• Le Thon Libre (oui, c'est un pseudo) vous livre un regard différent sur le Japon. Actualité, polémique, vie quotidienne, ses écailles ne supportent pas la langue de bois. Son but unique, tenter de vous ouvrir les yeux sur ce qu'est la réalité du pays. Nager avec lui dans ses eaux éloignées des côtes, c'est l'assurance de faire un voyage vers la vraie connaissance. Le Thon libre aime le Japon et il déteste ça. Mais plus que tout, il adore le détester...

    Qui veut gagner des milliards ?

    lundi 12 novembre 2012 / Le Thon Libre

    Aujourd'hui, je ressors de l'eau (contaminée), choqué par ce que je viens d'apprendre.

    100 milliards d'euros. C'est le coût estimé du tsunami du 11 mars 2011. Ca on le savait déjà.


    Depuis, nombreux ont été les dons internationaux, et le gouvernement japonais lui-même a dû mettre la main à la poche. C'est ainsi qu'un budget de 184 milliards d'euros à été débloqué pour contribuer à la reconstruction des zones sinistrées. Jusque là, rien de quoi me faire bondir. Mais c'est lorsque les résultats d'audits ont été rendus publics que j'ai compris pourquoi il était si difficile de faire confiance au monde politique japonais. Après que l'on ait appris par TEPCO que la catastrophe de Fukushima aurait dû être évitée, on découvre aujourd'hui que près d'un quart des fonds dédiés aux régions dévastées a été utilisé pour des projets sans aucun lien avec l'événement d'origine. La réfection d'un stade ou la construction d'une tour de télécommunications à Tokyo, une usine de lentille de contact dans le centre du pays ou la protection de la flotte baleinière attaquée de manière quasi-systématique par Greenpeace, sont autant d'exemples incongrus de ce à quoi sert l'argent du tsunami. Là où cela devient gênant, c'est que depuis un an et demi, pratiquement aucun village détruit n'a été reconstruit, et que de nombreux projets essentiels sont restés au point mort.


    Cette situation est l'exemple type de comment marche la politique japonaise. Ses relations avec le monde des affaires en particulier sont très ambiguës et même si le mot de corruption paraît inapproprié ici, on imagine bien que les politiques ont des amis, des amis puissants même. Et en bons amis qu'ils sont, ils ont voulu en aider quelques-uns. Je ne dispose d'aucune preuve à ce sujet, il ne s'agit là que de simples suppositions. Oui le Japon est un pays merveilleux, aux valeurs non moins respectables. Mais comme partout dès qu'il s'agit de politique et de gros sous, ses belles valeurs volent bien souvent en éclats.

    Le gouvernement Noda, à l'origine de cette enveloppe de 184 milliards d'euros, se retrouve évidemment en première ligne des contestations. L'opposition de droite menée par Shinzo Abe (ex et futur premier ministre ?) l'accuse de faire n'importe quoi, ce à quoi la majorité répond que c'est de la faute de l'opposition si ce budget a été adopté à la va-vite sans avoir vraiment eu le temps de définir clairement à quoi il servirait. Bref, on est en pleine politique intérieure. Et le Japon, comme toutes les autres grandes démocraties occidentales se retrouve prisonnier de ce système bipartite où ce que fait l'autre est toujours moins bien que ce l'on ferait. D'où des blocages permanents. On pensait pourtant les Japonais plus intelligents et capables de regarder tous dans la même direction après le malheur qui s'est abattu sur eux.


    Toujours est-il qu'ici, on se moque pas mal de savoir qui a fait quoi. On aimerait simplement que les milliers de réfugiés de la région de Tohoku puissent enfin retrouver une maison et quitter ces campements qui font honte, ou qui devrait, à tout un pays. Des gens à qui l'on a promis un retour rapide à la normale et qui aujourd'hui, 20 mois après, sont toujours dans des situations précaires.


    Alors qu'avait lieu ce dimanche 11 novembre à Paris, une manifestation anti-nucléaire de soutien aux victimes de Fukushima, les vendredis "genpatsu iranai" ("on a pas besoin de nucléaire") continue dans l'indifférence quasi générale à Tokyo alors que la centrale semblerait encore fuir. Une étude effectuée par des chercheurs américains a annoncé que 40% des poissons pêchés dans la région étaient impropres à la consommation à cause d'un niveau de césium trop important. Mais ça malheureusement, même des milliards d'euros n'y pourront rien changer.

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    1. J'aime quand le "Thon Libre prend la parole"!

      Il a bien raison de se poser des questions ... Après tout, il sait de quoi il parle!
      "...On aimerait simplement que les milliers de réfugiés de la région de Tohoku puissent enfin retrouver une maison... "
      Voila, ta voix suit, comme tant d'autres, finira-t-elle par être entendue?
      L'âme japonaise ... Rendons lui la tranquillité à laquelle elle tient depuis toujours :love

      Tes mots, je les bois, je ne les mange pas, le Thon :wink2
      Je souhaite, du fond du coeur, que toi aussi, retrouves la tranquillité au fond de tes eaux!

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