• Rencontre avec Cécile Corbel, la compositrice de la bande originale d'Arrietty, le petit monde des chapardeurs

    dimanche 31 mars 2019 / Carole B

    Nous ne présentons plus cette artiste, tant elle a enchanté les cœurs des fans de japanimation avec la bande originale du film "Arrietty, le petit monde des chapardeurs" (借りぐらしのアリエッティ, Karigurashi no Arrietty). Elle est encore aujourd'hui la seule artiste venant d'occident à avoir signé une bande originale complète pour un film du Studio Ghibli (Le Voyage de Chihiro, Le Château ambulant et bien d'autres). Cécile Corbel, chanteuse et compositrice bretonne, était passée par la Japan Expo l'année dernière pour présenter une collaboration inédite pour son album "Enfant du Vent" (vidéo ci-dessous). A l'occasion de sa sortie le 29 mars, nous vous proposons de revenir sur notre échange avec elle. Une interview qui nous aura marqué, à l'image de l'artiste humble qu'elle incarne.

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    DozoDomo : Bonjour Cécile ! Donc je pense qu'il n'est pas nécessaire de vous présenter. Si mes données sont exactes, vous avez six albums studios, dont deux bandes originales de films.

    Cécile Corbel : Je dirai sept en tout, puisque j'avais fait un disque celtique. (en 2005, elle avait sorti un EP intitulé Harpe celtique et chants du monde, ndr.)

    DozoDomo : Et puis, vous avez effectué une tournée en Chine. A-t-elle eu du succès?

    C.C. : Oui, c'était à l'automne dernier. J'y retourne au printemps prochain. J'étais la première surprise de voir que j'avais des fans en Chine. On peut dire que c'est grâce au film Arrietty dont j'ai signé la bande originale il y a quelques années et qui est très connu en Chine aussi. Ils sont surprenants. Ils connaissent bien les chansons, même celles en français.

    DozoDomo : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à entreprendre une carrière d'auteure-compositrice?

    C.C. : Parfois, je me demande encore. C'est un peu le hasard, la vie qui s’enchaîne. Je n'ai jamais rêvé de ça étant enfant. Je n'ai pas du tout fait d'études de musique. Je suis autodidacte. C'est le jeu des rencontres lors de mon adolescence, puis lors de mes années étudiantes, qui ont fait que j'ai eu le virus de la scène et l'envie assez naturelle de composer, et de faire une démo ensuite.
    Depuis, j'ai plusieurs albums à mon actif, et les concerts sont de plus en plus importants. Mais ce n'est jamais gravé dans le marbre, et je trace encore mon chemin.

    DozoDomo : Quel a été votre premier contact avec votre instrument, la harpe?

    C.C. : Là où j'ai grandi, dans le Finistère, ce n'était pas si exotique même à mon époque. Maintenant, ça se démocratise un peu plus, même dans des départements français en dehors de la Bretagne. Je sais que les enfants peuvent apprendre la harpe plus facilement qu'avant.
    Quand j'ai rencontré la harpe, j'étais adolescente et ce fut le coup de foudre. On me pose parfois la question mais je vous avouerai que je ne sais pas très bien expliquer pourquoi cet instrument plus qu'un autre. C'est comme quand nous tombons amoureux de quelqu'un, il n'y a pas de raisons objectives.
    Je jouais de la guitare avant, donc j'étais déjà un peu une musicienne cachée. (rires) Et petit à petit, je l'ai délaissée et la harpe a pris la place.

    DozoDomo : C'est vrai que la musique dite "celtique" est très encrée dans la culture de votre région. Et les instruments comme la harpe sont très présents dans cette musique.

    C.C. : Ca fait partie de la culture bretonne en effet. Et elle est souvent mise en avant.

    DozoDomo : Avec votre musique, nous avons toujours l'impression de voyager, d'être dans une nature verdoyante. Quel est votre rapport avec la nature?

    C.C. : Je crois qu'il est assez fort et encré parce que je suis une fille de la campagne. J'ai eu une enfance rurale, avec des balades au bord de la mer. Mon petit coin de Finistère assez sauvage fait partie de moi.
    J'ai aussi vécu en ville lorsque j'ai débuté dans la musique, à Paris, que j'ai quitté il y a quelques années. Avec le recul, j'ai senti que j’appartenais plus à la campagne, quant bien même j'apprécie aussi Paris et les grandes villes. J'avais aimé Tokyo par exemple. Mais j'ai besoin de l'air, du ciel et de la mer pour composer.

    DozoDomo : Ça transparaît beaucoup dans votre univers musical, c'est certain. Par ailleurs, je pense que le réalisateur Hayao Miyazaki nous transmet aussi ce rapport intime qu'il a avec la nature dans ses films. Concernant justement le Studio Ghibli, qu'est-ce que vous appréciez dans ses films, qu'on ne retrouve pas forcément dans les films d'animation occidentaux?

    C.C. : Oui, je suis d'accord. C'est vrai que nous voyons ce rapport fort qu'il entretient avec la nature. Elle est à la fois toute puissante et mystique. Dans ma Bretagne d'enfance, il y a encore cette notion là. Nous avons des légendes et des lieux qui sont habités par des superstitions, des présences. Et puis, j'ajouterai que nous avons des similitudes avec le Japon sur notre rapport avec la mer. Ce pays est un archipel donc la mer est omniprésente, et la Bretagne est une terre de marins. La mer est une sorte de déesse que nous craignons mais que nous respectons.
    Dans les films Ghibli, nous avons ce respect intense ainsi que les ambiances de la ville et de la campagne qui sont bien rendus je trouve.
    Et ce que j'aime aussi dans certains de leurs films, c'est cet imaginaire et cet appel sans cesse aux créatures mythologiques ou aux fantômes, issus de la culture traditionnelle.

    DozoDomo : Comme dans le Voyage de Chihiro ou dans Princesse Mononoké entre autres.

    C.C. : Oui, nous avons ce côté animiste qu'on retrouve dans la culture celte aussi.

    Dozodomo : Donc selon vous, nous avons une ressemblance de ce côté-là également?

    C.C. : Pour ma part, j'ai tout de suite senti ça en regardant les films de Ghibli et encore plus en allant goûter à ce qu'était le Japon. Il y a cette ville qui est tout le temps tentaculaire, donc nous avons ce côté très urbain. Mais cette fascination de la nature reste très présente malgré tout.

    DozoDomo : Et justement, comme nous l'avons mentionné, vous avez participé à deux bandes originales, dont celle d'Arrietty. Est-ce que vous avez gardé un souvenir marquant de la conception de celle-ci?

    C.C. : En dehors du fait que ça m'a ouvert des portes dans ma carrière, le plus précieux souvenir pour moi maintenant reste celui d'avoir vécu les coulisses de la création d'un film d'animation, et qui plus est de Ghibli. On voit ce que peu de personnes voit, c'est-à-dire les animateurs au travail, les étapes de colorisation, les acteurs en train d'enregistrer et cetera. Donc j'ai vu chaque étape du film de A à Z. Je revois encore l'intérieur du studio, qui est plutôt à taille humaine d'ailleurs. On pourrait imaginer un grand building avec une centaine de personnes. C'est tout l'inverse, c'est plus familial. Donc on est presque dans une maison. Je me sens chanceuse d'avoir vécu ces moments avec les équipes du films, et cette grande aventure.

    DozoDomo : Et lors de votre séjour au Japon, pouvez-vous nous dire ce qui vous a marqué, ce qui vous a surpris ?

    C.C. : Tout je dirais, parce que je crois qu'il n'y a pas plus grand dépaysement quand on est un occidental. De tous les lieux que j'ai visités, à savoir la Chine, la Malaisie, la Birmanie pour le continent asiatique, ainsi que l'Amérique du Sud et les Etats-Unis, je n'ai jamais été autant dépaysée qu'au Japon. Il y a tellement de codes différents dans tous les domaines, dans la vie quotidienne ou dans la gastronomie. J'ai tout aimé du Japon, que ce soit la nourriture ou les gens, la façon de se déplacer, de vivre. Mais c'est aussi un vrai choc culturellement. Je pense que si on veut s'ouvrir au monde, cela vaut la peine d'aller au Japon au moins une fois dans sa vie. Tous les gens que je connais qui ont voyagé là-bas, ils ont l'envie d'y retourner. Le Japon fut une belle découverte.

    DozoDomo : Les Français qui s'y rendent notent toujours une culture du respect qui reste assez forte...

    C.C. : Même les mentalités, les rapports entre les êtres sont très différents de tout ce que j'ai pu voir dans ma modeste vie. Jamais j'avais ressenti toutes ces interrogations en moi à chaque instant et en même temps, elles sont agréables parce qu'on ne se sent jamais en danger ou perdu. En d'autres termes, il est nécessaire de voir d'autres cultures, pour aller plus facilement vers l'Autre.

    DozoDomo : Pour finir, quels sont vos projets futurs ?

    C.C. : A moyen terme, c'est de finir l'enregistrement du prochain album qui sortira au printemps 2019. Il y a beaucoup de travail encore, notamment dans les enregistrements en collaboration avec d'autres artistes dont Misaki Iwasa, qui est aussi venue à Japan Expo. Ce soir, nous allons enregistrer nos voix pour une chanson de l'album. Enfin, je suis régulièrement sur scène, parce que je n'arrive pas à cette activité là de coté.
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    Merci à Japan Expo d'avoir rendu possible cette rencontre. N'hésitez pas à visiter le site officiel pour plus d'informations sur sa discographie ou sur ses prochaines dates de concerts. Et n'oubliez pas d'acheter ou d'écouter en streaming légal son nouvel album, intitulé Enfant du Vent, sorti le 29 mars.

    Photo prise lors de sa venue à la Japan Expo. © Carole B.