Shojo Kissa, c'est l'endroit préféré des filles de DozoDomo. Un salon de thé où il fait bon se retrouver autour d'un lait-fraise et d'un miru-crepu. Régulièrement, elles y viennent pour nous livrer leurs sentiments sur le lien qui les unit au Japon, échanger avec de nouveaux amis et partager un peu de leur passion. Ce qui fait leur force, c'est qu'elles n'ont pas de tabou, et encore moins la langue dans leur poche. Alors prenez dès maintenant votre carte de fidélité et ne manquez plus leur rendez-vous incontournable !

Exhumation, chocs culturels et l'Amoureux.

mardi 22 janvier 2013 / Tynged

Bienvenue au Shōjo Kissa, le salon de thé des filles !

Nouvelle venue dans cette tribune libre, je relance cette rubrique afin de parler de façon un peu plus personnelle de ma vie au Japon et ce, sans tomber dans les clichés et les généralisations. Basées sur mes expériences (mais pas que), mes histoires ont le but de vous faire découvrir la réalité de la vie que peut mener une expatriée française dans Tokyo. Je tiens à préciser que ma seule expérience n’est pas à l’origine d’éventuelles généralités, mais que c’est le fruit de longs échanges avec mes amis vivant au Japon depuis quelques années. Ensuite, je ne prétends aucunement détenir la vérité, c’est tout simplement mon quotidien que vous verrez étalé dans ces lignes qui, autant le dire tout de suite, auraient pu être écrites par Daria, donc le second degré est à revêtir chaudement.

Arrivée sur le territoire japonais à l'automne 2012 , c’est encore très frais et les découvertes vont bon train. Je n’ai pas eu à subir de jetlag et les chocs culturels ne se sont finalement manifestés qu’assez tardivement. Je ne saurais dire si c’est parce que j’ai beaucoup lu avant, ou si j’étais tout simplement préparée psychologiquement à perdre mes repères, ou encore, plus probablement parce que j’étais accompagnée. En effet, j’ai été hébergée par des amis, que j’ai été très heureuse de revoir après ces années de séparation forcée. Ils ont fait leur vie ici, et moi, mes études.

Tiens, c’est vrai que je ne me suis pas présentée. Tynged, 2x ans, et reconnue comme « geek » par ses pairs, bien que ce terme soit plus que galvaudé. Le Japon m’attire depuis une quinzaine d’années, l’Asie, depuis l’enfance, mais je n’ai pas pris le biais classique de ma génération, à savoir le Club Dorothée et les mangas, mais j'ai plutôt découvert via la culture et l’histoire (et la nourriture, n’ayant pas d’oreilles *). J’ai donc fait le grand saut en PVT cette année.

Revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos tanuki. L’apprentissage d’une culture se fait toujours plus ou moins avec difficulté, et souvent, comme ici, au forceps, et probablement à la double hache, vu que j’ai loupé mes jets de dés à la naissance. Les chocs culturels ont donc été une expérience douloureuse, arrivés sournoisement tels le serpent** et cela a surgit au moment (in)opportun, j’ai nommé…. roulement de tambour…. LE COUPLE ! (en tout cas, me concernant !). A partir de ce moment, le monde s’est écroulé, le doute est survenu et tout semble noirci par un apprentissage brusque de la culture de l’Autre. Me voila en plein Mordor, me disais-je.

C’est, d’une certaine manière, un peu mon Tokyo Blues.

En effet, certaines choses se sont avérées impolies, choses que je n’aurais jamais soupçonnées auparavant. Un exemple : l’usage de l’ironie. En France, c’est courant, et cela démontre même une excellente éducation, puisqu’on maîtrise suffisamment la langue pour se permettre de jouer avec. Ici, oubliez immédiatement cette infâme pratique, au risque de vous voir mis au ban de la société japonaise.
Moi qui adule Desproges, qui érige cynisme, sarcasme et humour noir comme art de vivre, je vais devoir apprendre très vite à en user avec Parcimonie, que je connais aussi peu que Modération (vous savez, le fameux ami qui doit vous empêcher de noyer votre foie ?)

Autre exemple : répondre «je ne sais pas » et s’arrêter là est très mal vu. Il est préférable de faire semblant de réfléchir et d’émettre une supposition ou deux, histoire de ne pas vexer votre interlocuteur.

Évidemment, l’impolitesse se manifeste aussi par cette envie toute française (occidentale ?) de débattre. A oublier, ou du moins, ne pas le faire à la française. Un japonais ne résistera jamais à l’envie de vous apprendre votre propre culture et surtout, n’admettra jamais, Ô grand jamais, qu’il puisse se tromper. Je cite :

« Mes amis français ne sont pas ironiques, alors ce que tu as dit n’est pas vrai. C’est juste que tu ne sais pas te comporter en société (sic).
- Pourtant, je t’assure que c’est extrêmement courant, comme pratique, entre amis, collègues, même lors d’entretiens d’embauches !
- Ce n’est pas possible, mes amis français… »

Bis repetita. En conclusion, je ne connais pas ma propre culture. Ce que j’ai pensé, surtout, c’est que ses amis français ont probablement usé d’ironie… en français. En bref, le débat, d’accord, mais ne jamais oublier que vous avez, de toutes façons, tort.

J'en suis venue à la conclusion toute logique que le Japonais partage des gènes avec le genre félin. Fier, pragmatique, sournois sur les bords, ne se trompe jamais et ne peut avoir tort, puisque le jambon manquant sur la pizza, là, ce n’est pas lui***.

Je m’interrogeais beaucoup à ce sujet, mais je comprends maintenant pourquoi la plupart des étrangers tend à se regrouper au Japon.

Évidemment, apprendre les nouvelles règles de politesse du quotidien avec son compagnon ou sa compagne est le meilleur apprentissage qui soit, et c’est même une chance à saisir si elle se présente, mais elle n’est pas sans douleur.
Une fois que c’est intégré à votre esprit, la vie n’en sera que facilitée et c’est ce qu’il se passe pour moi actuellement. Après un mois d’entrainement intensif, je me sens comme Usain Bolt avant une course : confiante et battante, prête à affronter cette culture, cette langue, ces codes nouveaux pour arriver en haut du podium de la vie. Oui, c’est très beau comme image et je pense me mettre à l’écriture de haïkus alexandrinés.

Chers lecteurs, chères lectrices, à très bientôt pour un nouvel épisode de la conquête du Japon !

 

* Un bisou à qui connait la référence.
** Bonne année du Serpent, chers lecteurs !
*** Ne vous méprenez pas, mon animal préféré est le chat et mon petit Sheldon me manque terriblement. Et le coup de la pizza est une histoire vraie.