De l'écueil d'être Français

Dans la série des "De le" et des "De la", après "De la démocratie en Amérique" de Tocqueville, et "De l'esprit des lois" de Montesquieu, qui, il faut bien l'avouer, ne sont plus de toute première fraîcheur, je vous propose de découvrir "De l'écueil d'être Français" ou comment survivre dans le Monde, en au Japon en particulier, avec une pomme pourrie dans la poche.

Les propos qui vont suivre seront certainement teintés d'amertume et de rancoeur, mais pour autant, ils seront le fruit d'une longue réflexion menée depuis un an au Japon, en France, et dans d'autres coins de la planète. Par ces quelques lignes, je souhaite surtout mettre en garde les plus jeunes d'entre vous qui souhaitent un jour émigrer vers le Japon qu'y être Français n'est pas un avantage. Loin s'en faut.

 

1. Origines

Est-ce que les Richelieu, Colbert, et plus tard Napoléon et successeurs, imaginaient, que plusieurs siècles après leur disparition, les Français pâtiraient encore de leurs choix ? Lorsque la France se lance dans une politique de colonisation, au même titre que leurs voisins européens, font-ils les bons choix ? Il n'est pas question ici de savoir si la colonisation est une bonne ou une mauvaise chose, chacun a son opinion sur le sujet, mais plutôt de se demander si aujourd'hui, la France en a tiré des enseignements et surtout une force.

 

Lorsque les Anglais colonisent l'Inde, l'Australie ou le Canada, ils imposent au Monde leur langue. Lorsqu'ils s'en retirent, ils créent le Commonwealth, une puissante association de leurs anciennes colonies, avec lesquelles ils gardent d'importantes relations. Qu'à fait la France à la décolonisation ? A part se battre pour une Algérie qui ne voulait plus d'elle, et développer des réseaux toujours plus obscurs, ceux de la Françafrique, la présence de la France dans ses anciennes colonies, s'est davantage limitée à un rôle de marâtre qu'à celui d'un véritable partenaire. Les nostalgiques de l'Empire colonial français, il y en a, peuvent se demander si la France a colonisé les bons pays. A-t-elle misé sur les bons chevaux ? Quand les Anglais colonisaient l'Inde ou le Canada, aujourd'hui membre du G8, le pays le plus "puissant" de l'Empire français était l'Algérie, cinquantième puissance mondiale. Je me sens tout de même obligé de préciser mon opinion sur ce sujet, souhaitant éviter une vindicte populaire à laquelle je ne souhaite pas être confronté. La colonisation a eu, selon moi, de très minimes côtés positifs qui ne pourraient en aucun cas prendre le dessus sur les atrocités et les privations qui ont été faites aux indigènes.

 

Aujourd'hui, la France n'est plus que le fantôme de son passé. Elle ne rayonne plus au niveau international. Sa langue, ses universités, ses travailleurs n'ont plus la cote. Elle chute dans tous les classements mondiaux et ne se donne pas les moyens d'espérer remonter. Economie, culture, et surtout éducation. L'éducation est le nerf du problème auquel la majorité des Français installés à l'étranger doit faire face. Passons sur la grammaire et l'orthographe honteux et souvent irréels de certains d'entre nous, ce ne sont que les feuilles d'un arbre aux racines malades. Le problème est bien plus grave lorsqu'on parle des études supérieures. Au Japon par exemple, si vous cherchez du travail, vos diplômes français, qu'ils soient issus des meilleures écoles ou universités, vaudront toujours moins que ceux issus de la plus médiocre des universités américaines. Ainsi, en entretien d'embauche, vous entendrez : " Votre Master Paris I Sorbonne, qu'est-ce que c'est ? (...) Ah d'accord, c'est comme ce qu'a fait Steven à l'Univesité du Montana !". Faire ses études en France, c'est se condamner à y travailler toute sa vie. Aujourd'hui, si vous n'avez pas eu une expérience universitaire dans un pays anglo-saxon, autant rester chez vous, vous ne valez de toute façon pas grand chose. "Vous parlez trois langues couramment ? Quatre ? Oui mais vous n'êtes pas Américain ? Désolé." Un Américain qui ne parle qu'anglais, vaut dix fois plus qu'un Français qui parle français, anglais et espagnol. Si vos diplômes français ne valent rien à l'étranger, un diplôme américain en France peut vous ouvrir des portes. Un exemple concret est celui du Droit. Vous êtes avocat en France et vous souhaitez travailler aux USA. Il vous faudra donc passer un examen complet et relativement difficile, surtout pour vos finances. A l'inverse, un avocat américain souhaitant travailler en France, n'aura qu'une simple formalité à passer. C'est ce que l'on appelle la réciprocité à la française. La valeur de nos diplômes est bradée. Et quand elle ne l'est pas, on ne communique surtout pas dessus pour dire à quel point elle est justifiée. C'est aujourd'hui la seule solution trouvée par les gouvernements pour endiguer la fuite des cerveaux.

C'est bel et bien ce modèle anglo-saxon qui domine le Monde, et même au Japon, qui pourtant, n'a aucun lien historique avec lui. Alors oui, c'est très dur d'être Français dans le Monde. Oui c'est très dur d'être français au Japon. L'image bucolique de la France d'autrefois ancrée dans la tête des Japonais, ce n'est que du folklore. En 2010 dans le Monde, la France ne vaut rien.

 

 

2. Illustrations

Comment la France a perdu de sa puissance ? Comment a-t-elle baissé les bras ?

Depuis la période d'après-guerre où les Français avaient un seul et même but, à savoir reconstruire le pays, et retrouver de sa grandeur, la France a été incapable de se trouver un objectif commun. Les Français ne parviennent plus à regarder dans le même sens, c'est chacun pour soi. Aimer son pays, le crier haut et fort, c'est le risque de passer pour un fasciste. Espérer dominer le monde avec son système, c'est être taxé de rétrograde et d'anticonformiste. Pourquoi et comment le Japon est passé du stade d'un pays ruiné par la guerre à celui de la deuxième puissance mondiale ? Tout simplement par l'éducation, le respect de valeurs nobles et un objectif clair de faire du pays ce qu'il est devenu aujourd'hui. L'Education Nationale Française n'a malheureusement ni les moyens ni les compétences de revenir en arrière et de changer des mentalités d'élèves et de parents qui ne comprendraient plus qu'on leur inculque ces valeurs-là. A l'étranger, la France donne l'image d'un pays de l'ancien bloc communiste. Un pays renfermé sur lui-même, à mille lieues de se douter de ce qui se passe au-delà des ses frontières. A plusieurs reprises, on m'a demandé de fournir des documents attestant de mon parcours universitaire en France. A priori des documents délivrés partout dans le Monde... sauf en France ! Des exemples comme celui-ci, je pourrais vous en raconter des dizaines.

La communauté française au Japon, c'est environ 8,000 personnes, une écrasante majorité résidant à Tōkyō, de quoi espérer une solidarité concitoyenne. Il y a trois types de Français au Japon. Ceux installés depuis plusieurs décennies, mariés avec enfants (très souvent avec une japonaise), les expatriés, et ceux qui partent à l'aventure avec juste un CV en poche et une motivation à toute épreuve. Détaillons un peu ces trois catégories.

Commençons avec les expatriés, ceux qui ont la belle vie. Appartement ou maison payée par leur employeur, idem pour la voiture, des cours de langues offerts, et un salaire quasiment doublé par rapport à la France. Il existe plusieurs types d'expatriés, de l'artisan au haut responsable. D'une manière générale, ils gardent un vrai sens de l'hospitalité et de la solidarité. Etre expatrié, c'est évidemment la meilleure solution pour s'installer au Japon.

Les "aventuriers" dont je fais partie, peuvent suivre deux trajectoires. Une chanceuse et une poisseuse. Il n'y a malheureusement aucune vérité absolue. Mais un conseil cependant, si vous trouvez un boulot, gardez-le. Vous ne savez jamais quand vous pourrez en retrouver un.

Et enfin, les "anciens". Installés depuis 20 ou 30 ans dans l'archipel, ils sont, pour la majorité d'entre eux, devenus davantage Japonais que Français. Ils sont les "boss" de la communauté. Ils ont, durant ces dernières décennies, tissé un réseau impressionnant, dont il ne vous feront évidemment pas profiter même si vous les connaissez bien. J'en ai rencontré une dizaine. A une exception près, ce sont des gens mauvais, aigris et intéressés uniquement par leur profit personnel. Votre unique chance de les approcher et d'être "fils" ou "fille de". Ici aussi, le piston est roi. Il vous sera même plus utile qu'à un joueur de trompette aguerri. Une fois encore, vous avez les meilleurs diplômes, vous pensez être très compétents mais malheureusement pour vous, vos parents ne sont pas ministres ou chef de grande entreprise, alors préparez-vous à laisser votre place. Vous entendrez sûrement ce genre de discours si par malchance vous tombez sur l'un d'eux : " Eh, moi je me suis fait tout seul quand je suis arrivé. J'ai eu besoin de personne. Je suis arrivé avec 2,000 francs (!) et je me suis démerdé". A l'écoute de ces dires, vous êtes généralement partagé entre l'envie de frapper la personne au foie, ou de l'insulter gentiment. Une personne plus raisonnée lui répondrait simplement qu'à la fin des années 70, c'était le plein-emploi au Japon, qu'il n'y avait que très peu d'étrangers, et que tout était à créer.

Ces "anciens" ont perdu le sens des notions de solidarité en même temps qu'ils ont perdu leur paire de couil... Souvent, ils sont lâches, vous disent "oui" en face, et "non" par mail le lendemain. En plus de fuir leurs responsabilités, ce sont de mauvaises personnes.

Des passe-droits, il en existe partout. Le phénomène est évidemment plus important dans les petites communautés comme la française au Japon. Mention spéciale à la structure la plus inutile du Monde, et je pèse mes mots, le service emploi de la Chambre de Commerce Française du Japon. N'espérez jamais y trouver de l'aide, et encore moins un emploi. Dernièrement, enfin, ces trois derniers mois, cinq offres étaient proposées aux candidats. Une seule réclamait que l'on parle français. Un comble pour une institution française. Les autres offres exigeaient la maîtrise du mandarin, du khmer ou du portugais. Je vous le précise ou pas, que pour travailler à la Chambre de Commerce, il faut espérer être pistonné ? Non, je ne vous le précise pas. Le mot "méritocratie" est à bannir de votre vocabulaire quand vous débarquez au Japon. Souvenez-vous en.

C'est un fait, le Japon est, avec la Corée du Nord, la Birmanie et d'autres états du même acabit, l'un des pays les plus difficiles à pénétrer. En tourisme, c'est un pays charmant, avec des gens qui le sont tout autant. S'y installer, c'est une autre paire de manches.

 

Vous le savez, cette rubrique s'appelle le Thon Libre. J'assume mes propos, les revendique, et les justifie par mon expérience personnelle ainsi que celle de Poopsy. Certains diront qu'ils ne reflètent en rien la réalité. Peut-être n'est-ce que ma vérité, et à ces gens-là, je leur réponds, que c'est la seule qui m'importe.

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