• Shojo Kissa, c'est l'endroit préféré des filles de DozoDomo. Un salon de thé où il fait bon se retrouver autour d'un lait-fraise et d'un miru-crepu. Régulièrement, elles y viennent pour nous livrer leurs sentiments sur le lien qui les unit au Japon, échanger avec de nouveaux amis et partager un peu de leur passion. Ce qui fait leur force, c'est qu'elles n'ont pas de tabou, et encore moins la langue dans leur poche. Alors prenez dès maintenant votre carte de fidélité et ne manquez plus leur rendez-vous incontournable !

    Tōkyō Blues

    dimanche 15 août 2010 / Poopsy

    Bonjour à tous,


    Me revoici donc avec un nouveau thème à vous proposer.

    Je vous invite aujourd'hui à une réflexion collective, ou une psychanalyse, si on veut se la jouer à la mode.

    Il s'agit donc simplement d'une réflexion sur un état psychique pour lequel je n'ai pas trouvé de réponses et je suis persuadée que je n'en obtiendrai jamais, d'autant plus que ses symptômes varient d'une personne à une autre.

    Avant toute chose, je tiens à vous préciser encore une fois que ma réflexion n'est fondée sur aucune méthode scientifique. Je me fonde simplement sur ma propre compréhension (subjective) des cas.

    Je vous rassure également quant à mon analyse qui se veut digeste mais surtout « light », car je partage entièrement vos impératifs estivaux (rentrer dans son maillot par exemple) et puis je ne veux surtout pas endosser la responsabilité d'une prise de poids quelconque.


    A cette étape de lecture, vous devez vous demander ce qui se cache derrière le titre de ce billet, « Tōkyō Blues ».

    Ahahah, je vous avais promis des points de vues féminins alors vous allez être servis.


    Je me lance !! Cela fait environ huit mois que je vis à Tōkyō et j'ai découvert en discutant avec de jeunes expatriés que les femmes (et seulement elles) ont pour la majorité été frappées d'un mal... un genre de « Baby Blues » sans bébés !! Attention, il n'est ici pas question de « déni de grossesse » !!!

    Ainsi, ces femmes me racontaient qu'elles ont eu un « spleen », un « blues » ou même des « dépressions » pour certaines d'entre elles.

    Pour moi ça n'a été rien de tout cela, mais j'ai senti un truc qui se passait... un truc que je n'arrive même pas à expliquer ou à décrire totalement. J'ai donc fini par assimiler ça à un genre de « perte de la joie de vivre ». Vous me direz que c'est normal de ne pas toujours être au top de sa forme. Mais pour les personnes qui me connaissent, elles savent que je suis combative, toujours positive et de bonne humeur (je vous rassure, je sais aussi être très chiante... je reste une fille après tout).

    Donc pour moi cela n'a pas été une déprime, juste un état que je ne peux vous définir. Comme je n'arrive pas à décrire un état amoureux, je n'arrive pas non plus à décrire mon « Tōkyō Blues ».

    Je tiens à préciser également que tous les témoignages que j'ai eu m'ont été livrés après mon coup de mou, lorsque j'ai décidé d'en parler autour de moi... donc, je n'ai été victime d'aucun conditionnement.


    Aujourd'hui, plus que la description de ce mal, c'est son origine qui m'intrigue !!

    Certains me diront peut-être que cela résulte de la barrière, que dis-je, du fossé de la langue, ou alors des habitudes alimentaires des japonais diamétralement opposées aux nôtres, ou encore de l'idéalisation que l'on peut faire du Japon...

    Mais je vous assure que toutes ces explications ne sont pas les bonnes, car tous les témoignages m'ont été fait par des femmes qui sont soit étudiantes soit travaillent dans des entreprises où la totalité de l'effectif est occidental ou moitié japonais moitié occidental. Des femmes qui parlent parfaitement japonais et qui pour certaines adorent la nourriture japonaise.


    Quant à l'idéalisation du Japon, elles sont toutes venues de manière volontaire et non pas pour suivre leur conjoint. Certaines ne connaissaient pas le Japon et d'autres le connaissaient très bien ainsi que les travers de la vie japonaise... et aucune d'elles n'idéalisaient le Japon plus qu'un autre pays.

    Et il en est de même pour moi !!


    Mes séjours en Afrique et en Asie du Sud-Est n'ont pas eu le même effet sur moi... alors pourquoi cela m'arrive au Japon ? Y-a-il une malédiction qui frapperait les jeunes femmes ? S'agit-il d'une conspiration ? Une quelconque histoire d'ultra-sons ou d'ondes ?? Une histoire de phéromones ?

    Il existe un syndrome développé par le psychiatre Joseba Achotegui qui s'appelle le « syndrome d'Ulysse ». Ce syndrome frappe les populations émigrées et plus particulièrement les personnes seules, sans distinction de sexe. Cela ne semble donc pas être une réponse satisfaisante à nos interrogations, sachant que dans les cas que je vous présente,  il s'agit uniquement de jeunes femmes qui, pour la majorité d'entre elles, sont en couple.


    J'ai pu pensé que les garçons plus pudiques m'avaient caché leurs ressentis quant à un éventuel coup de blues... mais Vincent (l'auteur de DozoDomo), me l'aurait dit lui, et ce en raison de nos liens ( 😉 pour ceux qui n'avaient pas encore compris la nature de notre relation.

    Il ne s'agit peut être que du hasard qui a mis sur mon chemin des femmes frappées par ce « Tōkyō Blues ».

    Et qui sait, peut être la population masculine est-elle aussi touchée ?!!

    Et qui sait, vous êtes une femme et vous n'aurez peut-être jamais le « Tōkyō Blues » ?

    Mais la coïncidence demeure frappante !! Certes, mon analyse ne se fonde que sur six cas de femmes vivant au Japon (contre aucun homme). Pas assez me direz-vous pour en tirer des conclusions mais après tout « Yves Rocher » se base bien parfois sur une étude de cinq cas pour nous faire l'éloge de crèmes anti-cellulite...


    Bref, revenons à notre sujet initial, j'ai aussi constaté que le « Tōkyō Blues » ne concernait que les populations (féminines) établies à plus ou moins long terme à Tōkyō et qu'aucun symptôme n'a été rencontré chez les touristes. C'est déjà ça.

    Je clarifie les choses avant que l'on me fasse un procès d'intention et que l'on pense que j'ai été payée par un lobby ou une organisation défavorable à la pêche du thon rouge et qui, pour se venger des japonais, déciderait de faire chuter le tourisme du pays.


    Enfin, et j'en terminerai là, je ne souhaite faire peur à personne car nous sommes tous (toutes) différents, notre passé est différent, notre sensibilité est différente et du coup notre expérience ne peut être que différente. Je me contente simplement de témoigner de mon vécu et de mon expérience de femme vivant à Tōkyō. Et si vous avez le « Tōkyō Blues » pas d'inquiétude, vous en viendrez à bout. Je suis la preuve vivante que l'on peut facilement passer le cap, car je vous écris ce billet, heureuse de vivre au Japon, depuis mon salon et non depuis un asile de fous.

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    1. étonnant ! ...syndrome peut-être généré par cette ville surdimensionnée , qui donne
      le tournis par moments ( la sensibilité féminine étant plus exacerbée que celle de
      nos congénères masculins ! ) mais vous nous rassurez POOPSIE car vous avez surmonté
      cet état de mal- être et vous vivez heureuse ! alors tout va bien !!...
      et bonne continuation !! :conf

    2. Merci Framboise pour votre fidélité à dozodomo :conf :smi

    3. mouais.... :ask
      En tous cas je confirme, je ne ressens absolument pas ce blues... pour l'instant ! :smi

    4. Ben pour moi,
      C'est le blues des expats !
      Je vis à Montréal depuis 6 mois en coloc avec des Québécois, c'est flagrant car malgré que l'on parle la même langue il existe toujours un décalage...tout ce qu on exprime de manière implicite basé sur nos propres codes et valeurs n'est plus compris spontanément...Alors parfois on se sent un peu "à côté", en décalage....Bizarrement, quand on se retrouve devant les scènes plein air du festival de jazz avec sa petit bière "maudite" ou sur un traversier sur le fleuve St laurent à observer les baleines...personnellement j ai plus du tout d état d âme ! Et je suis sûr que tu rentreras dans ton maillot cet été ! bises :smi

    5. Bonjour, Anguille Enragée,

      Votre Tokyo Blues m'a fait penser au ressenti inverse que les Japonaises peuvent avoir lorsqu'elles s'installent en France. J'avais vu un documentaire sur ces femmes japonaises souvent assez jeunes, très diplômées et dont l'activité était souvent liée à la création, et qui venaient vivre en France pour enfin être libres. Toutes disaient qu'elles avaient chez nous la possibilité de faire ce qu'elles voulaient, comme elles le voulaient. Le regard de la société, de la famille, du qu'en-dira-t-on étant bien moins lourd qu'au Japon.

      Je suppose que le Tokyo blues peut donc venir de ce poids des conventions, de la difficulté à être une femme indépendante, libre de ses faits et gestes, quand tout est fait pour le groupe et ce dans un système encore très patriarcal et machiste. Les hommes gardent souvent cet espèce d'atavisme qui font que, même pour les plus adeptes du partage des tâches avec leur chérie, ils se sentiront malgré tout plus à l'aise. Ceci n'est pas une charge contre les hommes, hein, mais un constat fait plusieurs fois en Espagne, ou en Italie... Non, pas dans les pays où la femme n'existe pas !

      Bon, ceci n'est pas une théorie mais une déduction. Cependant, je crois profondément que dans l'état actuel du Japon, il est difficile d'être une femme hors normes, hors étiquettes et que cela doit fortement gêner aux entournures et au moral dans la vie quotidienne.

      Hum, je souhaitais faire concis et précis....

      En tout cas, tant mieux que votre Tokyo Blues ait été léger et passager.

      Vos billets sont très bien. Je n'avais pas fait attention avant mais il y a peu de femmes qui parlent de leur vie au Japon. J'entends par là une fois l'état d'engouement passée...

      Très bonne journée.

    6. C'est le blues du pays et des amis, moi aussi quand je suis arrivée en France, j’étais triste au début et puis on connait mieux et ça va mieux quand tu rencontres des gens sympas. On trouve des repères et on parle mieux la langue, ça aide pour parler avec les marchands du quartier. Y'a aussi que surement au Japon, les gens doivent te regarder plus qu'en France. A Paris, y'a quand même une grosse communauté asiatique alors je suis pas trop visible dans la rue. Ça va.

    7. En voilà un sujet passionnant!! Je ne connais pas les détails de votre installation au Japon, votre niveau de langue et donc de liberté ici. Mais il existe un syndrome bien connu dans le sens opposé du votre (c'est à dire des Japonais en France) qu'on appelle le "syndrome de Paris", défini pour la première fois en 2004 dans le journal psyhatrique français "Nervure". Il est dû, grosso modo au décalage entre l'idée qu'on a de la France véhiculée par les stéréotypes, et l'expérience vécue "in situ". J'ai bien noté que vous affirmez n'avoir aucunement idéalisé le Japon avant d'y venir, mais peut-être la transition entre deux styles de vie est tout de même un facteur à ce Tokyo Blues. Car il faut bien distinguer deux étapes dans la vie d'immigré (et non pas d'expatrié seulement). Les Japonais fonctionnent selon deux grands principes (beaucoup plus en fait, mais dans ce qui nous interesse ici, on en retiendra deux) : Soto et Naka. L'extérieur et l'intérieur. De quoi? Du cercle symbolique qui entoure chaque individu.

      D'abord, on est un objet. Touriste, Français, étranger, bref, notre étiquette se résume à un mot. Alors, quand bien même on vit ici, le regard des autres, leurs attitudes, tout est conditionné par cette perception qu'ils ont de nous. A ce stade, on nous pardonne les fautes de langue, on s'emerveille de notre pays d'origine et tout va bien. On fait partie de leur extérieur.

      Et puis, lentement on entre dans des cercles, on devient un individu. Cercle du travail, d'amitié ou simplement du voisinage (il faut savoir pour ceux qui ne sont jamais venu au Japon que la relation au voisinage est très différente de celle vécue en France, et cela s'explique par une grande quantité de facteurs tous plus intéressants les uns que les autres, mais hors sujet ici). Lorsque l'on fait partie de ces cercles, la façon d'agir de notre entourage se modifie. Ni violemment, ni du jour au lendemain bien entendu, mais petit à petit. Il ne faut pas oublier que nous même évoluons au fur et à mesure de notre prise de racine en terre étrangère. Je pense que ces changements, incidieux, discrets, peuvent aisément déboucher sur une période telle que le Tokyo Blues. La propention à toucher les femmes m'étonne pourtant, et là, je ne peux pas m'avancer, étant moi même un homme. Cela dit, bon nombre de mes amies françaises vivant ici depuis de nombreuses années ne semblent pas garder souvenir de ce genre de blues... Et là se pose une question qui va un peu plus loin : ce Tokyo Blues est-il Tokyoïte? Je rappelle (et vous risquez de le découvrir dans pas mal de mes interventions) que je suis en installation progressive au Japon, mais sur Osaka. Si Osaka est aussi une immense ville (comparées aux villes Européennes), elle déploie une ambiance très différente de la capitale. D'une part parce qu'ici, rencontrer un étranger est BEAUCOUP plus rare qu'à Tokyo, mais aussi parce que le caractère des autochtones est diamétralement opposé à celui des Tokyoïtes... Bref, je ne sais pas quoi penser de ce "malaise", si ce n'est qu'il mériterait une étude plus large et portée sur les hommes aussi, car je me refuse à croire que cela soit un problème de sexe...

      Et voilà ce qui arrive quand on me branche sur un sujet passionnant... désolé du pavé qui, en plus, n'a pas du tout fait avancé le schmilblick!! ;00103

    8. @Niwatori
      En attendant la réaction de la "victime" de ce Tokyo Blues, je vous invite à lire la face masculine du Tokyo Blues que j'ai appelé sobrement baptisé Tokyo Rocks ! :011

    9. Je rejoins totalement l'avis de Niwatori concernant le parallèle que l'on peut faire de ce "Tokyo blues" avec "le syndrome de Paris": d'ailleurs, d'après l'étude, les femmes sont plus atteinte de ce phénomène que les hommes. Il se pourrait alors qu'il soit question de sensibilité plus prononcée, étant une femme à être plus empathes, ou à ressentir un malaise de façon plus prononcée que chez les messieurs expatriés.
      Un psychiatre japonais officie à Paris, pour justement s'occuper des patients atteint de cette dépression spécifiquement liée au décalage culturel. :nor

    10. C'est marrant, depuis mon arrivée à Tokyo (en septembre dernier), j'ai aussi connu plusieurs phases de dépressions, ce qui ne m'était pas vraiment arrivé lors de mon précédent séjour à long terme (au Kyushu, cette fois, dans la campagne d'Oita ^^). Comme vous l'avez décrit, ce sont des sortes de "perte de joie de vivre". Pour moi, je l'explique d'une part à cause de la barrière linguistique et surtout culturelle. Lorsqu'on vient au Japon pour la première fois, et même durant mon premier séjour de longue durée, on vit le Japon de manière plus superficielle, et les contacts sont plus faciles et éphémères. Mais maintenant que j'ai passé un peu cette phase d'émerveillement, que j'ai un regard plus critique et que surtout, je cherche à connaître le Japon et les Japonais plus en profondeur, c'est beaucoup plus difficile. C'est d'autant plus difficile qu'il y a un grand fossé entre mes amis européens, français et anglais majoritairement, avec qui le contact et la conversation sont très naturels et qui sont très ouverts et, de l'autre côté, les japonais qui peuvent se montrer plus froids, plus distants voire superficiels aux premiers contacts...
      Du point de vue des femmes expatriées, je pense qu'il y a aussi la frustration que l'on peut ressentir face à la place de la femme dans la société au Japon. C'est à des lieues de notre façon d'être femme en France, ici, on peut avoir l'impression qu'il faut se soumettre, se faire discrète, être féminine et mignonne - alors qu'en France on valorise les femmes fortes, indépendantes, naturelles (donc pas forcément féminine)... Pour ma part, même si je corresponds peut-être plus ou moins à la conception de la femme idéale japonaise (on me l'a déjà dit à plusieurs reprises, mais je ne suis pas certaine de la sincérité des commentaires), je suis très frustrée par ses attentes différentes de la société.
      Voilà mon opinion sur le sujet !
      En tous ca c'est un article intéressant. 🙂

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