Comment j'ai cherché un travail à Tokyo

samedi 23 avril 2016 / Amélie-Marie Nishizawa

Comment j'ai cherché un travail à Tokyo? Avec mes deux mains, les yeux bien ouverts et les oreilles aux aguets!

Travailler à Tokyo n'était pas mon rêve, mais est devenu ma réalité. Je suis arrivée au Japon avec un maigre bagage de japonais et un avenir professionnel incertain, avec la ferme intention d'en découdre. Certes, prête à travailler coûte que coûte, je ne souhaitais pas pour autant me sacrifier pour une entreprise japonaise sans âme et aux horaires impossibles. Certains pourraient y voir un refus de m'intégrer ou pourraient me reprocher de faire ma difficile. Personnellement, je souhaite faire part de la société japonaise sans pour autant sacrifier ma santé et mon temps personnel. Pendant deux ans, j'ai étudié le japonais avec acharnement. Il est vrai qu'une fois adulte, apprendre une langue étrangère est une épreuve difficile.

Vous êtes jeunes et vous rêvez du Japon? Apprenez le japonais dès maintenant!

Selon votre parcours universitaire et professionnel, chercher un travail à Tokyo - au Japon en général, est plus ou moins difficile. Le Japon ayant une culture du diplôme forte - et ceux-ci étant exigés lors d'une demande de visa de travail, une formation solide et compréhensible pour les japonais est un plus indéniable. Certains domaines, je pense en particulier à l'informatique et l'ingénierie, mais aussi l'enseignement, peuvent accepter des candidats n'ayant que peu ou aucune connaissance du japonais, à la condition d'avoir un anglais irréprochable. Un point essentiel pour une recherche d'emploi réussie au Japon est aussi le facteur chance. On m'a toujours enseigné que la chance ne tombe pas du ciel, mais se travaille. C'est donc votre acharnement et votre motivation à construire un projet de travail au Japon qui peseront sans doute le plus dans la balance. Internet regorge de témoignages d'expatriés, relatant leurs expériences avec le monde professionnel japonais et leur parcours de recherche d'emploi.

J'ai suivi les premiers pas de beaucoup de français souhaitant travailler à Tokyo. J'ai enchainé les cours de français, des missions temporaires de traduction pour des entreprises ou encore accompagnatrice pour des touristes. Certains s'en sortent pas trop mal en étant modèles et figurants pour des publicités, des émissions ou des séries télévisées. D'autres décrochent des postes dans des structures de garderie d'enfants. La difficulté, lorsque l'on enchaine les petits boulots, c'est de réussir à en voir le bout et à s'en sortir. N'y voyez pas là une expérience négative, bien au contraire. Je pense que tout travail est un enseignement, en particulier lorsque l'on vit à l'étranger. Non seulement on en retire une expérience de vie, mais c'est une chance d'améliorer son anglais et son japonais, selon le contexte.

Après avoir enseigné le français, fait des missions de traduction et avoir été nourrice dans les quartiers huppés, je me suis sérieusement décidée à trouver un travail stable sur Tokyo. Mon déclic fut cette dernière expérience, au contact d'une famille adorable pour laquelle j'ai travaillé plus de 50 heures par semaine pour moins de 7 euros de l'heure. J'ai réalisé à quel point on peut être pris au piège des baito, ces emplois mal rémunérés, en général précaires et dont les contrats ne protègent pas les travailleurs.

J'ai été demander conseil auprès de la Chambre de Commerce de France au Japon, qui bénéficie d'un réseau assez important d'entreprises ayant des branches dans l'archipel. La difficulté reste encore et toujours le niveau de japonais et d'expérience exigés pour les offres d'emploi disponibles. Pour les intéressés, sachez que depuis Mai 2015, la CCIFJ a mis en place "mycvtheque", une base de donnée de curriculum vitae à partir de laquelle vous pouvez contacter les entreprises. Les employés, à votre écoute, peuvent éventuellement vous rencontrer afin de vous donner des conseils et vous aiguiller dans votre recherche. L'un des meilleurs enseignement que je retiendrai de ma rencontre avec la CCIFJ est l'importance de se faire un réseau de contacts français et japonais pour travailler à Tokyo. Ce réseau est non seulement un appui positif pour garder le moral, mais il augmente vos chances d'enfin trouver votre place dans le marché d'emploi au Japon. Le deuxième enseignement retenu, c'est la patience. Il faut en moyenne entre 6 et 9 mois pour voir aboutir son rêve de travailler à Tokyo. Vous pourriez penser que c'est une évidence. Mais beaucoup de jeunes français, mal équipés, mal préparés au terrain nippon, débarquent avec des rêves plein la tête et enchainent les désillusions. La CCIJ tente de son mieux de guider les candidats et de les préparer à cette réalité.

Côté japonais, il existe des structures d'accueil, notamment pour la capitale le Centre de service à l'emploi pour les étrangers de Tokyo. Malheureusement, les offres intéressantes ou ne nécessitant pas un excellent niveau de japonais se font plutôt rares. Il vous reste la recherche au petit bonheur la chance dans le chaos des sites de petites annonces en tout genre, Craigslist en tête. Votre priorité reste de vous protéger des abus éventuels de patrons, trop contents de trouver une main d'oeuvre étrangère désespérée et prête à tout pour se faire une place au Japon.

En tant que femme, j'ai mal vécu la majorité de mes entretiens d'embauche. Systématiquement, on m'a fait remarquer mon âge, mon statut de femme mariée et j'ai eu le droit à des questions intrusives relatives à d'éventuelles grossesses et à mon futur en général. Ces remarques ont été le fait non seulement de la part de japonais, mais aussi de français depuis longtemps sur place. Le marché du travail est particulièrement dur pour les femmes et le statut d'étrangère ne jouera pas en votre faveur. En particulier, les employeurs japonais doutent de la stabilité d'une étrangère et de son envie de rester au Japon sur le long terme. Pour beaucoup d'ailleurs, mon mariage représentait une source d'inquiétude: pourrais-je travailler à plein temps? Pourrais-je faire des horaires tardifs? Des heures supplémentaires? Qu'en penserait mon mari?

Vous êtes outré(e)s? Moi aussi.

Durant ma recherche d'emploi, je prenais des cours de japonais intensif au sein de l'école Coto Language Academy. Ce n'était pas ma première expérience d'école, mais la première m'ayant déçue, j'ai longuement muri ma décision de reprendre des cours. Ayant de bonnes bases en grammaire et lecture, mais bloquée à l'oral, c'est timidement que j'ai poussé les portes de l'établissement. J'y ai trouvé exactement les cours que je voulais, me permettant de pratiquer en priorité l'oral. Ayant pris peu à peu confiance en mon japonais, j'ai orienté mes recherches vers des annonces d'entreprises nipponnes. Au sein de l'école, j'ai commencé à me faire un réseau d'étrangers travaillant au Japon, d'ami(e)s dans la même situation que moi ou ayant les mêmes rêves. J'ai trouvé un véritable soutien de la part de mes camarades, m'encourageant à postuler, corrigeant mon curriculum vitae en anglais et me donnant des contacts. Les professeurs se sont aussi révélé une source d'écoute et de soutien.

Finalement, je me sentais presque désolée à l'idée de trouver un travail et de ne plus pouvoir y prendre des cours. Ce n'est pas seulement la qualité de l'enseignement qui me plaisait, mais aussi la structure chaleureuse, dédiée au bien être des élèves et à leur épanouissement en japonais. Mieux, avec une direction constituée à 100% de femmes, l'école offre un environnement de qualité pour les employées, sans inégalité de salaire, ni de traitement. Honnêtement, j'ai joué la carte de la chance et j'ai envoyé une candidature spontanée.

Oui, vous avez tout à gagner à y aller au culot lorsque vous chercher du travail à Tokyo.

Acceptée en entretien, je me rappelle encore de mon excitation et de mon stress comme si c'était hier. Et pour la première fois depuis ma recherche d'emploi au Japon, un employeur a concentré l'entretien d'embauche sur mon parcours, mes compétences et ce que j'avais envie de faire pour son entreprise.

À l'instar des japonais, j'ai commencé en baito à mi-temps. Côté entreprise, il est important de savoir si le futur employé est capable d'apprendre et de s'adapter et s'il est possible de lui faire confiance. Il n'est pas rare que les étudiants postulent pour de telles positions dans des entreprises durant leurs études, afin de se garantir un emploi à leur sortie de l'université. Côté employé, c'est une manière de découvrir le cadre de travail de l'entreprise sans s'engager avec un contrat strict. C'est important. Au Japon, les heures supplémentaires - payées ou non, volontaires ou non, les engagements professionnels non relatifs à votre poste ou encore l'absence de vacances, sont autant de points auxquels vous devez faire attention avant de vous engager. Vous pourriez bien avoir à vous lever le dimanche matin pour faire du golf avec toute votre section. Tous les dimanches. Ou finir à minuit trois soirs par semaine. Toutes les semaines. Ou encore finir avec 5 jours de vacances. Si un employeur japonais vous propose d'abord une formule de mi-temps, c'est tout à fait normal. Prenez le comme une chance de peut-être pouvoir devenir salarié plus tard. Durant votre entretien d'embauche, vous pouvez d'ailleurs discuter avec votre futur employeur de vos possibilités au sein de son entreprise. Pour mieux connaître le sujet, je vous invite à lire ce petit guide réalisé avec l'aide de mes professeurs.

Je réalise à quel point la chance a joué en ma faveur et à quel point les parcours peuvent être différents d'une personne à l'autre. Je ne crois pas que mon expérience soit un modèle mais elle est une inspiration de plus, pour tous ceux qui veulent tenter leur chance au pays du soleil levant.