• Le Thon Libre (oui, c'est un pseudo) vous livre un regard différent sur le Japon. Actualité, polémique, vie quotidienne, ses écailles ne supportent pas la langue de bois. Son but unique, tenter de vous ouvrir les yeux sur ce qu'est la réalité du pays. Nager avec lui dans ses eaux éloignées des côtes, c'est l'assurance de faire un voyage vers la vraie connaissance. Le Thon libre aime le Japon et il déteste ça. Mais plus que tout, il adore le détester...

    Le Noël des Japonais

    mercredi 18 avril 2012 / Le Thon Libre

    Pourquoi parler de Noël le 18 avril, en pleine "Sakura Week" de dozodomo ?

     

    Et bien, parce que, si Noël n'a évidemment pas le même impact au Japon que dans nos contrées occidentales, il est un événement annuel qui rend les Japonais heureux, petits et grands. Enfin, surtout les grands, parce que les enfants, à leur âge, ne sont pas encore réellement sensibles à cet événement. Toute l'année, l'ensemble de la population l'attend avec impatience. A l'image de Noël chez nous, un mois, voire deux mois avant, les magasins se colorent, les produits dérivés apparaissent et bientôt, on ne parle plus que de ça à la télé.

     

    Vous l'avez compris, je parle évidemment de la floraison des cerisiers. Impossible d'imaginer la ferveur qui envahit le pays à cette période. Dans la rue, les gens sont souriants, prennent des photos chaque fois qu'ils passent sous un arbre, s'exclament des "kirei" ou "sugoi" à tout bout de champ. Fête intergénérationnelle par excellence, elle garde à mon sens, son aspect authentique, loin de celui commercial de Pâques, ou une fois encore de Noël. D'ailleurs durant cette semaine d'avril, les Japonais ne consomment pas davantage que d'habitude, si ce n'est en bière pour pique-niquer, mais qui les blâmera ?

    Aucun sens religieux ou folklorique n'y est attaché, juste l'envie pour les Japonais de se retrouver et partager de bons moments avec leurs amis, collègues ou famille. J'ai le sentiment que ce genre de rassemblement n'est plus possible dans nos civilisations figées dans l'Histoire. Que lorsqu'on se retrouve, c'est forcément par obligation, et essentiellement le dimanche autour d'un lapin à la moutarde. La Nature, chez nous aussi pourtant, offre dans bien des endroits, des atmosphères propices à la détente, à l'échange et au sourire. Oui, les cerisiers japonais sont magnifiques, et pique-niquer sous ses fleurs blanches comme la neige est magique. En tant qu'étranger au Japon, je m'étonne d'être parvenu à aimer cette fête de cette manière si forte. Certes j'aime la nature, sans pour autant être un fana de randonnée sac-à-dos ou de jardins botaniques, mais je n'ai pu resté insensible à la magie de ces sakura en fleurs. Nul ne peut l'être. Regarder ces Japonais qui eux-mêmes s'extasient devant ce spectacle, contribue à le rendre encore plus fascinant. Et pourtant, c'est tous les ans pareil. Et pourtant, tous les ans on y retourne avec le même plaisir.

     

    Ces sakura, symboles de la nouvelle année au travail et à l'école, sont la bouffée d'oxygène nécessaire au peuple japonais tout entier. De l'éclosion des bourgeons à l'envol des pétales, c'est une nouvelle page de leur Histoire qui s'écrit inlassablement. Une preuve s'il en est que le Japon ne meurt jamais.