• Shojo Kissa, c'est l'endroit préféré des filles de DozoDomo. Un salon de thé où il fait bon se retrouver autour d'un lait-fraise et d'un miru-crepu. Régulièrement, elles y viennent pour nous livrer leurs sentiments sur le lien qui les unit au Japon, échanger avec de nouveaux amis et partager un peu de leur passion. Ce qui fait leur force, c'est qu'elles n'ont pas de tabou, et encore moins la langue dans leur poche. Alors prenez dès maintenant votre carte de fidélité et ne manquez plus leur rendez-vous incontournable !

    Les françaises nous dévoilent les host clubs

    samedi 20 décembre 2014 / Amélie-Marie Nishizawa

    Pour les japonaises désespérément à la recherche de l’amour, ou du moins d’un beau gosse prêt à leur susurrer des mots doux, le sulfureux quartier de Kabukicho offre de beaux jeunes hommes à tarifs horaires au sein des host clubs. Le principe ? Des cabarets au masculin pour divertir les clientes, les enivrer en frôlant l’interdit, et leur donner le goût de revenir dépenser des fortunes. Quelques françaises initiées ont décidé de témoigner sur leurs aventures nocturnes dans le quartier rouge de Tokyo…

    Découvrir le milieu grâce aux blogs d'expatriées

    S et A connaissent bien les host clubs, pour y être allées très régulièrement. À l’origine de leur intérêt ? Des blogs de françaises évoquant des aventures dans hosts clubs du quartier Kabukicho. Lorsqu’elle était en France, S « lisait le blog d’une française vivant à Tokyo, allant souvent en host club ». Des récits lus sur internet aux clubs, il n’y avait qu’un pas à franchir, aidé par le fait qu’elle trouvait « les hosts canons ». Si A découvre le concept de host club sur « des blogs de filles, c’est en posant le pied au Japon, en 2009, qu’elle est confrontée aux « hosts » dans la rue « distribuant des flyers » et « comprend de quoi ces blogueuses parlaient ». Passée la première « fois », alors qu’elles ne maîtrisaient qu’à peine le japonais, toutes deux sont devenues amatrices des soirées dans les clubs de Kabukicho.

    flyer host

    Détente en confiance, pratique du japonais et… soigner son ego !

    Quelles sont les raisons de cette habitude pour le moins hors du commun ? Pour S, « la question est difficile ». Elle « aime l’ambiance, le fait de discuter en japonais avec des beaux gosses, aller boire un verre pas trop cher, sans avoir à se soucier de comment va se passer la soirée ». Elle s’y rend avec des copines mais aussi en solitaire, et pointe du doigt le fait qu’elle « ne se verrait pas du tout boire un verre seule dans un bar, situation dans laquelle elle aurait un peu peur de se faire embêter » par un lourd de la drague. Le host club, c’est un endroit fait pour les femmes. Les clientes peuvent se détendre et s’amuser sans stress (sauf pour les peureux comme votre humble rédactrice, qui tremble encore de son expérience). Les hosts sont là pour vous faire passer une bonne soirée. Vous « traiter en princesse ». Elle met néanmoins en garde les plus romantiques, « ils font cela par intérêt. Plus vous passez un bon moment, plus il y a de chance que vous reveniez dépenser votre argent. C’est à vous d’être intelligente et de savoir faire la distinction ». A, quant à elle, y est « retournée un nombre incalculable de fois, probablement plus d’une centaine ». Elle était « motivée par l’amusement, l’alcool, mais aussi la pratique du japonais ». C’est aussi « toujours agréable de s’entendre dire que l’on est belle, magnifique, etc. même si c’est le travail des hosts ». Si elle n’a aucun regret, elle n’y va désormais plus. « Il faut mettre de côté que c’est leur travail, et on peut alors s’amuser. La cliente doit aussi y mettre du sien, s’il l’on veut commencer une vraie conversation ».

    host clubs

    Bon, en solitaire ou entre copines, comment se passe concrètement une soirée en host club ?

    S est une guerrière des soirées à Tokyo. « On commence généralement au conbini du coin, vers 18h, pour manger un bout et boire une cannette alcoolisée, histoire de se mettre dans le bain ». En fait, c’est le moment pour les copines de discuter. Une fois dans le club, les conversations se font plus en tête à tête avec les hosts qu’avec les amies. Logique. « 19h, direction le premier club, probablement suivi par 1 ou 2 autres endroits ». Même stratégie pour A qui considère que « même si on a l’habitude, si on s’y rend sobre, on peut être un peu gênée ». J’avoue qu’être entourée de beaux garçons n’ayant d’attentions que pour vous peut effectivement rendre nerveuse. « Après on doit rechercher un club qui nous accepte. Comme je n’y vais jamais seule, il faut un club acceptant 2 ou 3 gaijin. Une fois entrées, on nous présente le menu, et on doit choisir notre alcool, voir même un host sur un menu de « mecs » ». Mais A préfère les rencontrer plutôt que de choisir des images retouchées lourdement à l’ordinateur. « Soit on a un host au taquet, soit un petit nouveau un peu balbutiant. Mais une fois que l’on a nos verres en main, et que les kanpai résonnent, tout va mieux. ». Durant la soirée, les clientes vont avoir le droit à un défilé d’hosts, afin de s’en « choisir » un. Le taux d’alcool grimpe au cours de ce balais, et tout le monde est plus « détendu ».

    Les bons host clubs, chasse gardée des connaisseuses

    Alors que je leur demande si elles ont des adresses ou des conseils pour trouver de bons endroits, mes deux habituées deviennent plus cryptiques. D’après S « un bon host club dépend des hosts et de leurs relations. S’ils s’entendent bien, la soirée se déroulera mieux que s’ils sont en compétition ». Des mauvais clubs avec des hosts pas très bien formés et un management douteux, elle en a fait plusieurs fois les frais. Le meilleur club est « celui où elle a fait un shinmei (établissement d’un lien entre la cliente et un host particulier) car l’ambiance est super bonne, les hosts sont gentils, et puis son shinmei est une raison pour y passer 6 heures ». Mais de manière générale, se rendre en host club dépend des bons plans (des flyers de réduction) que l’on peut obtenir. Dans ce cas, on paye 1.000 yens (environ 6,5 euros) pour 90 minutes en début de soirée, puis 1.000 yens pour une heure. En fait, dans sa grande expérience, S conclue que « le meilleur conseil qu’elle peut donner est de trouver une senpai qui connaît le milieu pour éviter se faire rouler ». En adresse, elle concède à nous indiquer le Romeo&Juliet, Beauty&Beast ainsi que le Ariel. Pour A, le bilan est plus circonspect, « on peut aller deux fois dans le même endroit, et ne pas ressentir la même chose ». En fait, « tout dépend des mecs, de l’ambiance et du service ». En fait, A préfère « sentir quand ce n’est pas trop professionnel », car elle ressentirait vraiment que les hosts agissent dans le cadre de leur boulot. Finalement, quand « les mecs ne se prennent pas la tête, c’est cool ». Question adresse, la difficulté réside dans les changements fréquents de management et donc d’enseigne. D’autant plus que pour avoir des bons plans, les accros changent de club quasiment à chaque soirée.

    host club site

    1.000 yens (6,5 €) pour 90 minutes en réduction… et combien les femmes sont-elles prêtes à débourser ?

    Pour S quand il s’agit de shokai – la première visite dans un club, où l’on rencontre les hosts, elle s’en tient aux offres de réduction, toutes semblables. En revanche, lorsqu’elle se paye son « shinmei » (son host personnel), elle est prête à mettre le prix, c’est à dire… 10.000 à 20.000 yens de l’heure (68-136 €), les boissons n’étant pas comprises. C’est alors que les prix grimpent vite, les bouteilles vendues étant hors de prix (3.000 yens - 20 € - un verre, 10.000 une bouteille). Bonus de fin, 30% se rajoute à cette note bien salée, une taxe obscure. Son prix maximum ? 25.000 yens (170 €). Soit une heure en compagnie de son shinmei avec une bouteille de shôchû (alcool japonais très fort). Quant à A, elle est prête à payer jusqu’à 1.500 yens (10 €) en shoukai, en revanche, elle n’a franchi le pas de se payer un host qu’une seule fois, « son cadeau de départ du Japon ». Elle s’en est sortie avec 5.000 yens (34 €). Plutôt raisonnable donc.

    Photographe: A.

    Photographe: A.

    Et les hosts dans tout ça ?

    Devenir host ne semble pas évident, et pourtant plusieurs profils récurrents se croisent. Le « jeune qui ne veut pas faire d’études », « le visualeux restreint dans son choix de lieu de travail à cause de son look » ou encore « l’étudiant essayant de financer ses études » et « le salaryman ayant envoyé balader son boulot par lassitude ». Mais il existe aussi des hosts « qui font ça depuis 10 ans » et pour qui c’est une véritable profession, se révélant d’ailleurs lucrative pour les plus doués (plusieurs millions d’euros par an, au bas mot). Ce qui les lie ? « Devenir numéro 1 ! ». Mais S rappelle que la réalité, c’est beaucoup de mecs en galère pour un « métier pas si facile ».

    A tape direct dans l’apparence : « y en a pour tous les goûts, grands, petits, minces, bien en chair ou musclé, coiffure à la dragon ball ou normale, décontracté ou en costume, beau parleur ou encore timide … ». Pour plaire à toutes les clientes, il faut de tout ! S’ils peuvent avoir la quarantaine, la moyenne d’âge tourne plutôt autour de la vingtaine. Souvent là pour financer des études, beaucoup abandonnent, d’après elle. La faute à « des études super chères ». Ceci dit… « les hosts sont des gros baratineurs, faut pas leur faire confiance ».

    Tiens donc… des anecdotes ?

    Je sens que je touche un jardin secret jalousement gardé. « Pour mon anniversaire, mon shinmei m’a offert un champagne call (une bouteille de champagne accompagnée de tous les hosts qui font un véritable spectacle), ce qui est trop gentil de sa part, vu que ça coûte très cher ». Elle, qui ne pouvait pas se permettre cette folie, a eu une surprise plutôt sympa de la part de son host.

    Sur internet, en recherchant "champagne call", vous aurez l'occasion de trouver plein de montagnes vidéos et de chorégraphies soigneusement effectuées par les hosts se faisant ainsi de la publicité sur YouTube, on remarque alors vite les différences de "moyens" selon les clubs...

    A évoque alors les jeux en club. « J’avais une copine qui adore jouer l’oosama (roi). Ce jeu se joue à 5, avec des baguettes marquées de 1 à 4 et l’une avec l’inscription oosama. Celui qui possède cette dernière peut « faire faire des choses » aux autres en annonçant les numéros qui sont tenus secrets ». Vous vous doutez de la suite … « ce sont souvent des choses comme s’embrasser, se toucher « machin machin », mais le plus drôle est lorsque cela arrive entre deux hosts, qui doivent ainsi s’embrasser ».

    Photographe: A.

    Photographe: A

    Hum hum. Après, elle ajoute non sans sourire en coin, « il faut faire attention, lorsqu’on a un peu trop bu, les hosts ont les mains baladeuses ! ». C’est ainsi qu’il arrive qu’au petit matin, il faille se « protéger d’un host un peu trop entreprenant ».

    Pour découvrir les host clubs, rien de tel qu'un documentaire, réalisé en 2006 par Jake Clenell, sur un host club d'Osaka. Malheureusement assez vieux, il est néanmoins possible de le trouver sur YouTube :

    [youtube]https://www.youtube.com/watch?v=Q-eogVXEQBE[/youtube]

    Ma seule et unique visite d'un host club de Kabukicho m'a laissé un souvenir impérissable et... une dizaine de cartes de visite de host, ainsi que deux contacts sur mon téléphone. Plutôt anxieuse durant la soirée, j'étais fascinée par les raisons qui poussaient ces jeunes hommes à entrer dans ce monde. Utiliser son corps, son apparence, sa conversation pour séduire, ce n'est pas une évidence. En attendant, un petit host club mode d'emploi s'impose, pour celles (et ceux?) qui oseront tenter l'aventure !

    1. La sélection du client

    Toutes les étrangères ne peuvent vivre l’expérience d’un host club : abnégation, ténacité et endurance sont nécessaires pour passer l’épreuve du videur. De toute évidence la barrière de la langue est un obstacle majeur pour accéder à l’un de ces lieux calfeutrés. Vous serez priés de ne pas venir terrifier les hosts ne parlant pas un mot d’anglais, tenus de vous faire la conversation quand vous en êtes réduites au langage des signes… Il faut ainsi parfois tourner en rond dans le quartier, et accepter de vous faire refouler avec grâce.

     

    2. Ce n’est pas pour toutes les bourses

    L’intérêt de découvrir un host club pour la première fois, c’est de bénéficier d’un tarif horaire général variant entre 20 euros et 60 euros de l’heure selon la popularité du club. Y revenir c’est être prêt à débourser bien plus, notamment parce que vous payez vos consommations et celles des hosts, la plus prisée étant la bouteille de Champagne allant de 100 à 1.000 euros, nerf du business du club.

     

    3. L’illusion de l’amour

    Les détails techniques réglés rentrons dans le vif du sujet, les beaux hommes qui vont graviter autour de vous pour ces précieuses heures. Son devoir principal est de vous faire la conversation - volant plus ou moins haut selon l’éducation du bonhomme, ainsi que de vous amuser avec des jeux d’alcool, du karaoke ou encore de la danse. Mais son but est de vous faire tomber amoureuse.

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    1. Je ne savais même pas que ça pouvait exister, ce genre d'endroit (naive?)
      Mais merci du reportage, c'était intéressant. Mais en ce qui me concerne, je ne pense pas que pourrais déverser des sommes aussi grandes pour ça. Ça me paraît assez étrange ^^

    2. Ça à l'air plutôt amusant. Je ne connaissais qu'à travers certains dramas, mais je tenterais bien quand je ferais mon PVT au Japon dans un an. En plus comme ils sont surtout payé à parler, bah c'est tout bénef, parce que les japonais près à te taper la discut' pendant une heure pour que toi tu puisse améliorer ton japonais, je suis pas sur que ça se trouve si facilement.

      Par contre, moi qui suis accro aux mecs avec barbe d'une semaine, je risque d'avoir du mal à trouver mon bonheur. :119

      • Super ton blog!
        je me retrouve dans cette experience haha car j'ai aussi tester l'aventure des host club en y allant seule ! Oui oui je suis un peu folle dingue je l'avoue mais ca s'est super bien passer puisque je suis toujours en contact avec eux entoucas super expérience et je regrette pas !

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