Bienvenue au Gaijin Cafe de DozoDomo ! Retrouvons-nous le second samedi de chaque mois, afin de traiter d'un sujet sur la vie d'expatrié au Japon, autour d'une tasse de café ou de macha latte.

#38 - Orgueil et préjugés au Japon

vendredi 23 octobre 2015 / Amandine Coyard

"Quand on vient au Japon, on fuit quelque chose, on traîne une croix" m'a t-on dit récemment, et force est de constater que souvent on retrouve en habitant au Japon des personnes qui pour une raison plus ou moins grave, préfèrent vivre ici que dans leur pays d'origine. Univers, façon de vivre, éloignement ou simplement rapprochement, on trouve ici des conditions plus favorables, ou que l'on pense plus favorables pour vivre. Mais l'expatriation au Japon ne rend pas tout le monde meilleur, aujourd'hui on va aborder le sujet de ces personnes à qui ce changement d'univers ne réussit pas forcément.

La différenciation sociale

Des expériences de différenciation sociale chez les rats ont prouvé que dans tous les systèmes, il existe différents rôles systématiquement occupés, qui pour faire très très simple se regroupent en leaders ou suiveurs par exemple. Par système, on entend tout groupe social construit qui interagit régulièrement. Plus le système est petit (un groupe d'amis de 6 personnes par exemple), plus il est facile de déterminer les rôles et inversement, plus le groupe grandit (prenez une classe de 120 élèves par exemple), et plus il vous sera difficile de marquer les différences. Quelque soit la taille du système, on retrouve toujours les mêmes rôles à parts égales, et ce même si le groupe diminue ou augmente, les personnes vont alors changer de rôle. On peut parler d'une sorte d'équilibre social.

Un peu d'observation autour de vous vous fera vite remarquer qui fait quoi, et une fois son rôle endossé il n'est pas rare de le garder très très longtemps. Mais pourquoi parler de rats aujourd'hui ? Déménager au Japon, c'est changer totalement de système et se voir donner la chance de pouvoir changer de rôle à effet immédiat. Et ça ne réussit pas à tout le monde.

Ma première confrontation à ce phénomène remonte à mes années à l'université où j'étudiais le japonais. Dès les premiers jours, des personnes sont sorties du lot de manière bruyante. Celles qui étaient déjà allées au Japon. Il ne faut pas se leurrer, à l'époque où j'ai commencé mes études, un bon 75% des personnes présentes apprenaient le japonais par amour du Japon, mais surtout de la culture "otaku". Parmi nous, une partie de ceux qui avaient eu la chance d'avoir pu mettre les pieds dans ce pays si lointain ne pouvaient pas s'empêcher de le faire remarquer bruyamment en cours et ils exerçaient une certaine fascination sur une autre frange des élèves. Une hiérarchie sociale s'est donc installée, créant des clivages et mettant sur un piédestal de papier ces "rois de la classe" qui pouvaient raconter à quel point ils avaient appris le japonais dans les dramas et vécu des situations d'anime "en vrai". Loin de vouloir partager leur passion et leur savoir, cette petite frange de la classe transpiraient plus l'orgueil et le mépris qu'autre chose parfois sans même se rendre compte de leur comportement, et les personnes dans le même cas qu'elles mais discrètes étaient au contraire à l'origine de discussions passionnantes.

Déjà "agaçants" en France, ce type de comportement prend une toute autre tournure ici, au Japon.

De qui parle-t-on ?

On parle des gens qui voient arriver des compatriotes d'un mauvais œil, ceux qui ont peur de se faire voler leur "célébrité" ou qui veulent absolument garder leurs amis sans vouloir les présenter. Lors qu'elle arrive, cette personne aura plutôt tendance à accaparer toutes vos connaissances japonaises en déballant toute une panoplie d'arguments pour montrer à quel point elle est géniale et beaucoup plus française/classe/intéressante que vous (rayez la mention inutile). Souvent, ce sont des m'as-tu-vu qui vous prennent de haut et tentent de vous expliquer la vie (ça peut être divertissant de se voir expliquer quelque chose que l'on connaît bien au Japon n'importe comment), ou vous disent qu'ils vont vous prendre sous leur aile parce qu'ici, c'est chez eux. Vous avez vu Tokyo Fiancée ? Vous en avez un très bel exemple en la personne que l’héroïne rencontre et qui trouve "son japonais" (pas son chéri, notez bien, son japonais). Dans un premier temps, ce personnage répond avec véhémence à l'héroïne gratuitement, dans le seul et unique but de lui montrer sa supériorité dans ce groupe restreint, puis elle continue tout de même à fréquenter la jeune fille tout en lui montrant qu'elle fait tout mieux qu'elle pour finalement exhiber le Saint Graal, une bague de fiançailles.

Si vous passez un peu de temps avec ce genre de personnes (bravo, il faut prendre sur soi), vous constaterez peut-être un schéma assez récurrent.
1 - Elles ne sont pas conscientes de ce comportement qui en agace plus d'un.
2 - Avant de venir au Japon, elles étaient en général plutôt timides et réservées.
3 - Le statut d'étranger ici en provenance de pays considérés avec beaucoup de respect et d'affection peut les propulser en tant que héros sans forcément fournir d'effort.
4 - Elles doivent systématiquement montrer aux nouveaux venus qui est le patron, quitte à raconter n'importe quoi où ce qu'elles croient être vrai.
5 - En général, elles se méprennent sur leur propre niveau de japonais.

Mais comment en arrive-t-on là ?
Je pense que dans le fond, on a tous été à un moment ce phénomène agaçant qui met tout le monde sur les dents, si les conditions autour de vous sont (dé)favorables, glisser doucement vers cette situation pourrait même être tout à fait inconscient.

On nous voit

Si vous n'êtes pas physiquement similaire aux Japonais, on vous voit et on se souvient de vous. Vous n'y manquerez pas, soyez en plus de ça une personne aux yeux clairs, cheveux clairs, grande ou avec des atouts proéminents et vous marquerez les esprits que vous le vouliez ou non. Sans doute moins vrai dans des quartiers où d'autres personnes étrangères ou métisses vivent, vivre dans un quartier 'traditionnel' japonais où vous faites vos courses, échangez deux-trois mots avec les employés et vous deviendrez vite une star à très petite échelle.

On comprend aisément que des personnes timides ou peu confiantes en elles puissent profiter de cette opportunité pour justement reprendre confiance en elles, et sortir un peu de leur coquille. Quelquefois trop.

Un terrain fertile ?

Revenons à notre question du qui, en France, finit par venir au Japon quelques temps ou pour la vie.

Je ne fréquente plus ces cercles aujourd'hui, mais pour en voir fait partie à une époque aimer la culture pop japonaise c'était être en marge. C'était avoir une passion peu commune, tellement peu commune que lorsque l'on rencontrait quelqu'un avec des goûts similaires c'était la fête. Sans rire. Je viens de ce que l'on pourrait appeler une petite ville de campagne, et je me souviendrais toujours du bonheur lors de mes premiers jours en Seconde de trouver quelqu'un qui connaissait et aimait les mêmes choses que moi. L'essor d'internet ces dernières années a sans doute gommé cet isolement que l'on pouvait ressentir et surtout la mise en lumière en France de la culture manga/anime qui est désormais très répandue et nettement moins jugée. Reste que c'est aimer quelque chose de "spécial" qui a ce goût exotique dont on a déjà parlé auparavant dans le Gaijin Café.

Pour beaucoup, le rêve ultime c'est vivre au Japon, et pour ceux qui y arrivent c'est expérimenter des choses que l'on a vues, lues, pouvoir enfin les confronter dans la vie réelle. Et malheureusement certains, même sur place, idéalisent le pays dans lequel ils vivent, et le défendent bec et ongles contre ces autres expatriés avec un peu plus de recul sur la situation et qui pointent du doigt les imperfections de notre terre d'accueil. Cette expatriation qui est pour eux une récompense enfin acquise ne saurait être entachée par des défauts qui saliraient leur rêve de longue date. L'ego prend le relais, et c'est souvent à ce moment que quelqu'un peut agacer les gens qui l'entourent.

Il existe un attrait particulier entre la France et le Japon, que je ne m'explique toujours pas en détail, et d'autres passions nippones attirent les étrangers ici : le zen, le bonsai, la cérémonie du thé ou encore la calligraphie sont autant de passions qui peuvent dériver et former ces caractères antipathiques. Il serait malvenu de seulement accuser les amateurs de culture pop japonaise qui je pense, ont assez subi ces dernières années.

L'accumulation de tout ces facteurs peut mener, inconsciemment, à devenir cette personne qui en soirée agace tous les autres expatriés qui roulent des yeux dans son dos en espérant secrètement que la police de la décence va venir l'arrêter manu militari. Vous voyez ? Dans vos souvenirs, proches ou lointains, cette personne qui vous a porté sur les nerfs et vous a fait rire jaune. Si vous lisez l'anglais, je vous recommande cette liste de Rocketnews24 qui recense 5 types d'étrangers que vous croiserez au Japon et peut-être même vous y reconnaitrez-vous ?

Parce qu'avouons-le, on a sûrement tous un jour pêché d'orgueil et été cet expatrié français pas très sympa.

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  1. Hello Amandine,
    Je me suis un petit peu reconnu dans la personne qui ne veut pas se faire voler sa célébrité ahah.
    Après au-delà de ça y aussi le comportement de certains ....

    Sinon je me permet de te faire remarquer 2 petites "fautes" :
    - "Lors qu'elle arrive, cette personne aura plutôt" : Pas d'espace entre Lors et qu'elle
    - "mais pour en voir fait partie à une époque" : il manque un a 😉

  2. Petite pensée sur la communauté...
    L'arrivée des PVTistes a transformé la communauté francophone en panier de crabes (radioactifs ?) : Trop de monde dans le même espace vital. Les plus anciens veulent garder leur petit domaine protégé, les nouveaux ragent de piétiner et les quelques chanceux tombant sur une filière feront tout pour garder le filon pour eux... Pour faire son chemin, il faut donner des coups de coude, piquer des contacts, ruser, mentir et faire preuve de la fameuse arrogance française. On doit être les seuls gaijins à détourner le regard lorsqu'on croise un autre ressortissant français dans les rues japonaises.... Une communauté détestable en parfaite adéquation avec notre belle république et son gouvernement con(-)pétent... Mon conseil ; évitez Tokyo.

  3. L'OTAKU-BIDOCHON

    Au milieu de tous ces touristes du dimanche dépensant l’argent de papa/maman ou un an de salaire durement gagné chez Macdo avec des séjours de deux semaines au Japon juste pour faire les boutiques de mangas et de fringues de goth-loli, il existe une autre race de cons qui, eux, restent plus longtemps sur place mais n’ont pas plus de vie que les campeurs citées plus haut. On les appelle les otaku-bidochons.
    Laissons de côté l’opportunité qui lui permettra de se rendre là-bas et d’y rester, il y en a des tas et toutes différentes. Boulot prestigieux ou baito de merde, sinécure ou travail de chien, mariage par dépit et/ou calcul, études, squattage, prostitution, dealer de Cup Noodles etc. Les occasions ne manquent pas, il faut simplement se bouger le cul. C’est comme pour tout. Par contre, une fois arrivé, les attitudes sont toutes les mêmes chez ces miteux.
    Quand on les regarde bien, on s’aperçoit que la plupart des otaku-bidochons ne sont pas partis au Japon, non. Ils ont fui la France. C’est très différent. Ils ont fui, au choix, leur famille de tarés, leurs rares amis qui se foutaient d’eux, leurs problèmes, leurs complexes, les responsabilités, et surtout la lose, leur seconde ombre et qui leur collera aux baskets toute leur vie. Ils pensent que déménager leur permettra de prendre un nouveau départ. Ils tirent la chasse sur leur passé merdeux mais l’odeur les suivra toujours.

    Donc, après avoir fantasmé dessus pendant des années, notre bidochon, qui est toujours un otaku geek no life et enfant du Club Dorothée pur jus, réalise enfin son rêve. Il vit au Japon. Ça y est ! A Tôkyô évidemment, il ne va jamais plus loin. En France, lorsqu’il n’était qu’un péquenaud, il crachait sur Paris. Mais au Japon, hors de question pour lui d’aller ailleurs que dans sa capitale. Tôkyô, c’est LE Japon !...
    Une fois débarqué de Narita, et installé dans un dormitory, chambre-placard à balais et autre colocation, commence alors une vie de rêve ! Première chose vitale pour lui : le faire savoir ! Il met donc à jour son profil sur tous les réseaux (de cas) sociaux style Fessebouc auxquels il est inscrit et autres forums qu’il fréquente, indiquant consciencieusement à la case « localisation » où il réside désormais. Puis il monte dans la foulée un blog où il nous racontera jour après jour ce qu’il fait là-bas. Il semblerait que beaucoup se rendent au Japon uniquement pour ça d’ailleurs… Tout cela démontre qu'il a beau être dans un autre pays, l’endroit où il restera le plus actif n’est pas le Japon mais le Net.
    Ces priorités prioritaires effectuées, il se rue dans une de ces foires à l’électronique tokyoïtes où il va pouvoir s’offrir des tas de gadgets avec le reste de ses petites économies françaises. Avec l’euro fort, le yen est désormais une monnaie de singes. Il en profite et rafle un super ordinateur, un super portable, une super console, et le tout en japonais évidemment, super mode d’emploi et super ticket de caisse inclus… Il privilégiera toujours les petites touches et autres stickers en jap sur le bidule, c’est mieux. Il faut que tout lui rappelle en permanence qu’il est au Japon, il a encore du mal à y croire lui-même. Une fois de retour en France, ça ne lui servira plus à grand-chose et il risque même d’y avoir de sacrés problèmes de compatibilité mais c’est une éventualité à laquelle il ne songe même pas. La France est derrière lui désormais. Il n’y a que des losers là-bas. Il n’y retournera jamais ! C’est ce qu’il croit du moins…

    Après les endroits de perdition style Akiba, véritables fosse sceptique pour geeks japs et occidentaux, il se rend très vite dans un game center, parce que le Japon, c’est et ça a toujours été le pays des jeux vidéo pour lui. Il va pouvoir se donner en spectacle en sautant dans tous les sens sur un truc de DDR devant un public de trois japonais hébétés qui, de toute manière, ne sauront sortir que des « sugoi » devant les prouesses physiques de notre Zébulon de service. Ça le conforte dans sa nouvelle personnalité. On le regarde et on ne rit pas de lui comme c’était toujours le cas en France. Au Japon, il se sent enfin exister. La larve a fait sa métamorphose pour donner naissance… à une autre larve ! Lui ne voit rien ou simplement ce qu’il veut bien voir.
    Mais en bon mort-vivant, c’est surtout lorsque la lune pointe qu’il se sent le plus vivre. Il enchaîne les soirées resto, Wii et surtout karaoké avec sa bande de potes, qui sont à 90% des Français et bien souvent les mêmes blaireaux qu’il fréquentait dans sa fac de jap en France. Quel dépaysement ! Inutile de préciser que ce sont également des otaku-bidochons comme lui.
    A la tombée de la nuit, les keitai sont dégainés et les mails interposés s’échangent à la vitesse de la lumière dans ce style :

    - C’est l’anniversaire de XXX ce soir, SOIREE KARAOKE POUR TOUS ! Rendez-vous devant la statue de Hachiko à 20h00 ! Confirmez votre présence ! ^o^

    On les trouve toujours là. Ça les a marqués City Hunter… Une fois réunis, ils se déchaînent ! On remarque à ce moment là qu’ils s’appellent tous par leur pseudo respectif. Même dans la réalité, ils se croient encore sur MSN… Naruthomas massacre allégrement Ayumi Hamasaki qui n’a pourtant pas besoin de ça ; Utada_Viking agite la Wiimote comme personne mais bon, vu le nombre d’années de branlette qu’il trimballe derrière lui, c’est un peu normal ; Renaud_Tanaka se met à faire devant l’écran l’une des 186746521 chorégraphies des Momusu et qui est en réalité toujours la même, et clou du spectacle, Cathkyonkyonkyonkyonkyon²² teste sa Wii Fat©, la plaque spécial obèse qui résiste à plus de 300kg de pression au cm² et qui lui fera croire pendant quinze jours qu’elle fait du sport et que cela la rendra enfin mince et belle…
    Le plus friqué ou m’as-tu-vu de ces abrutis, qui est souvent le même, immortalise tout ça en photo avec le méga appareil de la mort qu’il s’est offert la veille, avec le menu tout en jap sur le petit écran et qu’il a bien dû mal à comprendre. Sur les clichés flous, de bonnes petites têtes de gagnants ! Ils s’agitent, font des grimaces, le « v » de la victoire avec leurs doigts, se croient drôles au possible et super intelligents... En les voyant, on se dit que ça valait vraiment le coup qu’ils déportent leur graisse à 10 000km de là pour se comporter comme de vulgaires ploucs montés à la ville et visitant pour la première fois Japan Expo ! Il n’y a aucune différence et leur tenue de suffisance ridiculise le plus pitoyable des cosplayers. Prions que l’épicentre du prophétique « Big One » qui rasera Tôkyô se situera juste sous une boîte de karaoké, on sera au moins débarrassé d’un sacré paquet de déchets !

    Quand il n’est pas un monstre de naissance, notre otaku-bidochon baise aussi. Enfin ! Ça ne lui était jamais arrivé en France ça. C’était d’ailleurs l’une de ses motivations de départ. Avoir plus de vingt ans et être toujours innocent, ça commençait à être dur. Ses nombreux râteaux accumulés au bled l’ont définitivement convaincu que les Françaises étaient toutes des salopes. Elles sont menteuses, mesquines, intéressées etc. Les Japonaises, elles, sont parfaites ! C’est bien connu... Surtout depuis qu’il sait qu’elles veulent bien de lui. Il enchaîne donc les petites truies jaunes, nippones le plus souvent bien qu’une coréenne peut, de temps à autre, varier son menu faute de mieux.
    Comme tous ceux qui n’ont jamais rien eu ou été et qui accèdent à la gloire du jour au lendemain, il rattrape son retard vitesse grand V et devient arrogant et, en bon nouveau riche du cul, se prend pour un tombeur. Naturellement, il déballe ses exploits sexuels avec des posts très imagés sur son blog ou son profil Facebook. Intérieurement, il se plaint quand même. Toutes ces années à s’astiquer tout seul en France, toute cette énergie, ces Kleenex dépensés… Que de temps perdu ! Bon évidemment, notre grand mâle viril tombe amoureux à chaque fois qu’il conclût avec sa proie du soir et a le cœur brisé le lendemain matin en constatant que la nana avait les mêmes fantasmes et besoins physiques que lui. Lui voulait se taper une nihonjin, elle un gaijin. Il a du mal à accepter qu’une asiatique puisse se comporter comme le buta qu’il est.
    Si c’est une française, elle se fait composter dans la douleur le premier mois et, une fois cicatrisée, elle réalise son fantasme de toujours en s’envoyant à la chaîne une dizaine de nippons lobotomisés mais avec de beaux abdos. Hélas, les muscles ne font pas tout et une fois la vidange de Toshiro avalée, les silences gênants sont à la noce. D’une part parce qu’aucun des deux ne sait la langue de l’autre mais surtout parce qu’ils n’ont rien à se dire. Et puis, notre bidochonne s'aperçoit, comme bien souvent dans ces cas-là, que le fantasme en lui-même était plus savoureux à imaginer qu’à mettre en pratique. Avec le temps, elle constate également, et avec amertume, à quel point les Japonais ne savent pas faire l’amour et ne pensent qu’à leur gueule au lit. Elle larguera très vite l’affaire en se rabattant sur de la viande française qu’elle trouvera dans son dormitory à la con. Après tout, sperme français ou japonais, ça rend les dents jaunes de la même manière…
    Passés plusieurs mois, notre otaku-bidochon se comporte comme ces Japonais en France pour les mêmes raisons que lui, démontrant une fois de plus que si l’enveloppe extérieure des humains peut parfois être différente suivant les continents, l’intérieur est le même. Il se referme de plus en plus sur son groupe d’amis franchouillards, ne fréquentant plus qu’eux. Il devient méprisant envers les autochtones, les trouvant moches et ridicules. Le pays aussi craint. Attention, ce n’est pas une prise de conscience qu’il était mieux en France. Il continue tout autant de cracher sur son pays natal, mais bon, le Japon, c’est un pays de merde aussi. Un de plus. De toute manière, qu'est-ce qu'il connaît du Japon ? Il a beau y être, il a toujours vécu à l’heure française. Pendant qu’il fait semblant de travailler ou se prend pour un chanteur de la Nouvelle Star, son PC tourne et lui télécharge les derniers épisodes de ses séries télé favorites, et en français SVP ! Pas question pour lui d’avoir du retard dans leur visionnage ! Sue Ellen va-t-elle épouser le Dr. Ross ? Michael va-t-il enfin sortir de prison ? Troy McClure va-t-il jouer dans Plus Belle La Vie ?...

    Cela dure comme cela entre deux et cinq ans en moyenne sans grosse variante. Avec autant de temps passé sur place, nous pourrions croire que, malgré sa no life patentée, il est tout de même devenu un pro du japonais par la force des choses et qu’il va nous en foutre plein la vue. Et bien non, même pas ! Et c’est là que l’on rigole ! En le voyant baragouiner japonais, on s’aperçoit qu’il n’est toujours pas bilingue et qu’il en chie pour trouver des mots de tous les jours et se faire comprendre, le tout avec un accent atroce. Un gamin nippon de six ans en sait plus que lui ! Il était pourtant très fort pour vous sortir une phrase en japonais à l’écrit mais c’est normal puisque c’était son dictionnaire électronique qui bossait. Il s’en est toujours offert un dernier cri le mois qui a suivi son arrivée sur place. Ça lui sert surtout à traduire ses chansons Jpop favorites… A l’oral par contre, zéro pointé ! La plupart de ces minables ne tiennent sur pas plus de cent kanjis qu’ils ne savent que reconnaître de vue et sont infoutus de tracer de tête, et les furigana sont toujours bénis. Quand un japonais lui parle normalement, il s’empresse de lui demander :

    - Etoooo… youquouli anachtékoudasaille !!!

    Ben oui, ce n’est pas en passant les trois-quarts du temps avec des Français tout aussi incultes que lui, et de japs intoxiqués de culture occidentale pour le dernier quart, que l’on progresse. Quand il allait au cinéma, il fallait que ça soit impérativement en version originale sous-titrée anglais, sinon, c’était pas possible… Il fait penser aux abrutis français gavés de mangas en vf et ne sachant toujours pas lire correctement un hiragana après trois ans de fac. Lui est pareil et encore plus impardonnable.
    Mais alors, comment fait-il pour s’exprimer dans la vie de tous les jours nous direz-vous ? Même s’il ne sort pas de son bocal de grenouilles, il va bien y avoir quelques fois où il devra se faire comprendre des indigènes non ? Oui et il a la solution : il parle anglais ! Il est à Tôkyô ne l’oubliez pas, la plupart des habitants de son âge le cause. Il n’y a que dans cette langue qu’il progressera durant son séjour mais dans le mauvais sens. En effet, pour se faire parfaitement comprendre des habitants, il se mettra petit à petit à parler cet anglais jap si pittoresque. Le karaoké ne l’aide pas là-dessus d’ailleurs.

    Et puis un jour, il rentre en France. Pour de bon. Et oui. De gré ou de force, comme ces connards de traders qui s’expatrient en Angleterre un peu de la même façon, ils reviennent tous au bercail un moment ou à un autre. Parfois, pour des raisons pratiques, pour toucher le chômage ou se faire soigner. Là, ils sont bien contents de trouver les acquis sociaux français. Toujours est-il qu'il rentre. Et c’est la même histoire qui recommence mais en sens inverse : il ne retourne pas en France, il fuit le Japon ! Parce que le Japon ne veut pas de lui et qu’il n’a pas pu y faire son trou comme il l’entendait. Il aurait voulu être un petit-chef, apporter son talent, voire sauver ces pauvres japs de leur misère. Il voulait vivre à la française mais au Japon. Hélas, ça ne marche pas comme ça là-bas et à moins d’être maso, personne n’a envie de se faire traiter comme de la merde par des enfoirés de kacho qui vous taperont dessus deux fois plus fort juste parce que vous êtes un gaijin. Même en vous faisant tout petit, en parlant mieux japonais qu’eux, en vous faisant brider chirurgicalement les yeux et en vous gavant de 10kg de riz par jour, jamais les Japonais ne vous accepteront et vous considèreront toujours pour ce que vous êtes sur leur sol : un étranger, et dans le sens le plus péjoratif du terme.
    Son séjour se transforme en quelques lignes sur son CV. Il a vécu là-bas plusieurs années, ça en jettera toujours. Il pourra donc briller face à des gens ne sachant pas qu'il n'y a rien foutu du tout. A l'Est, rien de nouveau ! A défaut de bagage culturel, il rentre avec 24 valises contenant plus de 100kg de merdes made in China but sold in Japan sous le bras, achevant de le ruiner à la douane, et montrant sans équivoque, et encore une fois, qu’il n’y a aucune différence entre lui et un touriste à la petite semaine. Il les revendra très vite sur Ebay dans les six mois qui viennent simplement pour payer ses factures.
    Quel est son bilan ? Ses photos nous le montrent de suite. Naturellement, on les a déjà vues puisqu’elles sont toutes en ligne sur Facebook. En le parcourant, on est consterné. On y voit quoi ? Des soirées karaoké à profusion, un matsuri, un concert, des purikura, les clowns de Shibuya le weekend, un bout de film fait pendant un tremblement de terre, à moins que ce n’était pendant qu’il niquait, quelques nanas qui l’ont marqué et lui ont, bien évidemment, brisé le cœur, et puis c’est tout. Des visites de temples aussi. Là-dessus, c’est très étrange. Lui qui démolit les religions en général et n’a jamais mis les pieds dans une église, synagogue ou mosquée en France, il va visiter plusieurs temples japonais. Spiritualité, ok, mais à condition qu’elle soit jap… Putain d’otaku !
    A-t-il appris quelque chose ? Non, on vous l'a déjà dit. A-t-il été en province ? Non, Ginza, Akiba et Shibuya furent ses seuls horizons. Des Japonais se souviennent-ils de lui ? Non, dès qu'il est rentré, ses contacts sur Facebook l'ont oublié voire bloqué. A-t-il fait ou construit quelque chose là-bas ? Non, tous ses projets ne sont restés que des projets. Il n’a fait que faire tourner l’économie des semi-conducteurs chinois et assurer le salaire mensuel de gérants de karaoké.
    Il est arrivé célibataire, il repart célibataire car si certaines bridées le veulent bien pour la nuit, elles n’en veulent pas pour la vie. Dans le même style, il est arrivé fauché, il repart fauché. Il n’a mis aucun argent de côté, ayant pris l'habitude de claquer dès la première quinzaine sa paie mensuelle. Faut le comprendre aussi, ce n’est pas facile d’économiser quand on vit dans le pays de Nintendo…
    Son séjour est à inscrire non pas dans la catégorie « professionnelle » mais dans celle des loisirs. En bon attardé immature qu’il est, ce séjour prolongé au Japon était juste une façon pour lui de continuer à vivre au pays de ses rêves qui ne sont faits que de mangas, d’anime et de jeux vidéo, comme en France, mais cette fois-ci, c’était sur place. Directement du producteur au consommateur. Il avait une chance superbe, il a tout raté. Encore une fois. Un gâchis immense et absolu. Comme lui. Loser un jour, loser toujours.

    On en revient encore et toujours à l’un des plus fameux commandements « trashiens » et qui fait tant de mal : si vous êtes déjà une grosse citrouille en France, aller au Japon ne vous transformera jamais en beau carrosse !

    • Je ne pensais pas que de tels gens puissent exister. Etant naïf de base j'ai passé une semaine à Tokyo, partis à l'arrache ne sachant quoi trouver et à quelle sauce être mangé :117 . Eh bé j'en suis repartis physiquement mais mon âme est resté la-bas. Réincarnation raté je pense, donc j' apprend le Japonais pour aller la récupérer. 😉 Et peut-être y rester 🙂

  4. "On doit être les seuls gaijins à détourner le regard lorsqu'on croise un autre ressortissant français dans les rues japonaises..." +1. Genre je ne veux pas être entourer de français...
    Enfin ça se passe aussi à Kyoto
    Sinon c'est vrai que les expats au Japon ont souvent la même tête de winners....

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