• Bienvenue au Gaijin Cafe de DozoDomo ! Retrouvons-nous le second samedi de chaque mois, afin de traiter d'un sujet sur la vie d'expatrié au Japon, autour d'une tasse de café ou de macha latte.

    #14 - Le gaijin smash, l'arme de prédilection des étrangers

    samedi 27 septembre 2014 / Amandine Coyard

    Petite pause dans notre exploration des démarches d'expatriation au Japon pour revenir à nos thématiques culturelles autour de l'étranger au Japon. Les étrangers ont depuis longtemps adopté leur propre vocabulaire au Japon, nous faisons partie du même cercle et souvent pour référer à nous-mêmes, à ce que nous faisons ou à ce que nous aimons ou n'aimons pas, nous utilisons des mots ou expressions apparus au fur et à mesure du temps. Le fait est qu'en dehors du Japon et de son contexte nous sommes des ethnies, des cultures différentes voire opposées mais en tant qu'habitants du Japon nous sommes considérés comme une seule et même entité. Nous avions déjà parlé du terme « gaijin », et aujourd'hui nous allons aborder un concept certes discret mais très utilisé par les étrangers au Japon : le gaijin smash.

    Comme tous les expressions créées pour décrire un acte, il existe une multitude de définitions pour ce terme et vous pourrez entendre autant de versions que vos interlocuteurs auront eu d'expériences en la matière. Si vous lisez DozoDomo depuis un certain temps, vous savez que la société japonaise est faite de règles, beaucoup de règles, qui sont pour la plupart tacites, et que celle-ci bénéficie d'un héritage culturel très lourd. Pour aller au plus simple, « gaijin smasher » c'est prendre parti de ces règles pour en tirer un avantage. Par l'essence même, un gaijin smash est fait par des étrangers mais il m'est arrivé de voir des japonais se faire passer pour des chinois et faire un beau gaijin smash aux yeux et au nez d'un vendeur.

    Pour vous donner un exemple concret, je devais lors de mon emménagement payer une somme d'argent conséquente à l'entreprise qui loue mon appartement. Les banques japonaises ferment souvent aux alentours de 16h et quelquefois elles refusent certains types de virement après une certaine heure. De plus, le virement étant important (de l'ordre de milliers d'euros), il fallait impérativement se rendre dans la banque de l'entreprise en question et pas ailleurs, tout ça dans un temps imparti. Et là, je dois faire amende honorable, mais j'ai fauté et fait un joli gaijin smash : je me suis rendu dans mon agence de location avec la somme en liquide et leur ai dit que je travaillais pendant les heures d'ouvertures de la banque et que je ne pourrai pas m'y rendre avant la date limite. L'employée a refusé une fois pour la forme puis a accepté l'argent sans plus de formalités. Le fait est que cette règle n'avait pas de raison réelle d'exister et il leur était possible d'encaisser de l'argent sans devoir contourner les règles établies.

    Les Français et souvent par extension les Européens ou Méditerranéens viennent d'une culture du compromis où il est toujours ou souvent possible de contourner les règles lorsqu'on les considère comme bêtes ou inutiles. Même si en France on ne s'aperçoit pas forcément de cette liberté de mouvement qui nous est offerte, l'arrivée dans un pays comme le Japon vous ramène vite à une situation où vous avez intérêt à suivre les lignes tracées au sol et et à ne surtout pas sortir du moule. Face à des situations où nous apercevons une solution que les Japonais refuse pour suivre les règles peut parfois agacer voire rendre fou. Si la plupart d'entre nous arrivent à faire face, à supporter et à suivre ces nouvelles règles imposées, il peut également arriver que par fatigue, mauvaise journée ou simplement devant le ridicule de la situation, l'on craque complètement et là, intervient le gaijin smash.

    Vous pouvez juger de là où vous êtes que c'est de la bêtise de notre part, que si nous voulons vivre au Japon nous n'avons qu'à nous plier aux règles sans vouloir faire de compromis, mais je pense qu'il serait illusoire de penser qu'à aucun moment un expatrié n'a gaijin smashé un tant soit peu les Japonais. Le degré de smash peut s'étaler du moindre à l'important. Rentrer chez soi en chaussure car on a oublié quelque chose et l'on ne veut pas perdre le temps de se déchausser c'est smasher, utiliser les serviettes destinées à se rafraîchir pour ressuyer des tâches ou encore changer d'étage à Don Qijote pour éviter de faire la queue c'est aussi gaijin smasher mais omettre de payer ses factures parce qu'on sait que les Japonais ne vous courront pas vraiment après pour ça c'est faire un smash un peu plus grave...

    Ma vision du gaijin smash s'arrête à cette limite car le mot est porteur en anglais d'un sens proche de la destruction: c'est l'étranger qui vient et détruit l'ordre établi d'un seul geste. Ainsi et même si certains étendent la définition à une vision plus large, le mot ne porte pour moi que les significations où l'on va violer volontairement une ou plusieurs règles de la société japonaise.

    Si vous parcourez la web avec le mot-clé de recherche "gaijin smash" vous trouverez de nombreux témoignages d'expatriés ou de touristes vous narrant leur expérience en la matière, presque tous en anglais. Pour certains, la définition s'étend donc aux petites maladresses que les étrangers peu coutumiers peuvent faire comme planter leurs baguettes dans du riz, donner un pourboire dans les restaurants ou encore se moucher en public. Des choses qui peuvent paraître sans importance mais qui pourraient vous attirer des regards noirs ou perplexes.

    Dans le Gaijin Cafe nous parlons évidemment de la situation des étrangers au Japon, et ce concept de gaijin smash y mérite d'autant plus sa place que la société japonaise peut nous paraître rigide et sans porte de secours dans certaines situations, mais que dirions-nous si nous voyions quelqu'un tartiner son foie gras sur son toast ?