Bienvenue au Gaijin Cafe de DozoDomo ! Retrouvons-nous le second samedi de chaque mois, afin de traiter d'un sujet sur la vie d'expatrié au Japon, autour d'une tasse de café ou de macha latte.

#8 - Barrière de la langue: entre mythe et réalité

samedi 14 juin 2014 / Amandine Coyard

Nous vous parlions japonais et langue japonaise la semaine dernière, ou plus précisément de la tendance de beaucoup de monde à juger de langue natale d'une personne par rapport à son apparence. Cette vidéo abordait le cas des personnes qui parlent la langue japonaise et éprouvent des difficultés à se faire littéralement entendre des japonais, et nous offre une transition parfaite pour éclaircir un sujet qui souffre de beaucoup de on-dits pas forcément justifiés. Alors cette barrière de la langue, elle existe vraiment ?

Les Japonais et les langues étrangères, ça n'est pas vraiment ça.
La langue de référence entre personnes n'ayant pas la même langue natale est bien souvent l'anglais, fédérateur, il permet une base où en général tout le monde a un niveau qui permet d'exprimer des choses simples. Mais pourquoi pas après tout parler votre langue natale ou une autre que vous connaissez ? Si vous passez par l'aéroport de Narita, peut-être tomberez-vous sur le douanier qui parle français. Parmi mes amis italiens, allemands ou espagnols, certains trouvent des locuteurs de leur langue natale de temps à autre, par hasard. Et quand vous trouvez ces locuteurs, ils sont en général très bons. C'est une situation qui malheureusement reste très rare.

Mais non voyons, tout le monde parle anglais de nos jours !
C'est souvent le phrase que l'on entend lorsque l'une de nos connaissances part au Japon, ou de manière plus générale à l'étranger. L'anglais est devenu, il est vrai, une langue pratiquée par beaucoup de monde et il n'est pas rare que les endroits touristiques soit déclarés d'emblée « english-friendly » sur de petits panneaux. Et c'est également vrai dans les grandes villes du Japon ou tout du moins celles les plus visitées. Tokyo en premier lieu, Kyoto, Osaka ou encore Nikko sont souvent des villes où l'office du tourisme vous proposera des fascicules en langue anglaise et certains restaurants également. Les hôtels présents sur le web auront des versions anglaises et le staff pourra sans doute converser avec vous dans cette langue.
Alors oui, c'est en partie vrai mais enfoncez-vous un peu plus dans les terres ou simplement les quartiers moins touristiques et cette vérité sera bien vite ébranlée. Déjà, fini les lettres latines pour retranscrire panneaux, noms de restaurants, ou simplement menus. Et les rues japonaises étant ce qu'elles sont, il est bien difficile de se retrouver dans ces rues sans nom... Vous pourrez sans doute parler avec les gens que vous y croiserez, ou tout du moins communiquer mais beaucoup moins facilement en langue anglaise. Ce qui en général ne retire rien à leur sens de l'hospitalité, du service et leur gentillesse.

Oui catégorique, les Japonais ne parlent pas anglais.
Il arrive également que l'on entende cette version, affirmant que la pratique de l'anglais est proche de zéro au Japon, et que de toute façon le peu de personnes arrivant à parler anglais le font très mal. Il y a un peu de vrai dans cette rumeur, puisqu'il arrive que vous vous retrouviez face à des Japonais qui s'expriment dans un anglais approximatif qui manque clairement d'entraînement, d'accent et de vocabulaire. Faute à la façon dont cette langue est enseignée. Pour l'avoir constaté dans une université, la langue anglaise au Japon est appris de manière très linéaire et dès que vous sortez du « chemin » de dialogue appris, les Japonais ont tendance à paniquer. Il y a sans doute des professeurs qui sortent un peu de cette façon d'enseigner mais si vous vous retrouvez dans ce genre de conversation, vous pourrez vous faire une idée du pourquoi.
Autre raison moins soupçonnée, les Japonais ont souvent « honte » de leur anglais. Il peut également vous arriver de tomber sur des Japonais qui refusent de vous parler dans cette langue malgré leur très bon niveau. Quiconque aura essayer d'expliquer quelque chose en japonais en manquant de vocabulaire pour finir par se rendre compte que son interlocuteur parle très bien anglais comprendra. Certains Japonais ont d'autant plus honte qu'ils sont persuadés que notre niveau est beaucoup plus haut que le leur, ils préfèrent nous épargner et s'épargner une telle conversation. La panique, aussi, les prend de temps à autre à l'idée de parler anglais, et en conséquence ils n'arrivent pas à s'exprimer correctement.

Les rumeurs sont donc à pondérer et il n'existe pas de définition juste de la barrière de la langue au Japon, et de ses conséquences. De même, vous la ressentirez plus ou moins fort selon les besoins que vous en aurez : s'exprimer simplement suffit au conbini mais pas forcément à la mairie… Le fait est que même dans le pire des cas, tout le monde peut s'en sortir avec des gestes ou des dessins dans la vie quotidienne. Pour preuve, on voit beaucoup de personnes s'expatrier au Japon mais ne pas réussir à se motiver pour apprendre la langue locale car finalement, le besoin ne s'en fait pas vraiment ressentir. La barrière de la langue en tant que mur infranchissable n'existe pas, mais il est vrai que sans parler japonais on peut vite se sentir dépassé au Japon. Libre à vous de juger jusqu'à quel point d'incompréhension ou de compréhension vous acceptez de vous rendre. Certains ne supportent absolument pas de vivre dans un univers où il ne comprenne pas ce qu'ils entendent ou lisent, d'autres le supportent très bien. Mais si vous avez envie de vous faire comprendre, vous y arriverez toujours.

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