• Bienvenue au Gaijin Cafe de DozoDomo ! Retrouvons-nous le second samedi de chaque mois, afin de traiter d'un sujet sur la vie d'expatrié au Japon, autour d'une tasse de café ou de macha latte.

    #33 - Criminalité et étrangers au Japon

    samedi 15 août 2015 / Amandine Coyard

    Au sujet du Japon, on parle peu de criminalité au profit d'une "absence de criminalité". Faisant aujourd'hui la réputation du pays et constituant un atout indéniable lorsque l'on parle de tourisme, la tranquillité relative avec laquelle on peut vivre au Japon semble n'être que rarement perturbée. Et pourtant, il serait illusoire de penser que la criminalité est totalement inexistante sur l'archipel d'autant que ce sujet fait souvent le jeu des nationalistes d'extrême-droite.

    Peu de crimes mais...

    Des crimes souvent choquants. La rubrique fait divers n'est pas la plus passionnante au Japon, l'absence d'antivols à l'entrée des magasins, les étalages de marchandises même dans les rues les plus fréquentées donnent rapidement une idée du nombre faible de vols commis au Japon. Le moindre incident du genre sera souvent marqué par une affichette placardée dans le magasin en question avec la capture d'image du voleur ou le récapitulatif des informations. Mais le revers de la médaille, ce sont des crimes extrêmement violents : pêle-mêle, vous pourrez trouver une lycéenne décapitant une camarade de classe, une fillette dépecée à Kobe ou dans des temps plus anciens un cannibale japonais ayant sévi à Paris et étant en liberté surveillée à Yokohama. Suivre les comptes de nouvelles fraîches japonaises sur les réseaux sociaux vous apportera un lot de crimes assez quotidien. La vie quotidienne de tous est effectivement calme et l'on se sent peu menacé dans celle-ci, les crimes violents ou de mafias sont à l'opposé assez répandus dans les milieux et somme toute violents.

    Pour parler chiffres, en 2014, le taux de personnes ayant subi une agression au Japon était de 1,4% contre une moyenne de 4% dans l'OCDE, le Japon étant ainsi sacré pays le plus sûr du monde sur ces critères. Seule ombre au tableau, le nombre d'arrestations a quant à lui affiché une hausse de 30% par rapport à l'année précédente du aux fait que les Japonais ont tendance à reporter aux autorités même les plus minimes des infractions à la loi. Cet article du Japan Times conclue en appuyant sur l'augmentation des arnaques ore ore sagi. Très répandu et souvent illustré sur des affiches, ce type d'arnaques consiste à se faire passer pour un membre de la famille au téléphone pour obtenir un virement bancaire, les ore ore sagi ont augmenté de 10% entre 2013 et 2014. Plus complexes, plus nombreuses, les arnaques ore ore sagi sont difficilement résolvables. Leur augmentation témoigne également d'une certaine candeur des japonais et de la baisse des autres crimes, et donc d'une société où l'on n'est pas forcément sur ses gardes.

    Un lien avec l'augmentation du nombre d'étrangers au Japon ?

    On estime le nombre d'étrangers vivant au Japon à environ 1,5% de la population soit un peu plus de 2 millions de personnes enregistrées en décembre 2014 auprès du Ministère de la Justice nippone (avec un visa, c'est à dire restant au Japon au delà des 3 mois accordés au statut de "touriste"), en comparaison la France accueillait en 2008 plus de 5% d'étrangers sur le territoire. Ce chiffre est en augmentation régulière depuis une vingtaine d'années grâce à une ouverture progressive des frontières et du pays sur l'extérieur, et à une bougeotte constatée chez de plus en plus de jeunes notamment Français. Le Japon est un pays agréable, avec un confort de vie indéniable dans beaucoup de domaines dont la sécurité et il attire donc beaucoup de touristes et donne envie d'y vivre. Dans les articles vantant la beauté et la sécurité totale de ce pays on oublie souvent de citer ces crimes violents, le harcèlement que certaines femmes endurent au quotidien ou même le fameux chikan. Même si la criminalité du Japon est différente, elle existe.

    Capture d'écran illustrant la répartition des étrangers au Japon par visa et origine ethnique

    Capture d'écran illustrant la répartition des étrangers au Japon par visa (y compris courte durée) et origine ethnique @Bureau des statistiques japonaises

    Et l'augmentation du nombre d'étrangers sert souvent d'excuse aux nationalistes qui aimeraient fermer les frontières japonaises (personne ne peut donner la leçon dans ce domaine), selon eux la criminalité au Japon serait causée par ces étrangers qui habitent dans le pays sans en respecter les règles et les coutumes, et ce, même si celle-ci baisse au fur et à mesure des années. En cause ? Le gaijin smash sans doute, qui pourrait faire passer des étrangers contournant les règles lorsqu'ils l'estiment nécessaire pour des personnes prêtes à briser la loi à n'importe quelle occasion sans oublier la méconnaissance de la loi qui pourrait vous faire commettre une infraction sans vous en rendre compte. Les "mauvaises manières" ou plutôt les manières différentes dont on ne se débarrasse pas forcément peuvent également transmettre une image globale du comportement des étrangers au Japon. La tentation serait trop forte pour certains, et même la Police japonaise aurait nourri cette croyance de "vague de crime d'étrangers" en manipulant ses rapports pour mettre en lumière ce qui l'arrangeait bien. Selon l'auteur de l'article, les autorités continueraient de mettre en lumière les crimes ou les chiffres qui appuient leur théorie malgré une baisse du taux de crimes chez les étrangers au Japon (son avis très tranché est mis en perspective dans les commentaires).

    La criminalité est en augmentation... chez les personnes âgées

    À écouter certains discours, on aurait effectivement l'impression que seuls les étrangers commettent des infractions au Japon mais il ne faut pas oublier que la mafia organisée est un problème encore d'actualité. Les yakuza sont souvent présents dans les journaux et même si certains leur louent de grandes qualités, il ne faut pas oublier que l'on parle d'argent sale, de meurtre ou encore de drogue. On entend parler d'autres mafias organisées qui tiendraient les pachinkos ou traineraient dans les affaires sales de Roppongi, et celles-ci seraient constituées d'étrangers. Les étrangers sont ils blancs comme neige ? Bien sûr que non, mais leur exactions sont en baisse continue depuis 1996 alors que le nombre d'étrangers continue lui à augmenter. La criminalité en hausse, on en a parlé sur DozoDomo, c'est celle des personnes âgées !

    Nous les étrangers avons plutôt l'air de nous tenir à carreau, et pour cause, il en faudrait finalement "peu" pour se retrouver hors du pays et interdit de séjour : "l'overstay" ou le dépassement de visa, la détention de drogue sont des exemples que l'on retrouve sur le net de personnes pour qui il est désormais interdit de revenir au Japon. Mais peut-être la paix appelle-t-elle la paix, la tranquillité présente au Japon n'est-elle pas une des raisons pour lesquelles nous nous sentons aussi bien ici ? Quel bonheur de se balader sans s'inquiéter de savoir si son sac est bien fermé, pouvoir poser ses affaires et s'en éloigner de deux mètres sans se le voir faire prendre en moins de cinq secondes. Vouloir profiter de cette atmosphère, c'est devoir y participer en se comportant de la même façon que les personnes qui ont construit cette tranquillité.

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    1. La chasse au bouc émissaire est une pratique très courante au Japon mais aussi dans tous les pays où l'unanimité contre un est la règle pour apaiser les passions et ressouder la communauté, la tribu ou le groupe.
      Quoi de plus "naturel" au Japon que de stigmatiser les personnes différentes, cela commence dès l'école par les trop nombreux cas de brimades, harcèlements, "ijime"et continue dans les entreprises où la cohésion du groupe passe par la désignation d'une "tete de Turc" qui sera coupable de toutes les fautes.

      Ceux qui admirent le Japon pour sa cohésion sociale ne peuvent pas éluder cette pratique archaïque, la jugent regrettable mais s'en accommodent parce qu'ils la trouvent efficace et surtout parce qu'ils pensent que de toute façon la victime a bien cherché la punition, le baton pour se faire battre.

      Avec une telle culture du bouc émissaire, l'étranger se trouve tout désigné pour remplir le role d'exutoire de la violence du groupe, car la société japonaise sous son packaging kawaii est extrêmement violente et cette violence doit être canalisée vers une victime qui ne peut se venger.

      Le taux de condamnation au Japon est de 99%, ce qui veut dire que la justice japonaise n'a pas pour role de juger équitablement mais de trouver un coupable, les autres pays ayant un taux aussi élevé sont la Chine et la Russie ( des pays connus pour leur respect des libertés).
      Il ne faut pas oublier que la garde à vue au Japon peut aller jusqu'à 23 jours sans l'assistance d'un avocat, en fait jusqu'a ce que le condamné désigné par la police ait signé ses aveux. Après 23 jours de tortures psychologiques la plupart des étrangers signent des aveux rédigés en japonais même s'il ne comprennent pas ce qu'ils ont signé.

      Donc, oui, le Japon est un pays sûr mais le prix à payer pour cette sûreté est celui d'une dictature soft et invisible pour le touriste qui n'en voit que les avantages.

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