique dans l'une des plus grandes compagnies japonaises. Elle n'a donc pas tellement d'occasions d'apprendre. Son temps libre, c'est évidemment avec sa fille qu'elle souhaite le passer. Je suis donc le seul à devoir et pouvoir gérer les choses du quotidien, en plus de ma petite fille et de DozoDomo. Finalement, je suis devenu une espèce rare de mère au foyer japonaise hyperactive, et à ce titre, j'ai le sentiment de vivre une expérience unique en son genre. Je n'ai pas de belle-famille japonaise c'est certain, mais je vis au plus près des Japonaises à longueur de journée. Je suis invité aux pique-niques de mamans, je passe ma journée au jidōkan (établissement public réservé aux enfants avec des salles de jeux) et je fais les courses en poussette avec ma fille.

J'ai conscience de faire actuellement le plus beau métier du monde, parfois difficile, mais tellement gratifiant.

Désormais, j'essaierai de vous conter ce qu'est ce quotidien, celui d'un français "mère au foyer japonaise" à Tokyo.

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