Le Thon Libre (oui, c'est un pseudo) vous livre un regard différent sur le Japon. Actualité, polémique, vie quotidienne, ses écailles ne supportent pas la langue de bois. Son but unique, tenter de vous ouvrir les yeux sur ce qu'est la réalité du pays. Nager avec lui dans ses eaux éloignées des côtes, c'est l'assurance de faire un voyage vers la vraie connaissance. Le Thon libre aime le Japon et il déteste ça. Mais plus que tout, il adore le détester...

L'horreur dure trois ans

samedi 1 mars 2014 / Le Thon Libre

Dans 10 jours, on se souviendra qu’il y a trois ans, le Japon connaissait sa plus grande tragédie depuis la guerre, abstraction faite de la sortie de la Wii U bien entendu. Trois ans après donc, on est aussi en droit de se demander si comme jadis Abeba célébrait chaque année le 11 septembre, on devait continuer à se rappeler que le 11 mars 2011, le pays s’était levé du mauvais soleil. Ce vendredi pourri où Gaïa avait soit un gros problème de transit, soit plus vraisemblablement des règles douloureuses, laissant un peuple sous l’eau et à sang.

Non, plutôt que de se remémorer ce jour de mars glacé, projetons-nous sur ce qui n’a pas bougé d'un tatami depuis. En 1095 nuits, pas un clair de lune n’est venu apaiser la colère de milliers de japonais, bien entourés il faut l’avouer par des millions d’autres d’un calme olympien en vue des jeux de 2020. Le nucléaire n’est plus remis en cause, les sinistrés sont toujours sinistrés et les enfants victimes de la radioactivité toujours plus nombreux.

Alors que faire ? Chez DozoDomo, on a pris le pli de ne froisser personne. On en parle, et on laisse chacun se faire sa propre opinion.

Un séisme par-ci, une fuite radioactive par-là, des élections par-Odiques et par-Kinson où tout ce qui fait trembler les électeurs, c'est de savoir si leur économie repassera devant celle du voisin honni chinois. Les sujets comme l’éducation, la santé ou l’écologie, sont stockés dans les cales d’un improbable Shinkansen maritime perdu au large des îles Senkaku. La guéguerre avec la Chine, la Corée ou la Russie, parlons-en, voila des affaires qui, avec les résultats du baseball, passionnent Monsieur Kimura et Watanabe. Ca leur fait un sujet de discussion quand ils se retrouvent au parc.

Bien plus que l’état de la centrale nucléaire de Fukushima, la revendication de ces chiens de pékinois, comme dirait M. Kimura, sur les îles Senkaku, ou de Moscou sur les îles Kouriles (court le furet), agitent régulièrement les rédactions des  shinbun nippons. Il en est de la fierté légendaire du peuple japonais. Les sept kilomètres carrés formés par les huit îles Senkaku se trouveraient juste au-dessus d’importantes ressources pétrolières. On comprend mieux les barils d’animosité brute que s’échangent régulièrement les dirigeants politiques des deux pays concernés. Sans aucun doute, Julien Courbet trouverait ici un bon exemple de relations pourries entre voisins. Mais rappelons-nous surtout que d'un battement d'aile de papillon peut naître un typhon. La seconde guerre mondiale n'est-elle pas née de l'esprit d'un homme qui avait pour première frustration un insignifiant échec à l'examen d'entrée des Beaux-Arts ?

Ainsi va le Japon. Dans l'expectative du "big one", ce tremblement de terre d'une intensité telle qu'il pourrait tout détruire, même les AKB48, et que les prévisionnistes annoncent comme probable dans les trente ans, on ne sait pas trop où va le pays. A-t-il besoin d'une nouvelle catastrophe pour rebondir ?

En attendant 2020 et les Jeux Olympiques, remettons lui d'ores et déjà la médaille d'or de la catégorie "J'en ai de plus grosses que les Chinois, les Coréens et les Russes réunis, et je préfère passer mon temps à les montrer qu'à m'occuper sérieusement de problèmes de santé publique comme ma centrale nucléaire qui fuit depuis trois ans."

Pour ma part, je retourne tant que je peux, nager dans les quelques eaux encore saines et vous dit à bientôt.