Interview

Interview : Yuzu Natsumi, chanteuse et joueuse de shamisen

Depuis quelques années, vous avez dû remarquer que la Japan Expo de Paris aimait mettre en avant le folklore japonais, chose que le festival faisait peu à ces débuts. Les organisateurs lui dédisent d'ailleurs un espace nommé Wabi-Sabi. Et pour concorder avec cet esprit de découverte des traditions, ils invitent aussi des solistes ou groupes de ce genre. Aujourd'hui, nous vous proposons de découvrir une artiste pas comme les autres, Yuzu Natsumi. Mélangeant la pop et le chant traditionnel "kiyari", Yuzu a su nous enchanter avec sa voix et sa manière de jouer du shamisen, luth japonaise à trois cordes. Avant les shows qu'elle allait donner à la Japan Expo, nous avons pu la rencontrer pour échanger sur ses débuts, son instrument et sur la culture japonaise.
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DozoDomo : Bonjour ! Pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter s'il vous plaît ?

Yuzu Natsumi : Bonjour ! Je m'appelle Yuzu Natsumi. Je suis une auteure-compositrice et interprète qui joue un instrument traditionnel japonais qui s'appelle le shamisen. Mes compositions portent sur les traditions japonaises et aussi sur l'esprit de mon pays. Je joue plus à Tokyo mais j'ai déjà eu l'occasion de faire des performances à l'étranger, comme aux États-Unis ou en Serbie en mai dernier.
C'est la première fois que je joue en France donc je suis très impatiente.

DozoDomo : Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir une chanteuse et joueuse de shamisen ?

Y. N. : Avant, j'étais une artiste qui jouait du piano depuis mon enfance, pendant une vingtaine d'années. Et il y a quatre ans, j'ai eu la chance d'en jouer à New York. Au programme, j'avais interprété des chansons traditionnelles japonaises. Les gens ont vraiment apprécié, mais ils ont juste regretté le manque de sonorités japonaises. Les Américains aiment et imaginent le Japon comme dans Naruto ou Inuyasha (qui est un anime très populaire là-bas, ndr).
J'ai commencé le shamisen pour les emmener voir le vrai Japon à travers ma musique. Mais il a fallu que je prenne des cours. Alors, j'ai demandé à un professeur de m'en donner. Et c'est comme ça que depuis trois ans, je joue du shamisen.

DozoDomo : D'accord. Et pourquoi le shamisen plus que les autres instruments traditionnels japonais ?

Y. N. : Tout d'abord, j'hésitais entre deux instruments, le shamisen ou le koto, le shikuhachi étant éliminé d'office puisqu'on ne peut pas chanter tout en jouant. Mais le koto est très gros et il est difficile de le transporter. Un de mes amis qui sera ici aussi m'a dit qu'il avait quelques difficultés à le porter.
Aussi, j'ai rencontré un joueur de taïko qui va jouer avec moi et il m'a parlé du transport de son instrument qui était assez compliqué. Mais pour le shamisen, c'est facile puisque nous pouvons le démonter en petites parties et le prendre dans la cabine de l'avion. C'est ça qui m'a fait choisir le shamisen. (rires)

DozoDomo : Parce que c'est plus pratique ?

Y. N. : Oui. Je voulais vraiment jouer d'un instrument japonais à l'étranger, donc c'était important pour moi d'en avoir un que je pouvais transporter seule.

DozoDomo : A propos du style de chansons que vous interprétez, nous avons vu sur le site de la Japan Expo qu'il s'appelle "kiyari". Quel est le sens de ce mot ? Et qu'est-ce que le "kiyari" ?

Y. N. : C'est difficile parce qu'il n'y a pas un seul mot qui peut expliquer le mot "kiyari". Mais il faut savoir que c'est un style venant de la période Edo (1603 - 1868) et que les hommes qui s'occupaient de la lutte contre les incendies les chantaient pour s'encourager. En fait, c'est un style de chant.

DozoDomo : Concernant la musique que vous écoutez, quels genres préférez-vous ?

Y. N. : Actuellement, j'écoute beaucoup de chansons d'animes et de Vocaloïd, comme Hatsune Miku. Enfin, j'en écoutais assez souvent déjà.

DozoDomo : Et vous en jouez parfois pendant vos concerts ?

Y. N. : Ah oui et aujourd'hui, je compte bien en jouer quelques-unes.

DozoDomo : On constate que vous aimez mélanger les styles traditionnel et moderne !

Y. N. : Oui, c'est vrai. Mais c'est ce qui est intéressant.

DozoDomo : Parlons de la culture japonaise. Qu'est-ce qui caractérise le plus votre culture, selon vous?

Y. N. : C'est une question difficile. (rires) Je dirais que la spécificité du Japon est son rapport avec la religion et comment elle est construite. Vous savez que nous avons plusieurs dieux, et non un seul. Quelque part, la musique traditionnelle japonaise suit un peu cette idée selon moi. Nous pouvons choisir l'interprétation, ce qui est à l'inverse des chants liturgiques qui sont construites d'une manière pré-définie.

DozoDomo : Lors de votre périple à l'étranger et notamment en Europe, y a-t-il quelque chose qui vous a surprise ou que vous avez adoré ?

Y. N. : Quand je suis allée en Serbie, j'étais assez surprise par la musique traditionnelle des Balkans. Le rythme est unique, puisqu'elle fonctionne sur sept temps je pense.

DozoDomo : (Carole) J'ai habité en Hongrie pendant deux ans et c'est vrai que la musique est différente dans ces régions, surtout le rythme. (Laurent) En France, je crois que c'est quatre temps.

Y. N. : Au Japon aussi, le rythme de la musique est le même qu'en France. Pour revenir sur votre question, je dirais que j'ai aussi été surprise par la ressemblance entre les otakus français et japonais. Je pensais le contraire au début mais au final, ce sont tous les mêmes, surtout dans la tenue vestimentaire. C'est intéressant de voir ça alors que nous sommes éloignés (elle parle de la distance entre nos deux pays, ndr.).

Crédit photo : Strati Art & Co

Merci à Yuzu Natsumi de nous avoir accordé un peu de son temps pendant le festival. N'hésitez pas à visiter son site officiel pour plus d'informations sur ses activités. Vous pouvez également la suivre sur les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter et Instagram (@yuzu_singer). Récemment, elle a fait un duo avec un groupe de métal serbe, Senshi, dont vous avez un petit aperçu ci-dessous.

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