Mesdemoiselles, ne pendez pas votre lingerie dehors

Elle court elle court la rumeur, et depuis plusieurs années déjà : il y aurait des voleurs de culottes au Japon. Cela va sans dire que nous parlons de sous-vêtements usagés ici et non pas de kleptomanie. Horrible vérité pour certains et hoax pour d'autres, on avait fini par l'oublier et la remplacer par d'autres histoires toutes aussi folles. Mais voilà, il y a peu on pouvait même trouver en distributeurs automatiques les culottes en question ce qui a ravivé les braises d'une légende qui passione les foules.

Rumeur fondée ou non, on conseille souvent aux jeunes nouvelles arrivantes au Japon d'éviter de faire sécher leur lingerie sur le balcon, car en plus, le bien en question semble encore plus désiré si il appartient à une étrangère. Mais si il n'y avait que ca...

Une épidémie

Ces dernières années, les collectionneurs japonais semblent vouloir rivaliser d'ingéniosité dans le choix de leurs larcins : des voleurs de manteaux , de selles de vélos à ceux de maillots de bain de collégiennes, nous avons un peu peur du prochain fait divers relatif au sujet...Aucun objet lâché des yeux un instant appartenant à une jeune fille ne semble en sécurité ! Et nous ne discuterons pas de l'utilité que nos chers voleurs vont en faire, d'abord parce qu'on ne sait pas et surtout parce qu'on ne veut pas savoir.

Je ne me doutais pas une seule seconde que la découverte d'une nouvelle collection se ferait dans mon entourage direct et en ma présence...

Le décor

L'histoire se passe le mois dernier dans un izakaya de ma ville en l'occasion de l'anniversaire d'une amie japonaise. Tout le monde se retrouve en vélo devant le restaurant, puis nous nous déchaussons afin d'aller profiter de la soirée. Le restaurant est plein ce soir, d'étudiants principalement qui profitent d'une offre reservée aux jeunes permettant de manger un repas pantagruelique accompagné de l'open bar japonais : le nomihôdai. Notre groupe étant composé en majeure partie de francais, il va sans dire que tout le monde était en retard et que nous discutons un bon moment avant de rentrer dans le vif du sujet. En conséquence, l'ambiance est survoltée autour de nous : des tas de jeunes filles et garcons dont nous doutons qu'ils aient l'âge légal pour boire titubent et se font raccompagner par leurs amis tout au long de notre repas.

À cause de notre retard nous venons à bout de notre repas à la fermeture de l'izakaya, accompagnés seulement d'un autre groupe de japonais qui payent bon an mal an en même temps que nous (chacun payant sa part dans des groupes de 10 ou 15 personnes). Petit à petit, nous payons et attendons les derniers dehors, prêts à partir. L'attente commence à se faire sentir lorsque notre amie japonaise, reine de la soirée, sort en pleurs chaussons de toilettes du restaurant aux pieds : on lui a volé ses chaussures.

Stupeur dans le groupe.

Le drame.

Un vol ? C'est une chose qui n'est certes pas inexistante mais que quelqu'un vole une paire de chaussures dans un tel endroit nous semble improbable. Les boîtes à chaussures sont légions dans les lieux publics au Japon : vous laissez vos chassures seules car tout le monde le fait et n'a en conséquence aucune peur de ce genre de disparition. Tout le monde se met à réfléchir, peut-être que quelqu'un s'est trompé de chaussures ? Ou si vol il y a eu, peut-être le voleur a t-il laissé les siennes ? Impossible, il n'y a plus rien dans les boîtes. Et pire.

Deux autres jeunes femmes discutent avec le personnel du restaurant pour la même raison.

Oui, une épidémie

Ce soir-là, trois paires de chaussures ont donc disparues et vu qu'aucune autre n'a été retrouvée nous restons donc presque tous persuadés que c'est un fétichiste qui a profité de cette tradition japonaise pour dérober ses trois paires. De plus, quelques jours plus tard, un voleur de talons hauts de Roppongi se faisait démasquer.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là, et puisqu'un malheur en attire toujours un autre, notre amie japonaise et une autre malheureuse n'ont pas retrouvé leurs vélos devant le restaurant ! Le mot de la soirée a donc été incrédulité.

Cette soirée ne se termine pas si mal puisque les victimes n'ont à ce jour ni retrouvé leur vélos ni leurs chaussures mais le restaurant les as dédommagées à hauteur de 8 000 yens, soit la valeur du repas et 5 000 yens pour la gêne occasionnée même si rien n'était de leur faute ce soir-là.

Malchance ou sombre personnage aux loisirs étranges, nous ne saurons jamais.

Enfin tout ca pour vous dire, on ne sait pas quoi faire pour votre vélo ou vos chaussures, mais évitez de pendre votre lingerie dehors quand même.

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