• Le Thon Libre (oui, c'est un pseudo) vous livre un regard différent sur le Japon. Actualité, polémique, vie quotidienne, ses écailles ne supportent pas la langue de bois. Son but unique, tenter de vous ouvrir les yeux sur ce qu'est la réalité du pays. Nager avec lui dans ses eaux éloignées des côtes, c'est l'assurance de faire un voyage vers la vraie connaissance. Le Thon libre aime le Japon et il déteste ça. Mais plus que tout, il adore le détester...

    Un an...

    dimanche 11 mars 2012 / Le Thon Libre

    Vendredi 11 mars 2011, 14:46.

    Il y a des jours dans une année que l'on oublie pas. Le nouvel an, son anniversaire, Noël, et une ou deux autres dates d'importance familiale. Le 11 mars, comme le 11 septembre pour les américains, est une journée que les Japonais n'oublieront jamais. A défaut d'être japonais, je garderai, en qualité de témoin direct de cet événement, le souvenir d'une journée maussade, froide, où la terre a bougé davantage qu'à l'accoutumée, et où les images d'une vague dévastatrice ont déferlé sur ma personne à travers les écrans de télévision de tout le pays.  En même temps qu'il détruisait des villes entières, ce rouleau compresseur marquait également un tournant dans ma vie. Une prise de conscience que tout n'est qu'éphémère, que si chaque plaisir se mérite, il convient d'en profiter tant qu'il nous est offert. On le sait. Tout à un commencement et tout à une fin. Entre les deux, le temps passe très vite. Parfois même, la nature nous rappelle que l'on n'en est pas toujours maître.

    L'angoisse de mes voisins, les files d'attente dans les épiceries, ces répliques incessantes, et la sensation que le Japon était en train de changer, ces sensations ne m'auront pas quitté durant toute cette année. L'adrénaline post-sismique, la joie d'être vivant, et le soleil du lendemain sont de même, ancrés dans ma mémoire pour toujours. Les images de l'explosion à la centrale de Fukushima, la peur panique en lisant les nouvelles, j'aimerais les oublier. J'y arrive parfois.

    Une année, c'est parfois long, c'est parfois court. Je ne sais trop comment appréhender cette dernière. D'un côté, quand je repense à ce 11 mars, j'ai le sentiment qu'une décennie s'est écoulée. D'un autre, les journaux, qui n'auront cessé de relayer les informations liées à ce drame, nous rappellent que cette terrible réalité n'est pas si ancienne, pire, qu'elle est encore à l'ordre du jour.

    Si le séisme, aussi violent soit-il, aura marqué ceux qui l'ont vécu, c'est davantage le tsunami et la catastrophe nucléaire qui s'en sont suivis qui continuent de marquer les esprits. Les Japonais sont soudainement, et dans une majorité écrasante, entrés, on s'en serait douté, dans un mouvement anti-nucléaire global. Pourtant peu enclins à manifester, ces douze derniers mois auront été le théâtre d'affrontements pacifiques de prime abord mais où les Japonais se seront révélés au final très vindicatifs et capables de faire bouger les mentalités sur un sujet qui ne passionnait jusqu'alors personne.

     

    Un an après, que reste-t-il de cette journée ?

     

    Avec leur pudeur naturelle, les Japonais sont peu enclins à communiquer sur la question. Tous se souviennent de l'endroit exact où ils se trouvaient quand le sol a commencé à se dérober sous leurs pieds. Traumatisés par cette secousse infernale de plusieurs minutes, qui en paraissaient des heures, ils l'ont été tout autant par la situation qu'elle a engendrée. Dans les grands villes comme Tokyo, le quotidien aura été parfois compliqué, coupures d'électricité, trains à l'arrêt, climatisation réduite, mais rapidement, les habitudes reprirent le dessus. Aujourd'hui, impossible d'imaginer ce qui a pu s'y passer. Cela ne vaut évidemment pas pour les régions dévastées comme la préfecture de Miyagi où trônent encore épaves de bateaux, voitures et maisons retournées. Une reconstruction si lente et compliquée que l'on se demande bien par où commencer.

    Aussi, les élans de solidarité de la communauté internationale auront profondément touché l'affect des Japonais. Combien me disent merci dans la rue, les bureaux, dans les villages, simplement pour me témoigner de leur amitié ? Le simple fait d'être parmi eux, de revenir au Japon, suffit à leur rendre le sourire qu'ils peinent à retrouver depuis de longs mois. Eux, d'habitude si isolés, souvent par conviction du reste, se découvrent une envie d'ailleurs, une énergie à communiquer avec l'autre, une volonté d'échanger et de partager leur expérience.

    Depuis la fin de la guerre, et les deux bombes atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, le pays aura surtout souffert du tremblement de terre de Kobe en 1995. A ces sinistres dates, il convient d'ajouter dorénavant celle du 11 mars 2011.

     

    Le Japon n'en avait pas besoin, mais ce 11 mars aura une fois encore renforcé la notion de nation si chère à son peuple. L'impression que si l'on doit vivre ou mourir, ce sera dans la dignité, la force et l'unité. C'est ça le Japon.

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    1. excellent article ...qui fait apparaitre tout votre amour pour le JAPON ...sentiment que nous partageons ; d'autre part ,cet article met bien l'accent sur le comportement "viscéral " des Japonais ...difficile à comprendre pour un Occidental si enclin à sombrer dans le catastrophisme !
      Nous sommes heureux de retourner au Japon à l'automne prochain pour témoigner de notre soutien au peuple japonais .

    2. Excellent commentaire, quoique un peu désabusé.
      Question : vivez-vous durablement à Tokyo puisqu'on voit sur votre blog la mairie de Tokyo à Shinjuku ? Je suppose que oui ...
      Je vais régulièrement à Tokyo voir mon fils qui y vit depuis 7 ans et qui se trouve beaucoup plus heureux et accompli qu'à Paris. Il a épousé une charmante Japonaise au sens de l'humour inattendu (nous conversons en anglais) et m'a comblé avec une adorable gamine qui est déjà trilingue à moins de 4 ans. Mon fils s'est totalement intégré quand il a commencé à parler le japonais, et à le lire un peu, mais vous devez aussi savoir que la pratique de cette langue est difficile.
      Lors du tremblement de terre du 11 mars, mon fils était retenu à la maison car ma petite fille avait la varicelle et le kindergarten ne voulait pas d'elle, mais ma belle-fille était au bureau, situé tout près du siège de TEPCO près d'Hibiya park, et elle n'a pu revenir à la maison que vers 2 heures du matin car tous les trains et métros étaient arrêtés; Puis il y a eu le stress de la contamination radioactive, les non-dits tant du gouvernement que de TEPCO et je crois que c'est surtout cette suspicion généralisée à l'égard des politiciens qui a le plus marqué les esprits. Certes la peur du nucléaire est toujours bien présente mais à un moment ou un autre l'industrie nucléaire japonaise, l'une des mieux intégrée après la France (faut-il le rappeler) redémarrera sans aucun doute, c'est mon opinion, avec une main-mise plus profonde du MITI sur ce type d'énergie, le nucléaire étant différent des autres sources d'énergie.
      Je n'ai eu de cesse durant les semaines et les mois qui ont suivi le tsunami de rassurer mon fils qui se posait de réelles questions surtout à propos de la santé de sa fille, qu'il fallait relativiser.
      Si vous voulez des détails, allez sur mon blog, il y figure de nombreux billets sur l'énergie nucléaire.
      Quant à l'intégration d'un français au Japon, après 7 ans à Tokyo, mon fils va enfin pouvoir être un citoyen à part entière car il aura un visa de résident permanent et pourra par exemple racheter la moitié de la maison qui n'est pour le moment qu'un bien de ma belle-fille pour des raisons assez discriminatoires et étonnantes !
      En tous les cas, merci pour votre blog intéressant que j'ai mis dans mes favoris. Je communiquerait le lien à mon fils.
      cordialement.

    3. Il me semble que c'etait au contraire une belle journee, le printemps avait deja commence et nous avions eu une semaine de vraiment beau temps, le weekend du 12-13 en particulier avait ete tres ensoleille voire carrement chaud.
      Le courant anti-nucleaire global je dirais que chacun voit midi a sa porte et que je n'ai pas du tout la meme lecture que vous, les japonais je ne sais pas ce que ca veut dire d'ailleurs, il y a peut etre une plus forte cohesion que d'en d'autres pays moins insulaires mais les japonais ne reagissent pas dans toutes les occasions comme un seul homme (bien qu'ils aient une tendance au troupeau je vous l'accorde (vous n'avez rien dit de tel je le sais...)), personnellement je n'ai pas vu de mouvement anti-nucleaire de masse, je serais bien place pour m'en rendre compte si c'etait le cas d'ailleurs et a part une bande d'excites le peuple est plus preoccupe par la situation economique alarmante et l'abscence de travail pour les jeunes diplomes. Cela dit votre vision est belle et tres poetique.

    4. @Franck Julliard
      Merci pour votre message Franck.
      Je suis obligé de contredire votre version sur deux points. Tout ceci est très anecdotique, mais en ce qui concerne la météo du 11 mars 2011 à Tokyo, je confirme (et après vérification de mes photos) que le ciel était très nuageux. Je me souviens aussi très bien m'être particulièrement "gelé" en attendant dehors l'autorisation de remonter dans mon immeuble. Vous avez raison en ce qui concerne le 12 et le 13 qui était ensoleillés et très doux. Pour ce qui est du mouvement anti-nucléaire, je suis moins catégorique. En effet, si une majorité de mes amis et contacts professionnels sont devenus anti-nucléaires, ils n'en restent pas moins convaincus qu'il s'agit de la seule énergie viable pour le moment. Mais force est de constater qu'il n'y a jamais eu autant de manifestations au Japon que cette dernière année...

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