Le Thon Libre (oui, c'est un pseudo) vous livre un regard différent sur le Japon. Actualité, polémique, vie quotidienne, ses écailles ne supportent pas la langue de bois. Son but unique, tenter de vous ouvrir les yeux sur ce qu'est la réalité du pays. Nager avec lui dans ses eaux éloignées des côtes, c'est l'assurance de faire un voyage vers la vraie connaissance. Le Thon libre aime le Japon et il déteste ça. Mais plus que tout, il adore le détester...

Prudence est mère de sûreté

lundi 21 mars 2011 / Le Thon Libre

L’inquiétude reste de mise quant à la situation de la centrale de Fukushima. Ce lundi, de la fumée blanche s’évacuait du réacteur numéro numéro 2 et 3, faisant à nouveau craindre le pire. En France, il faut croire que les médias ont trouvé plus vendeur avec le début de l’opération « Aube de l’Odyssée » en Libye voire avec les passionnantes élections cantonales. Pour l'heure, la « facture » du séisme et du tsunami est évaluée à environ 235 milliards de dollars, soit le PIB de la Finlande ! Le Japon s’est relevé de la seconde guerre mondiale, il se relèvera de cette catastrophe. A n'en pas douter.

Cela fait maintenant cinq jours que je suis revenu en France, et bien que la situation ne soit pas toujours évidente à gérer, je sais pertinemment que j’ai pris la bonne décision en quittant le Japon ce mardi 15 mars. Mon oncle me disait à juste titre que lorsque l’on se retrouve plongé dans l’eau en pleine mer, on nage, et seulement dans un second temps, on commence à réfléchir à la direction à prendre. Dans le cas du nucléaire, prendre le temps de la réflexion est un luxe qu'on ne peut pas se permettre. J'ai de la peine pour ceux qui ne mesurent pas l'importance de cette menace.

J’aimerais à présent faire un point sur la situation de mes amis et connaissance, qu’ils soient restés ou non au Japon. Vous le savez peut-être, mais le billet précédent a suscité grand nombre de commentaires, toujours bienvenus, mais pas toujours bien sentis. Que n’ai-je lu ! Lâche, fuyard, trouillard et un tas d’autres adjectifs fleuris. Vous pensez bien que les auteurs de ces remarques, bien installés dans leur vie sans relief, auraient agi différemment s’ils avaient eu à faire face à cette situation chaotique.

Ces personnes m’indifférant particulièrement, je préfère m’attarder sur le sort de ceux qui sont chers à mes yeux. J’ai eu ces derniers jours des contacts réguliers avec des Français et des Japonais pour qui quitter le Japon et plus précisément Tokyo est inimaginable. Et pour des raisons diamétralement opposées.

Les Japonais ont naturellement confiance en leur pays et leurs dirigeants. De plus, le Japon étant leur pays, où pourraient-ils fuir ? Ils n’ont ni famille, ni amis à l’étranger capables de les accueillir, et quand bien même ils en auraient, ce serait alors l’argent qu’il leur ferait défaut. En ce qui concerne les Français, le ton est différent et m’exaspère profondément. Une fois encore, chacun est libre de ses décisions. Les motivations de leur « résistance » sont à mon sens faussées par un excès de confiance mal venu. D’après eux, les médias occidentaux seraient responsables de l’exode massif des expatriés. Un catastrophisme qui n’aurait pas lieu d’être quand dans le même temps, les Japonais paraissent si sereins. Si sereins, que nombreux de mes amis japonais ont quitté le pays il y a déjà 5 jours, que le périmètre de sécurité autour de la centrale s’agrandit de jour en jour et que les premiers signes de radioactivité ont été décelés dans des aliments, et pire, dans le système d’eau potable de la ville de Tōkyō. La corporation du nucléaire est au moins aussi opaque que les nuages qu'elle dégage aujourd'hui. Ceux qui vantent la transparence de leur communication sont aveuglés par leurs écrans de fumée. Quand bien même il s’agirait de faibles niveaux de radioactivité, l’utilisation régulière d’eau, dans le cas de Tōkyō, pourrait conduire à de graves pathologies. On peut se protéger des guerres, des séismes ou des tsunami. Rien, si ce n’est un bunker souterrain, ne peut garantir une protection complète face à des radiations extrêmement toxiques comme celles dégagées de Fukushima. Les conséquences d’une exposition à celles-ci sont dévastatrices.

Alors oui, les Japonais ont repris le chemin des bureaux, les karaoké et salles de jeux fonctionnent à nouveau comme d’habitude, mais cette menace qui plane au-dessus de leur tête, les Japonais y pensent à chaque instant. Il serait peut-être bon que ceux qui peuvent encore éviter le pire le fassent, avant qu’il ne soit déjà trop tard. Au moins, ils sont prévenus.

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  1. BRAVO , VINCENT !
    JE VOUS SENS À NOUVEAU BATTANT ET ÉNERGIQUE ...
    ET JE PARTAGE COMPLÉTEMENT VOTRE PROPOS ...
    NOUS CONTINUONS À SOUTENIR NOS AMIS JAPONAIS DE TOUT COEUR !
    GANBARE JAPAN !! :013

  2. Je ne puis qu'aller dans votre sens...
    Si je pense tout de même que les médias européens ont une tendance alarmiste, je pense que le danger est quand même réel et soutiens ceux qui sont rentrés tant qu'il est encore temps
    Et une énorme pensée pour ceux qui ne peuvent pas fuir et qui ont cette épée de Damoclès invisible suspendue au-dessus de leurs tête au Japon...

  3. Je comprends tout à fait que l'on se pose la question. :ask Mais là, vous avez tout à fait bien fait de rentrer. On ne peut pas tout partager avec les gens qu'on aime. Il y a les limites de sa propre vie, celle que l'on doit encore mener, le plus sereinement possible. L'atterrissage risque d'être long. Bon courage et notamment pour la partie de votre coeur qui est restée là-bas :013 .

  4. Je pense que c'est une question de choix personnelle...Partir ou Rester ? Dans le doute je pense que j'aurais fait le même choix, qui croire ?! Des particules radioactives quelqu'en soit la quantité c'est forcément dangereux...

  5. Personnellement, peut-être qu’après moult hésitations, je serais resté mais tu sais bien que je suis "cinglé" alors je ne suis pas un exemple et de toutes façons, j’étais dans mon canapé quand tout ça a eu lieu alors je n'ai rien à dire.

    Les Japonais vivent avec cette épée de Damoclès quotidiennement. Ils savent qu'un seisme, un tsunami peut arriver inopinément alors ils font avec. Et contrairement à ce qu'en pensent les occidentaux, ce n'est pas du fatalisme. La vie est ainsi faites, ils font avec et vont de l'avant.

  6. Je ne suis pas complètement d'accord avec toi (tu t'en doutes), et je voudrais profiter de cet article pour expliquer un peu pourquoi, puisque je me situe exactement dans ceux qui en veulent beaucoup aux media Français, à leur ton alarmiste, et qui ai choisi de rester (avec tout le confort que me permettait ma position, je rappelle que je suis à Ôsaka, ce qui n'a pas empêché plusieur de mes amis ici à partir comme toi).

    D'abord ne mélange pas ceux qui sont restés avec d'éventuels simplets qui ne mesurent pas la dangerosité de la situation s'il te plait. Je vais parler pour mon cas. Bien que très éloignés de Fukushima, il va de soit que l'on s'inquiète de l'évolution de la situation. Nous avons d'ailleurs déjà banni l'eau du robinet, bien qu'aucune alerte n'aille dans ce sens pour notre région...mais ça viendra, en tout cas il y a des chances... Le tord immense des media Français, c'est d'avoir si peu de choses à dire, qu'ils en inventent, sur la base des images fournies par la NHK, des traductions qu'on leur a fait des media locaux, puisqu'eux même ne sont resté que quelques jours, loin très loin de Fukushima pour la plupart, pour finalement venir à Ôsaka sous couvert d'interviewer des Tôkyo-jin réfugiés (j'ai rencontré une équipe de cet acabit...bref!) Revenir sur les plateaux Français pour dire "c'est un scandale!" en passant une phrase de Edano-san disant "il n'y a pas de risque" (il passe sa journée à tout nous expliquer au mieux je le rappelle, donc ces quelques mots, il les dit un paquet de fois), doublé en mode "voix totalitaire" avec un sous titre "porte parole du gouvernement" qui fait ressembler tout ça à une grosse flèche rouge marquée "menteur", ce n'est pas de l'info. Un des gros problèmes c'est que le mode de communication ici n'est juste pas compréhensible pour la plupart des européens à qui la notion d'Ishindenshin est complètement étrangère.

    Un exemple simple : Edano-san nous a dit "Ne buvez pas l'eau du robinet, surtout pour les bébés. Bon, si vous en buvez quand même c'est pas grave...mais n'en buvez pas!". Ce que le Français retient c'est "pourquoi il dit "si vous en buvez quand même c'est pas grave", il nous prends vraiment pour des cons!" (ça a été ma propre réaction, je le précise). Évidemment ce que le Japonais retient, c'est "n'en buvez pas", le reste étant de la com cherchant à dédramatiser la situation, et c'est vital ici. Ce n'est pas parce que les Jap ne montrent pas leur inquiétude qu'elle n'existe pas, et c'est déjà assez lourd à vivre comme situation pour beaucoup de nippons, sans y ajouter des hauts cris à notre mode Française. Ce que j'essaye de dire c'est qu'on peut avoir une confiance limitée en ce qu'on nous dit du coté Japonais, sans pour autant dire amen à ce qu'on nous dit du côté Français, très loin d'ici, très "moi-je" (le débat sur le nucléaire en France a vite prit le pas sur les morts de Tohoku, et c'est très bien pour la France, mais que ça ne soit pas mélangé avec une quelconque irresponsabilité des média Japonais, merci!).

    Décider de rester, je ne l'ai pas fait, puisque je n'ai même pas pensé partir. Si j'avais été sur Tôkyô, peut-être aurait-ce été différent, mais je ne crois pas, vu les réactions qu'on eu mes amis de là bas. D'abord n'étant pas encore marié à Sakura, elle n'aurait pas pu "profiter" d'un rapatriement avec moi, et évidemment, il aurait été inimaginable de la laisser là toute seule. Et si ça avait été en France, j'aurais fait quoi? Je serais parti au Japon? évidemment non... Ma sœur est d'ailleurs toujours soignée pour la thyroïde probablement grâce à quelques suites de Tchernobyl... On a appris a vivre avec ça, on fera la même chose ici. Ce n'est ni une "« résistance » faussées par un excès de confiance mal venu", ni un décision dangereusement bête. C'est juste l'autre choix qu'on avait. J'ai dit dans un autre commentaire, où tu étais vraiment méchamment attaqué que personne n'avait le droit de juger ta décision de partir. Je suis un peu surpris de lire que tu sembles juger la notre. Je comprends que tu puisse être exaspéré par certains, mais quand même. Ton article sous entends que ceux qui sont restés pensent qu'il n'y a aucun risque, que tout va bien etc (cf tes dernières phrases). Tout le monde sait qu'après une telle catastrophe il y aura de lourdes conséquences, sur bien plus d'années qu'on ne l'imagine. Peut être qu'être resté signifie qu'on n'a pas vu l'urgence de partir 3 semaines, comme beaucoup. Cela dit, merci de nous avoir "prévenu". :wink

  7. Pour l'ultime et dernière fois, je ne critique en aucun cas les décisions de chacun. Tout le monde est libre de ses faits et gestes. Je m'interrogeais simplement sur le bien fondé de leur choix. Ceci dit, à Osaka, le risque est tout de même beaucoup plus mesuré... Néanmoins, on n'est jamais trop prudent avec ce genre de situations. Merci en tous cas pour ces commentaires qui participent à faire avancer le débat. Heureusement qu'on est pas tous d'accord, qu'est-ce qu'on s'ennuierait ! :smi

  8. Evidemment on tirera les conséquences dans quelques semaines, mois ou quelques années mais finalement, certains éditoriaux plus sérieux ont commencés à moins attirer le chaland avec des titres racoleur. Peut-être que l'actualité en Libye y est pour quelque chose.
    http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/03/24/a-tokyo-je-ne-cede-pas-a-la-panique_1498155_3216.html
    Reste toujours la télé avec les histoires de nuages radioactifs et les interviews à peine orientés...

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