#35 - Taxes et frais surprises au Japon

samedi 12 septembre 2015 / Amandine Coyard

Les taxes aux Japon ont fait beaucoup parler d'elles récemment, faute à une hausse record de 3% de la taxe sur la consommation (équivalent de notre T.V.A). Mesure bruyante des Abenomics, la taxe sur la consommation s'est vue relevée le 1er avril 2014 de 5% à 8% et elle devrait atteindre 10% d'ici la fin de l'année. Le kanji choisi de l'année avait même été 税 "zei" (taxes), illustrant un changement majeur pour une taxe qui n'avait pas évolué depuis 1997. Cette hausse pourrait pourtant ne pas nous paraître si haute à nous qui payons une taxe de 20% pour une grande partie de nos biens de consommation mais il ne faut pas oublier qu'il n'existe qu'une seule tranche de T.V.A. au Japon.

La T.V.A. qui joue à cache-cache

Plus nombreuses ou non, les taxes sont plus visibles au Japon. Cette T.V.A. n'est pas obligatoirement affichée dans les restaurants et les magasins, il est apparemment laissé le choix aux différentes enseignes d'afficher le prix taxes comprises, taxes non comprises ou les deux... Avec l'augmentation progressive de celle-ci, de plus en plus de magasins et de restaurants choisissent d'ailleurs d'afficher seulement le prix sans taxes afin de ne pas refaire leurs étiquettes ou cartes en permanence. Ce qui peut être perturbant lors d'un premier séjour au Japon notamment concernant cette hétérogénéité des méthodes. Ainsi les magasins à 100 yens sont en réalité de magasins à 100 yens + taxes (la hausse s'est particulièrement faite sentir dans ces chaînes), et les magasins d'électroménagers ou de kimono par exemple ne s’embarrassent souvent pas de vous indiquer de combien la hausse de taxe de 8% va impacter votre achat : 50.000 yens + taxes, débrouillez-vous avec ça.

Nous disposons tous de téléphones qui nous permettent de calculer, ou simplement savons calculer "à la louche" cette différence, il est vrai, mais il est pour certains agaçant de devoir effectuer cette gymnastique en permanence là où quelquefois, ces "taxes" se cachent. D'autant que par exemple dans les restaurants, la mention "prix affichés hors taxes" est quelquefois très très bien cachée. Combien de fois ai-je entendu ou moi-même prononcé "Oh l'arnaque !" en découvrant des frais non annoncés d'emblée, ou des conditions non affichées. Et c'est quelque chose avec lequel il faut jongler ici, les prix d'appel et ses "conditions".

お通し

Le plus célèbre de ses frais "surprises" est le otōshi (お通し), ou dans une traduction un peu dramatique : l'amuse-gueule forcé. Traditionnellement, c'est un amuse-bouche servi aux personnes consommant de l'alcool dans un izakaya, la légende d'origine diffère mais pour beaucoup il sert surtout à faire patienter le client en attendant que ses commandes soient prêtes. C'est souvent une petite portion cuisinée chaude ou froide, qui s'accorde avec la saison ou permet juste de se mettre en appétit. Ce qui dérange sur le principe pas mal d'étrangers est que l'on ne commande pas ce otōshi, on se le fait poser devant soi et lors du passage en caisse, on le paye. Le tarif est souvent minime, de l'ordre de 300 yens mais on entend quelquefois des histoires d'otōshi bien salé à destination de touristes peu coutumiers du fait. Le otōshi n'est pas un attrape-touriste, pas plus qu'une arnaque : dans la grande majorité des cas, cela se rapproche de ce que l'on pourrait appeler en anglais une table charge. On la retrouve dans les lieux où l'on risque de passer énormément de temps à discuter, en opposition à la plupart des restaurants où l'on mange rapidement.

Mais on pourrait dire que cette tradition du otōshi dérape un peu quelquefois. Prenez le restaurant de kushikatsu où j'aime me rendre par exemple : Osaka Kushiage Ichi (si vous passez dans ma cambrousse, allez-y les yeux fermés) qui sert des brochettes typiques d'Osaka : constituées de légumes ou de viandes, frites, puis à tremper dans une sauce. Ce type de restaurant se rapproche d'un izakaya puis qu'on rince ces brochettes à la bière ou au shochû, et qu'on y pratique beaucoup de nomikai (dîner entre collègues). Le tabehoudai de brochettes est annoncé à 980 yens (environ 7 euros) sans limite de temps, taxes comprises, magnifique non ? C'est effectivement un prix d'appel alléchant qui fait également la renommée de ce lieu. Mais, il y a un mais, ce menu s'accompagne d'un otōshi et même si en théorie on pourrait refuser le otōshi, il est constitué dans ce restaurant des feuilles de chou et de la sauce qui vont de pair avec les brochettes... Difficile de s'en passer. De plus, le menu s'accompagne d'une boisson obligatoire, augmentant le prix de votre repas de facilement 400 yens. Le prix d'appel de 980 yens ressemble souvent plus à 1,600 voire 2,000 yens si vous prenez une boisson alcoolisée...

Comme évoqué précédemment, une légende urbaine dit que l'on peut refuser le otōshi, mais je ne pense que rarement à demander en rentrant si il y en a un. Cela m'arrive presque exclusivement lors que je descends à la capitale, rarement dans ma ville, et en conséquence, ça me sort de la tête. Si bien qu'une fois qu'il arrive sur le table, il paraît malvenu de refuser un plat qui partira à la poubelle ou que de toute façon on vous laissera quoiqu'il arrive.

Les taxes diverses et variées

"L'arnaque" ou habile marketing comme on pourrait l'appeler est monnaie courante dans la vie quotidienne japonaise. Ainsi le tabehoudai dure 2h00 mais on ne peut plus commander au bout d'une heure et demie, ou "Oui on vous offre 20,000 yens si vous changez de compagnie de téléphonie pour nous mais on ne fait plus de forfait à moins de 6,000 yens par mois maintenant." Ce ne sont pas des arnaques au sens strict du terme mais plus une manière de dire des semi-vérités ou simplement d’appâter le chaland puis de finir de le convaincre une fois le nez dans vos marchandises. Le otōshi, par contre, n'est pas toujours annoncé ni même affiché clairement et peut se relever une amère surprise à la caisse quant à son montant.

Venir vivre au Japon c'est aussi souvent mettre la main au portefeuille, et ce pour de multiples raisons, mais sont également en cause ces frais surprises que l'on n'attendrait pas forcément en France par exemple. Payer en liquide presque en permanence donne déjà l'impression de dépenser beaucoup plus d'argent que l'on en a l'habitude, et la multiplication de ces petites frais mis bout à bout semble être la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Faire un virement bancaire vous sera taxé, louez un appartement et il vous faudra allonger 5 mois de loyer, votre sécurité sociale est indexée sur vos revenus (bien que la France soit un cas assez exceptionnel, c'est douloureux), et cætera. De nombreuses petites ou grosses dépenses ne sont pas forcément prévisibles lorsque l'on vient d'un pays comme la France et devoir rallonger des billets lorsque l'on ne s'y attend plus n'est jamais agréable.

Là où on essaye d'internaliser les dépenses en France pour éviter des mauvaises surprises, cela souvent sous pression des associations de défense des consommateurs, c'est plutôt l'inverse qu'on constate au Japon. En France, on prendrait cela pour une arnaque en se sentant floué et revendiquant presque le droit de ne pas le payer, mais ces "frais surprises" ne sont que la face visible de services associés à vos consommations et qui au Japon tombent sous le sens. Attention donc avant de vous attabler, votre petite bolée vous coûtera peut-être beaucoup plus que ce que vous ne pensez.