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De l’art subtil et indélicat d’être français au Japon

jeudi 27 septembre 2018 / Vincent Ricci

Que l’on voyage ou que l’on vive à l’étranger, on est systématiquement catalogué par sa nationalité.

Ici et là, au petit jeu du « Devinez d’où je viens ? », les Japonais répondent souvent « Européen ». Difficile pour eux de faire la distinction entre un Allemand, un Anglais ou un Espagnol. Lorsque l’on précise que l’on est français, le plus souvent c’est un grand sourire qui suit. Au Japon, le Français a plutôt une bonne image et la France fait toujours autant rêver.

Les Japonais ont souvent une perception biaisée de notre pays. C’est le syndrome Amélie Poulain. Paris en particulier serait une ville propre et sans danger où le romantisme attend les jeunes filles au coin de chaque rue. La France serait elle un pays de cocagne où il fait bon vivre, où l’on mange bien et où se trouve surtout le Mont Saint-Michel, l’un des sites préférés des Japonais(es).

Etre français au Japon, c’est avoir la chance de représenter ce qui est, dans l’esprit de nombreux Japonais, comme le plus beau pays du monde. Celui où les femmes sont toutes des modèles très bien habillées et les hommes tous bon à marier.

Les Français du Japon sont très différents des Français du reste du monde. Pour avoir voyagé sur les 5 continents, avoir vécu en Europe, Afrique, Amérique du Nord et Asie du Sud-Est, je le dis sans crainte, le Français du Japon est particulier. Très particulier.

J’ai beau avoir vécu une dizaine d’années à Paris, mes racines du nord de la France et d’Italie font de moi quelqu’un de chaleureux, proche des gens, affable. Régulièrement à Tokyo, il m’arrive de croiser des compatriotes, touristes ou résidents. Je suis toujours enchanté de voir que de plus en plus de Français viennent découvrir le Japon et naturellement à chaque rencontre je les salue, d’un sourire ou d’un mot. Dans une grande majorité des cas, cette bienveillance est purement et simplement ignorée. Là où des Américains, des Brésiliens ou même des Italiens se tomberaient dans les bras et discuteraient des raisons pour lesquelles ils se trouvent là, les Français s’ignorent. Pire, ils se toisent.

Cet état d’esprit se retrouve jusque dans le monde professionnel où les Français ne font preuve d’aucune solidarité entre eux. Dans les bureaux des grandes entreprises, un Français chargé du recrutement ne favorisera aucunement un compatriote, au contraire d’un anglo-saxon qui fera tout pour recruter l’un des siens. Au lieu de créer une « union » tricolore au sein de leur boîte pour espérer avoir plus de poids, un Français ne tendra pas la main, de peur de se la faire rogner sans doute. Les Français installés au Japon ne veulent pas plus de Français qu’il y en a déjà. Ils ne veulent pas que l’on prenne une part de leur gâteau. Ce constat, ça fait une dizaine d’années que je le fais avec ma femme, au gré de nos passages dans différentes entreprises françaises ou japonaises, ou de nos différents entretiens d’embauche. Voilà l’une des raisons pour lesquelles le monde est dominé par l’anglais et les anglo-saxons. Ma femme, française, travaille pour l’une des plus célèbres et importantes compagnies japonaises. Dans les locaux qu’elle occupe se trouvent trois Français. Malgré ses relances régulières, elle n’a jamais réussi à créer de liens avec ses compatriotes qui préfèrent déjeuner seuls et semblent distants, pour ne pas dire froids. Ces personnes nées au pays des Lumières ont malheureusement depuis trop longtemps cesser d’éclairer quoi que ce soit et pire, d’être éclairées sur ce qui pourrait leur servir ou leur nuire. Ce n’est pas sans raison que Montesquieu écrivait dès le 18e siècle : « La France n'a et n'aura jamais de plus mortels ennemis que les Français exilés. »

L’histoire qui suit fait écho à cet état des lieux désolant. Le premier rôle, un de mes amis en visite 3 mois au Japon au printemps dernier. Le second, l’Ambassade de France. 

Au dernier jour de son périple, le dernier autorisé par son visa, alors qu’il attend un taxi en plein milieu de la nuit, il laisse toutes ses affaires devant sa résidence pour s’absenter deux minutes. A son retour, tout a disparu, valises, sacs, et bien entendu papiers et argent. Ce genre d’événement est rarissime mais au Japon comme ailleurs, le risque zéro n’existe pas. A mon réveil ce samedi matin, je remarque qu’il a essayé de me joindre. Sitôt levé, je pars le rejoindre en banlieue de Tokyo. Évidemment paniqué, mon ami ne sait pas quoi faire. Plus de passeport, donc impossible de rentrer en France. Le lendemain, il sera en over-stay, comprenez qu’il aura dépassé la durée de son visa et sera donc dans l’illégalité. Premier réflexe, appelez l’ambassade. Essayez de parler à quelqu’un un samedi matin, c’est comme espérer déterrer un lingot d’or avec son détecteur de métaux dans son jardin. Après 10 minutes de parcours labyrinthique sur le serveur vocal, on note un numéro d’extrême urgence que l’on appelle. Quelques instants plus tard, un appel de ce même numéro nous arrive. L’homme nous dit très rapidement qu’on ne pourra rien faire pour lui avant lundi.

Le lundi, mon ami est reçu par l’ambassade. Cela fait deux jours qu’il n’a plus d’argent ni de toit, c’est du moins en ces termes qu’il explique la situation au service consulaire. Dans les faits, il a pu prolonger de quelques jours son séjour dans la pension qu’il occupait depuis trois mois, et je lui ai bien entendu donné de quoi passer le weekend sans souci. Le lundi, il est reçu dans un bureau de l’ambassade par une dame qui lui livre la liste des documents à fournir pour obtenir un passeport d’urgence. Parmi les choses demandées, 6.000 yens et des photos d’identité au format français. Un comble quand on sait qu’il n’a plus rien. On lui demande aussi de déposer plainte dans un commissariat parce que le récépissé du koban (commissariat de quartier) n’est pas accepté en pareille circonstance. Mais il est déjà midi, et midi c’est la pause déjeuner. On lui dit de repasser mercredi, soit deux jours plus tard. Apparemment, le fait qu’un ressortissant français soit sans ressource et dans l’illégalité (il n’a plus de visa depuis la veille), n’est pas de nature à faire réagir l’ambassade. Un discours alarmiste qui ne fera pas sourciller l’agent de l’ambassade : « On ne peut pas aider tout le monde qui perd ses papiers » lui dit-elle. Avant de partir, mon ami demande s’il peut utiliser le téléphone pour appeler un numéro vert de VISA (la carte bancaire qu’il s’est fait voler) et savoir ce qu’il en est de sa carte provisoire. Réponse de la dame de l’ambassade, c’est non.

ll faudra attendre encore quatre jours supplémentaires pour que mon ami obtienne un passeport d’urgence. L’ambassade de France, bien qu’ayant connaissance de la situation désespérée de mon ami n’aura pas activé de procédure d’aide exceptionnelle, pire, elle aura fait preuve d’une condescendance révoltante faisant passer mon ami du statut de victime à celui de responsable. C’est donc établi, le passeport français ne vous garantit pas de ne pas mourir de faim ou de dormir sous les ponts s’il vous arrive une mésaventure à l’étranger. Du moins pas au Japon.

Les Français qui vivent au Japon ont souvent tourné le dos à leur pays d’origine, « beaucoup moins bien que le Japon ». Français, ils l’étaient pourtant tous le 15 juillet, au soir d’une revanche mémorable lors de cette seconde campagne de Russie enfin victorieuse. S’ils pouvaient devenir japonais, je suis certain que bon nombre d’entre eux accepteraient. Il faut dire que la plupart des hommes sont mariées à des femmes japonaises, ceci expliquant peut-être cela. Pour certains, c’est d’ailleurs l’accomplissement ultime de leur vie à en croire certains de leurs commentaires voire leur pseudo sur les réseaux sociaux. Il y a pourtant de quoi être fier d’être français. Avant les Bleus de Deschamps, Voltaire, Hugo, Maupassant, Jules Verne, Debussy, Curie, Pasteur, tous ces génies l’étaient eux aussi, fiers d’être français et aujourd’hui encore, ils contribuent à l’image de marque de notre pays, celle qui fait que quasiment partout où l’on aille sur la planète, on est accueillis avec le sourire. 

J’ai adoré mon pays. La France dans laquelle j’ai grandi, je la rêvais en numéro un. La France du papier glacé de mes livres d’écoliers. La France d’aujourd’hui, aux relents nauséabonds qui empoisonnent toute l’Europe, ne correspond plus à l’image que je me fais du citoyen du monde que j’aspire à rester. Oui, la France d’aujourd’hui me déçoit, mais pour tout ce qu’elle m’a offert, j’ai cette mission, aujourd’hui à l’étranger, de la faire briller du mieux que je peux.

Le jour où le Japon produira des chefs d’œuvre comme le « Prélude à l’après-midi d’un faune », la « Valse » de Ravel, « Carmen », « A la recherche du temps perdu », « L’étranger », « Voyage au bout de la nuit », « Les nymphéas », des chefs-d’œuvre capables de traverser les siècles dans le monde entier, de me faire pleurer d’émotion, je me dirais que peut-être, être français n’est plus si exceptionnel.

Jusqu’à ce jour.

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  1. Je suis français et je toise moi même les français que je croise au Japon. La raison est simple, je hais les gens qui m'entoure en France, alors ce n'est pas pour les embraser au Japon.
    Je hais ce que la France est devenue, sale, dangereuse, pays de la culture de la rue, arrêtez de citer les grands auteurs et artistes, aujourd'hui la culture c'est rap et les anges marseillais ! La France des lumière est morte, comme tout le reste, rien ne fonctionne, administration, transports, santé, justice... Tout fout le camp et tout le monde s'en tape. Seul les pv pour excès de vitesse ne connaissent pas de disfonctionnement. Si on veut vivre en paix en France il vaut mieux être un manouche, voleur de courant et d'eau, tranficant de cité, bien moins intéressant qu'un bon con de travailleur solvable pour l'état. Alors oui quand je suis au Japon et que croise des étrangers qui gueulent dans le métro, je les toise, voire même je leur demande de fermer leur bouche. Je suis plus japonais dans mon quotidien à ne pas jeter de trucs dégueulasse par terre ou la fenêtre de ma voiture, je suis trop perfectionniste dans mon travail, je suis le seul à être heureux de regarder un paysage, écouter un bon disque. En fait c'est ça, en France je suis seul, seul au milieu des clones beaufs qui roulent tous en vw déguisée en audi, bon mazout de conformiste. Au Japon je me sens moins seul même si je connais très bien les codes japonais et sais que bien souvent leur gentillesse n'est pas forcément honnête. Mais au moins elle est polie. Donc si on se croise au Japon, il faudra plus que partager des traits de visage pour être amis.

    • ça sent l extrême-droite dans votre boîte crânienne...la France que vous décrivez n'existe pas, la France reste un pays de grande culture, d'art et de savoir-vivre.
      Évidemment, il existe de graves problèmes mais le problème est général..croyez-vous que les autres pays européens font mieux? Les USA?
      Parlons du Japon...des jeunes qui n'ont aucun esprits critique, des personnes âgées qui crèvent au travail par 40 degrés à l'ombre..en plein été...quelle sécurité!!! une démocratie en lambeau, un négationnisme rampant, votre haine vous décrédibilise!!! signé: un amoureux du Japon.

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