Atome crochu

Cela fait plus d'un an et demi que Fukushima est devenu autre chose pour nous occidentaux que le nom d'innombrables restaurants japonais.

Depuis ce 12 mars 2011, cette préfecture anodine du nord du Japon nous est apparue comme le centre du Monde où il ne fallait surtout pas être. Ensuite, nous sommes allés d'inquiétudes en nouvelles rassurantes, et puis plus rien. A de très rares reprises, les journaux français se sont fait l'écho de ce qu'il s'y passait encore aujourd'hui. Si les médias japonais ne sont pas beaucoup plus bavards sur le sujet, la foule elle, s'est emparée de la question et demande des comptes. C'est ainsi que pendant de nombreuses semaines, et dans la quasi-indifférence générale du Monde, des centaines de milliers de Japonais se sont réunis devant des bâtiments officiels pour crier leur peur et leur haine du nucléaire.

Aujourd'hui, que reste t-il de cet événement majeur ? Une prise de conscience collective ? Sûrement. Mais est-ce réellement assez ? Si les Allemands ont décidé de s'en soustraire à partir de 2022, à quoi cela peut-il servir si personne ne les suit dans leur démarche ? L'idée n'est pas ici de vous livrer mon opinion sur le bien fondé du nucléaire, encore que ces quelques lignes devraient suffire à vous la faire comprendre. Au Japon, de nombreux enfants irradiés ont été déclarés dans les hôpitaux. Les terres sont contaminées pour des générations et des générations. Pire, les habitants de la zone de la centrale sont d'ores et déjà catalogués comme dangereux. Et dangereux à plusieurs égards. A Tokyo par exemple, certains médecins refusent systématiquement de recevoir des malades de cette région. Pression gouvernementale pour minimiser le nombre de malades ? A vous de juger.

Maintenant, que penser de toute cette situation ?

Le fait de ne pas en parler suffirait-il à clore le chapitre ?

Dans ces cas hautement sensibles, il faut savoir faire preuve de discernement, ne surtout pas tomber dans les extrêmes qui consisteraient à dire que tout va bien, ou que tout va mal. Des oiseaux de mauvais augure, j'en ai rencontrés depuis ce 12 mars. Des béni-oui-oui aussi.

Récemment, c'est une histoire liée à la piscine du réacteur 4, dans laquelle sont entreposées 1 535 barres de combustibles, soit 264 tonnes de matières fissiles hautement radioactives qui fait débat. Si elle venait à fuir, ce sera la fin de tout.

Pour vous faire votre propre opinion, vous n'avez qu'à taper piscine 4 et Fukushima sur google.

Je terminerai cette chronique avec certainement l'épisode le plus vomitif qu'il m'ait été donné de vivre cette année. Invité à une table ronde au MEDEF (l'organisation des patrons de France), à laquelle assistaient entre autres, l'Ambassadeur du Japon en France, et des représentants d'entreprises ayant des intérêts au Japon, j'ai écouté avec stupeur le discours d'un directeur quelconque d'AREVA (le groupe nucléaire français). L'homme, sans aucune pudeur relative à la situation catastrophique des rescapés de Fukushima, nous livrait son laïus sur les avantages incommensurables de l'énergie nucléaire et d'ajouter qu'à ce jour aucune personne n'était décédée au Japon du seul fait de la centrale accidentée. Et nous de comprendre naïvement que s'il n'y avait pas de morts aujourd'hui, et j'insiste sur le aujourd'hui, c'est donc qu'il n'y avait rien à craindre.

Combien mourront dans les prochaines années de cancers de la thyroïde ou d'autres pathologies ?, lançais-je avec véhémence.

Regards inquiets de l'assistance et question éludée par M. Areva.

Pendant encore dix minutes, ce technocrate au costume ringard nous offrait une séance de lèche-bottes de l'Ambassadeur qui buvait ses paroles, par courtoisie à moitié désintéressée.

Vous l'aurez compris, le nucléaire est un sujet délicat. Et comme pour le linge, on met tout dans une machine, et on espère que cela ressorte dans le même état qu'au premier jour.

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