Initiation au kabuki, le théâtre populaire japonais

mardi 20 février 2018 / Branwen

Le 20 février, c'est le jour du kabuki au Japon. Très ancrée dans la culture japonaise, cette forme de théâtre est encore très appréciée de nos jours, et à l'occasion de cette journée spéciale, de nombreuses célébrités se transforment, l'espace d'un instant, en acteurs, comme ici Hello Kitty.

(article original du 9 janvier 2013)

Histoire de me mettre dans le bain dès mon arrivée au Japon, mon amie Inari a décidé de me faire découvrir le Kabuki 歌舞伎.
Je vais vous raconter cela, mais d'abord un peu d'Histoire....
Le Kabuki est une des trois formes de théâtre japonais les plus connues dans le monde, avec le No 能 et le Bunraku 文楽. La définition de Wikipedia est excellente : " [C'] est la forme épique du théâtre japonais traditionnel. Centré sur un jeu d'acteur à la fois spectaculaire et codifié, il se distingue par le maquillage élaboré des acteurs et l'abondance de dispositifs scéniques destinés à souligner les paroxysmes et les retournements de la pièce."
Originairement féminin (XVIIe siècle), il était un spectacle de prostituées qui fut rapidement interdit. En parallèle s’était développé un kabuki entièrement masculin et celui-ci a vu son art se mettre au premier plan après l’interdiction faite aux femmes. Aujourd’hui, cela reste exclusivement masculin.
Le 7 novembre 2012, j'ai eu donc la chance de me lever très tôt pour rejoindre J先生au Meijiza 明治座 pour voir deux pièces de kabuki sur une durée de quatre heures.

1- Keisei hangonkô - 傾城反魂香

Matahei, disciple de l'ex-artiste de la Cour du Shôgun Tosa Mitsunobu, a contacté à de nombreuses reprises son maître afin d'obtenir la permission d'utiliser le nom très respecté de Tosa. Encorea ujourd'hui, il vient chez son maître avec sa femme Otoku.
Par chance pour Mitsunobu, Matahei et sa femme rencontrent un groupe de paysans cherchant quelque chose. En écoutant leur histoire, ils se rendent compte que les paysans sont à la poursuite d'un tigre. Mitsunobu rit et se moque d'eux, disant qu'il n'y a pas de tigre au Japon. Il voit alors le tigre et réalise que cela doit être une créature d'une dimension différente. À ses yeux artistiquement formés et critiques, les caractéristiques du tigre rappellent le style Tosa. Ainsi Mitsunobu fait venir un de ses jeunes disciples les plus prometteurs, Shûrinosuke, et lui ordonne d'apporter un pinceau et de l'encre. Il lui dit de dessiner le tigre et de lui donner vie, afin de faire revenir le tigre dans le monde artistique d'où il vient, et le faire ainsi disparaitre du monde réel. Le tigre disparait et Mitsunobu félicite Shûrinosuke pour sa réussite, le récompensant en lui donnant le droit d'utiliser le nom de Tosa. Évidement Matahei est humilié, rien n'étant plus déshonorant que d'être relégué au rang d'inférieur face à un disciple plus jeune.

Après ceci, Utanosuke, un jeune artiste agité, arrive avec des nouvelles. Il rapporte qu'un des disciples de l'école Tosa et sa fiancée sont en danger suite à de fausses accusations. Ils ont besoin d'aide de toute urgence. Le messager se porte volontaire pour les aider et demande à Mitsunobu d'envoyer plus d'hommes, puis part précipitamment. Mitsunobu ordonne à Shûrinosuke de prendre la tête d'un groupe d'homme et d'aller à leurs secours. Matahei implore Shûrinosuke de lui permettre de joindre le groupe de sauvetage, mais en vain. Matahei doit de nouveau supporter l'humiliation de voir le jeune disciple lui passer devant.

Comme les autres partent, Matahei et sa femme Otoku se retrouvent seuls dans le jardin. Ils se rendent compte qu'il n'y a aucun espoir d'accomplir le rêve de Matahei, car ce rêve a été complètement brisé. Otoku déclare que maintenant, il n'est pas d'autre choix que la mort, mais suggère que d'abord Matahei dessine une image sur le côté d’un bassin en pierre dans le jardin en guise de souvenir. Elle prépare l'encre et le pinceau, puis Matahei dessine. À leur grande surprise, alors que Matahei est à l’œuvre, une image identique apparait sur l'autre côté du bassin. Alors qu'il reste stupéfait, Mitsunobu, qui a tout observé de l'intérieur de la maison, s'approche d'eux. Il félicite Matahei pour son remarquable travail qui n'a pu être réalisé que par une grande passion pour l'art. Maitre Mitsunobu lui accorde ensuite à Matahei la permission d'utiliser Tosa comme nom professionnel.

蜘蛛糸梓弦

2- Kumo no ito kazuki no yumihari - 蜘蛛糸梓弦

L'histoire se déroule en 6 actes. Un esprit hante la Cour en prenant différentes apparences. Chaque acte développe l'histoire d'une de ces apparences : une petite fille, un vendeur de médicament, une superbe courtisane, un joueur de shamisen aveugle, une princesse et enfin la véritable forme du Démon.

En effet, cet esprit est un démon-araignée qui se joue des gens de la Cour. L'histoire est assez simple : tout le monde cherche à attraper cet esprit. Enfin, lorsque le Shôgun se fait lui-même duper par cet esprit, il décide de partir et affronter le démon. En chemin, il rencontre les hommes de Mitsunobu et ensemble ils partent combattre dans la montagne de Démon Araignée. L'affrontement est terrible et les hommes sont sur le point de perdre lorsque de Matahei, complètement transformé, apparait et sauve la situation, aidant ainsi à terrasser le démon.

Alors, verdict de cette initiation au Kabuki ?
Absolument merveilleux. Les heures sont passées vite, trop vite, malgré un passage long et assommant comme du No en plein milieu, qui sert généralement à la sieste nécessaire au public dont la moyenne d’âge fait entre deux et trois fois le mien.
Les mie見得 sont extrêmement impressionnantes et c’est souvent à ce moment que fusent dans le public des acclamations. En effet, point très déstabilisant pour un occidental, les spectateurs crient le nom de l’acteur ou de son école, principalement lors des poses.
J'ai appris après coup seulement que j'admirais Ichikawa Ennosuke III 三代目 市川 猿之助 dans son élément. J’ai eu peine a croire qu’il venait de changer de costume en à peine cinq secondes (montre en main, sans exagération).
Si vous appréciez les arts traditionnels du Japon et en particulier le théâtre, ne vous arrêtez pas a la barrière de la langue. J先生a eu l’immense gentillesse de traduire les grandes lignes des histoires, mais même sans cela, on suit tout à fait bien. Le Japon est aussi le pays du sentiment non-dit (et du non-dit, donc de la devinette permanente), le ressenti suffit à vous faire apprécier la pièce. De plus, avec un minimum d’organisation, vous pouvez trouver un petit résumé en ligne avant d’y aller.
Un conseil néanmoins : afin devoir de réelles pièces, il est préférable de se faire accompagner de japonais, afin de ne pas tomber sur des pièces pour touristes, souvent des extraits et avec des acteurs encore apprentis. Ils seront, de plus, de bon conseil quant au choix de la représentation.
Compter en moyenne ¥5.000 pour une place correcte, plus si vous souhaitez vraiment bien voir la scène.

Site du Meijiza

Site du Kabuki-Bito (pour les futures représentations)