Rentrer en France après un Working Holiday

On y pense peu, assez vaguement quand on part, surtout quand on espère s'installer quelques temps, ou définitivement. Ceci est mon expérience du retour, elle sera différente selon les gens et leur personnalité, cela va de soi.

Le Japon était un rêve, une promesse de mon Moi à 15 ans à mon Moi de "plus tard". Ce rêve, je m'y suis accrochée, avant et pendant, puis j'ai renoncé, pour des raisons personnelles (faisons simple : maladie).

Cette année était merveilleuse, malgré tous les petits défauts du pays qui finissent par faire partie du quotidien sans qu'on s'en préoccupe plus que ça. Oui, le racisme, la médecine archaïque et onéreuse, un certain isolement (surtout quand on est une femme étrangère, j'y reviendrais)... Mais rien de cela n'aura réellement entaché mon séjour. On vit tous des moments difficiles, parfois choquants, mais le reste reprend vite le dessus.

Et quand on rentre ?

Pour replacer les choses dans mon contexte, je suis rentrée car malade et dans l'impossibilité de me soigner sur place. On peut donc dire que je ne suis pas vraiment rentrée de mon plein gré : on m'offrait visa et bon salaire, dans une boîte que j'adorais. Mais voilà, le Destin en aura décidé autrement.

Le retour a été violent mais salvateur. Première impression bizarre : on parle français partout. Ma première réaction ? Parler en anglais (ma langue principale au Japon, à cause de mon job). Ce sentiment d'incongruité linguistique m'aura souvent prise pendant deux bons mois. Je savais que je serais déphasée, je ne pensais pas que cela durerait aussi longtemps.

Autre surprise : j'ai voulu faire mes courses vers 19h30. Inconsciente ! Evidemment, c'était fermé... C'est vrai que je les faisais entre 22h et minuit à Tokyo !

Enfin, la vie me semble bien fade en France. La raison est simple : c'est ma culture, mon pays, le sentiment de découverte quasi-permanent qu'on a à l'étranger n'existe plus et la différence Japon-France se mesure en canyons. Non, je ne sais pas tout de mon pays, mais c'est "normal". Et Tokyo a cette magie WTF totalement unique qui permettait un émerveillement quotidien. Je suis parfois un bisounours, je l'avoue.

Quatre mois et demi après, le manque est là, bien réel, et colle à la peau. Comme le titrait si justement Jean-François Sabouret, j'ai "Besoin de Japon". Revoir mes amis, me perdre dans les rues, aller au temple, me balader en jupe et talons sans qu'on m'insulte de jour comme de nuit, me laisser entraîner au gré du vent et découvrir des petits lieux cachés... La sérendipité qui vous emmène, si vous décidez de la suivre, vers des rencontres improbables comme passer 48h avec un groupe de rock allemand, ou partir d'un restau et finir par faire la fête chez les amis d'amis...
Oui, ça manque. Oui, j'en fais même des crises de larmes, à regarder des vidéos, des photos, ou me balader dans mes quartiers préférés avec Google Maps... aussi pathétique que cela a l'air, c'est une manifestation de la douleur. Je planifie déjà de longues vacances sur place et attend que le temps fasse son oeuvre.

Il y a des points positifs me concernant, ayant rencontré mon compagnon de toujours et ma santé qui se rétablit très bien. Revoir la famille, les amis, mes chats. Des projets qui s'annoncent et se forment doucement, la vie reprend son cours.
Autre point amusant : regarder des films, des documentaires et des animes se passant au Japon. On se tire les cheveux devant tant d'incohérence (le dernier Wolverine, Wasabi....), de clichés, mais on regarde tout d'un oeil neuf, éduqué, on se surprend à voir mille détails qui nous auraient échappés jusqu'alors. Ça a quelque chose de magique.

Mais toujours, j'aurai ce besoin de Japon. Alors peu importe le blues du retour, si vous avez ce projet en tête, de partir avec trois yens en poche et votre sac à dos, foncez. Ce sera la plus belle expérience de votre vie.

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