Bienvenue au Gaijin Cafe de DozoDomo ! Retrouvons-nous le second samedi de chaque mois, afin de traiter d'un sujet sur la vie d'expatrié au Japon, autour d'une tasse de café ou de macha latte.

#10 - Pourquoi quelquefois on déteste le Japon

samedi 12 juillet 2014 / Amandine Coyard

Le dernier Gaijin Cafe était consacré à toutes ces choses que l'on aime au Japon, que l'on y soit en visite ou que l'on y vive. Comme promis, nous abordons un virage à 180 degrés aujourd'hui pour aborder toutes ces choses qui nous énervent au Japon et chez les Japonais. Loin de nous l'idée de cracher dans la soupe, mais quelque soit votre degré de tolérance et d'adaptation à cette culture si différente il vous arrivera sûrement de vous retrouver confronté à une situation qui vous énervera ou au mieux vous agacera.

Le marketing intensif

On évoquait il y a deux semaines la découverte perpétuelle au Japon, notamment fortement liée au turn-over assez intensif dans les magasins. Mais ce turn-over peut également être assez énervant. Même si vous pouvez découvrir en permanence de nouvelles saveurs, de nouveaux styles de vêtements ou des boissons inédites dans votre combini préféré mieux vaut sauter dessus avant que cela ne disparaisse... Combien se sont fait avoir car ils n'avaient pas faim, pas le temps ou juste pas l'envie à l'instant présent de faire main basse sur ce nouveau produit qui avait l'air très drôle ou original, pour se retrouver devant un étal totalement renouvelé la fois suivante ? Le Japon est un pays qui pourrait être qualifié de temple de la consommation et en conséquence le client doit être sans cesse mis face à de l'inédit afin de le pousser à acheter. Et même si cette soif d'inédit et d'original permet au Japon de proposer en permanence des nouveaux produits que l'on adore, on aimerait quelquefois pouvoir les racheter…

La culte de la conformité

Ce n'est pas parce que le Japon propose des produits originaux que les Japonais ont des goûts originaux. La tolérance est grande au Japon par exemple envers les styles vestimentaires mais cela n'empêche que chacun doit rentrer dans une petite case et y rester. Chaque style a ses codes et souvent les Japonais se jettent à corps perdus dans des modes ou des styles qui leur correspondent, entraînant des copiés-collés assez impressionnants dans la rue. C'est un lieu commun qui est déjà bien connu au Japon, on peut être original à condition de rentrer dans sa case d'originalité. Il est souvent assez désagréable de constater que sortir vraiment du rang au Japon est impossible ou très mal vu. En théorie, le redoublement n'existe pas au Japon, on ne peut postuler à un emploi en entreprise que durant les mois suivant les remises de diplômes ou encore tout le monde doit porter le même uniforme lors d'un entretien d'embauche. L'uniformité est une religion ici et quelquefois, c'est fatiguant.

Les règles sont les règles

Pas si loin de la conformité, le respect exacerbé des règles établies est une spécialité japonaise avec lesquelles les français ont du mal à vivre. Même si ce respect est tellement fort que beaucoup d'étrangers voire même les japonais eux-mêmes ne l'apprécient pas vraiment, le laxisme français bien connu et surtout la souplesse que nous mettons dans nos processus décisionnels et nos actions quotidiennes sont mis à mal au Japon où les règles, ce sont les règles. Ce trait de société se retrouve dans absolument tous les domaines, de l'administration à l'éducation jusqu'à l'environnement de travail. L'intention est louable mais quand l'application des règles se fait en dépit du bon sens et qu'elle vous place en mauvaise position, c'est agaçant.

La politesse à géométrie variable

Le Japon est connu comme un pays de grand respect, d’extrême politesse et de courbette à n'en plus finir. Et c'est vrai. Mais il y a un mais. Cette fameuse politesse est à utiliser dans certaines conditions, dans d'autres le comportement des Japonais pourrait aller jusqu'à être qualifié d'impoli par certaines autres cultures. Ne pas dire bonjour aux employés des magasins, ne rien dire ni même se retourner lorsque vous bousculez quelqu'un dans la rue, sortir des toilettes la main dans le pantalon pour se remettre tout d'équerre puis remonter sa fermeture éclair dans le couloir peu importe qui vous croisez, jeter vos ordures dans la nature ou griller la priorité aux femmes avec un regard condescendant sont des comportements absolument normaux et acceptés au Japon et expliquent également pourquoi les Français en particulier sont réputés comme des personnes élégantes et polies. Pas de jugement sur qui fait la bonne action ici, mais en tant que Français ce genre de comportement est lui aussi assez choquant et énervant.

Un équilibre vie professionnelle et vie privée impossible

Puisque nous parlons d'impolitesse, parlons du sujet le plus chaud lorsqu'il s'agit de raisons pour lesquelles beaucoup d'expatriés finissent par quitter le Japon. Les nomikai en particulier sont les plus connus. Du japonais 飲み会 qui signifie littéralement réunion pour boire, ces réunions qui se veulent informelles se déroulent en dehors des heures de travail et consistent à se réunir avec ses collègues et à boire beaucoup, et pas que de l'eau. La fréquence, et la quantité d'alcool ingérée dans ces réunions diffèrent selon les entreprises et les managers mais elles étaient en règle générale considérées comme « obligatoires » sans pour autant le dire à haute voix pour une bonne intégration et surtout pour bien se faire voir de la direction. Il semblerait que la tendance soit à la baisse mais beaucoup d'européens ressentent souvent cette obligation comme une intrusion dans la vie privée, puisque souvent elles vous font rentrer à plus de 23h en semaine… Dans la même lignée, poser des questions très personnelles afin de définir à quel point vous êtes taillés pour le job ou dévoués à votre emploi. On pourrait également citer les écoliers qui se font dénoncer grâce à leurs uniformes s'ils sont dans un endroit où ils ne devraient pas ou à une heure trop tardive.

On parle japonais, et puis c'est tout

Le problème qui est à la base de ce choix est commun à tous les expatriés de presque tous les pays et on ne le considérera pas comme tel à part entière : la difficulté de s'exprimer dans une langue qui n'est pas sa langue natale. Et notamment dans certains cas importants comme à l'hôpital ou au centre des impôts. On a déjà abordé le sujet de la langue et de sa barrière quelques fois sur DozoDomo mais c'est un problème insoluble et souvent insupportable. Le problème considéré aujourd'hui : savoir que la personne en face de vous parle anglais mais refuse de le faire avec vous. À se taper la tête contre les murs. On peut voir aussi de temps à autre des gens s'en sortir seulement en pointant du doigt ce qu'ils veulent, mimer leur demande ou faire des dessins et même si c'est amusant, c'est fatiguant sur le long terme.

On aime le Japon, mais quelquefois il nous rend fou.