#37 - L'internationalisation du Japon est en marche

samedi 10 octobre 2015 / Amandine Coyard

Dans l'inconscient japonais, le glas des Jeux Olympiques en 2020 semble avoir déclenché une soudaine envie de se mettre "sérieusement" à l'anglais. Des réformes scolaires, une évolution sensible dans la vie quotidienne des étrangers et surtout un sujet qui revient souvent sur la table.

La situation...

Sur le papier, les Japonais ne sont pas si mauvais en anglais, se classant même devant les Français selon certains classements. Ce qui pourrait surprendre, puisque si l'on écoute les touristes ou voyageurs de passage au Japon, beaucoup sont étonnés du "faible niveau d'anglais" des gens qu'ils rencontrent dans des métiers tels que l'hôtellerie ou la restauration. Le Japon est un pays touristique, de plus en plus, et cette attente des Jeux Olympiques semble avoir redonné un coup de pouce au tourisme en provenance de contrées plus lointaines comme l'Europe par exemple.

Sur le papier, encore, l'ouverture (forcée) du Japon à l'étranger remonte à l'ère Meiji (1868-1912) mais son statut de pays insulaire a tout de même participé à un taux d'immigration très bas par rapport à d'autres pays riches. Couplé à des lois sur l'immigration relativement strictes par rapport à la France par exemple, le taux d'étrangers présents au Japon étalé sur une année n'est que de 1,5% . Pour l'instant !

...et l'avenir.

Shinzō Abe l'a annoncé plusieurs fois, il veut plus d'étrangers au Japon ! En marge des Jeux Olympiques, c'est augmenter la masse ouvrière qui intéresse le Premier Ministre afin de refaire décoller l'économie sur le sol nippon. Après avoir campé sur ses positions, le Japon semble s'avouer que l'exportation à elle seule ne suffira pas à empêcher le bateau de couler.

Mais comment attirer des étrangers, avec l'intention qu'ils s'installent quelques années, dans un pays réputé pour sa barrière de langage très forte ? La France n'a pas forcément de leçon à donner dans ce domaine, les emplois étant rarement accessibles aux non-locuteurs, de même que des services tels que la CAF. Le Japon lui, a pris le taureau par les cornes, tout du moins il a commencé.

Des petits pas pour les étrangers

Tous ces changements sont visibles à l’œil nu pour qui vit au Japon, en l'espace de quelques mois les affichages anglophones divers se multiplient dans les zones touristiques ou les lieux fréquentés par les étrangers.

Un recensement a été récemment fait dans ma région, nous avons reçu un papier par courrier nous invitant à nous connecter sur internet et remplir un questionnaire en anglais sur la composition des foyers de la ville. Excellente surprise s'il en est de constater que la préfecture avait fait l'effort de penser aux non-japanophones et proposait cette alternative, tout autant agréable pour les personnes parlant japonais sans forcément le lire.

Les restaurants, lieux touristiques de la capitale et même les magasins affichent de plus en plus de sous-titres ou de messages directement adressés aux étrangers (avec plus ou moins de tact). Malgré la bonne volonté affichée par les Japonais pour nous "accueillir" la plupart du temps, les faux-pas arrivent quelquefois comme par exemple avec cette pub McDonald's qui avait fait jaser en son temps :

À savoir aussi qu'une très grande majorité des expatriés aux Japon ou des voyageurs viennent des pays voisins telles que la Chine ou la Corée, la priorité pour la traduction est donc par défaut donnée au chinois par exemple.

Mais de grands pas pour les Japonais

Les changements qui s'opèrent au Japon sont également bien plus profonds avec, "enfin" pour certains, des réformes scolaires ! Mise en cause pour beaucoup de gens, la façon dont les écoliers japonais apprenent l'anglais sera modifiée à la rentrée 2018. Plus de dialogues, moins de par cœur, plus de place à l'expression, et mesure phare : l'introduction de l'anglais dès la troisième année de primaire. Plus de natifs pour enseigner une prononciation plus juste sont également annoncés.

Actuellement l'anglais n'est pas enseigné dans l'éducation classique avant l'école secondaire, c'est-à-dire 12 ans et constitue la seule langue étrangère enseignée à l'école. De même, les cours consistent en grande majorité en l’apprentissage bête et méchant de vocabulaire (prononcé en katakana) et de structure grammaticale, d'où de grandes difficultés pour les jeunes Japonais à s'exprimer dans des situations réelles, et ce même à l'université.

Confronté à une arrivée de plus en plus importante d'étrangers qu'il veut séduire, le Japon n'a plus d'autre choix que celui d'évoluer vers une ouverture dans la tradition omotenashi purement nippone. C'est une très bonne chose, il faut avouer que la très grande majorité des personnes mettant les pieds au Japon ne parlent pas ou seulement très peu japonais, et pour eux ces changements vont être d'une aide cruciale notamment dans les étapes administratives d'un déménagement. Cette évolution peut également attrister certains qui auront l'impression de perdre en dépaysement au profit d'une culture plus compréhensible mais le Japon ne perdra pas ses racines, d'autant que celles-ci sont nécessaires au pays si il veut remplir ses objectifs. Si jamais Tokyo ne vous suffit plus, il vous suffira de pousser votre exploration du Japon pour vous enfoncer dans sa campagne et revivre "Lost in translation".