Vagabondage dans Tokyo

vendredi 1 septembre 2017 / par
navigatedown

A Tokyo, j’ai complètement laissé mon planning à l’abandon. Au bout d’un mois passé à traverser le Japon, j’avais besoin de me laisser un peu aller, de ne plus avoir à me concentrer sur les cartes de la ville et les attractions touristiques immanquables. J’ai laissé mes quelques amis japonais gérer les visites pendant la semaine et j’ai tout simplement suivi ; finie la vie de voyageuse en solitaire.

Je pense que ça m’a donné une perspective assez singulière sur Tokyo en comparaison du reste de mon voyage. Au lieu d’associer les lieux que j’ai pu y visiter à une atmosphère, à une ambiance, à des couleurs, à des odeurs, à un style d’architecture particulier ou au style vestimentaire des gens croisés, j’ai plutôt tendance à les associer aux gens avec qui j’y étais, et donc à des rencontres, des conversations, des éclats de rires. Ça m’a complètement changée d’optique vis-à-vis de de ce que j’ai pu vivre pendant le mois qui a précédé.

A Tokyo je retiendrai donc une idée assez générale de la ville, avec les particularités propres aux quartiers qui m’ont marquée.

Mon coup de cœur c’est Shinjuku, où je logeais. C’est le quartier dont l’image correspond le plus à l’idée que je me faisais de Tokyo, celui qui représente ma vision du Japon telle qu’elle était avant que j’y passe un mois. Les enseignes à néons et les grands buildings où s’agglutinent des dizaines de restaurants, les uns sur les autres. La foule qui passe d’un trottoir à l’autre, d’une station à l’autre, d’un magasin à l’autre. Les centres commerciaux à perte de vue. Des jeunes en tenue fluo qui dansent et chantent au son de ce drôle de rock alternatif que crachent les amplis qu’ils ont installées sur le trottoir. Les groupes de jeunes qui finissent leur journée dans un pub irlandais avec des grandes pintes de bière.

Un de mes quartiers préférés est Jimbocho et sa longue avenue de librairies et boutiques d’ouvrages d’occasion. J’ai retenu une petite boutique toute en longueur, avec un gros « Vintage » rouge sur la devanture, où des rayons entiers d’affiches de cinéma se succèdent, à travers quelques magazines spécialisés de plusieurs dizaines d’années (d’ailleurs, Les Cahiers du Cinéma sont aussi publiés en japonais). Mon coup de cœur était une petite boutique au sommet d’un étroit escalier bordé des œuvres intégrales de Zola, Maupassant et autres chefs d’œuvres français. Seulement indiqué par un petit panneau donnant sur la rue qui annonce « littérature française, allemande et grecque à l’étage », cette petite boutique est une vraie mine d’or pour qui cherche des ouvrages d’occasion de qualité : j’y ai trouvé une version originale du guide Michelin de 1919, mais aussi des œuvres de Charles Maurras qui côtoyaient celles de Lévi-Strauss (intéressante disposition). J’y ai fait le plein de romans d’auteurs japonais traduits en français (Mishima, Soseki, Oé…) à des prix imbattables (souvent 500 yen le livre). Le patron parle français et m’a aidé à compléter mes trouvailles au milieu de ces piles interminables de livres jaunis par le temps.

Un autre de mes quartiers préférés, et c’était prévisible vu mon enthousiasme pour la Denden Town d’Osaka, c’est évidemment Akihabara. Des étals de figurines, des boutiques de manga, des magasins de jeux vidéos et des maid-cafés se succèdent les uns aux autres dans un grand brouhaha de J-pop et de musique venue des salles de pachinko.

J’ai aussi beaucoup aimé Asakusa, où on trouve beaucoup plus de touristes mais où l’ambiance est très populaire. Les petites échoppes de ramen et de tempura se succèdent dans de vieilles rues traditionnelles. C’est l’endroit idéal pour tester toutes les sortes possibles et imaginables de petites douceurs japonaises, les moshi, et des glaces au matcha inoubliables. C’est aussi une partie de la ville plus authentique, qui m’a fait penser à ce qu’on peut voir dans les quartiers populaires de Kyoto, où se baladent de jolies japonaises en yukatas et où les porteurs de pousse-pousse s’agglutinent sur les trottoirs en quête de clients.

J’ai pas mal déambuler dans des quartiers dont les hauteurs m’intriguaient. J’ai un nombre incalculable de photos de buildings et de gratte-ciels tokyoïtes. Que ce soit à Nihonbashi, Marunouchi, Omotesando, Ginza ou Roppongi, on sent que Tokyo s’élève vers le ciel ; toujours plus vite et toujours plus haut. Ces quartiers aux rues bordées de magasins de luxe et aux atmosphères quasi aseptisées (au premier abord) m’ont impressionnée par leur mouvement.

C’est ce qui caractérise finalement le mieux Tokyo pour moi, l’idée du mouvement : un mouvement constant, fluide, organisé et silencieux. Des foules se croisent, se succèdent, passent d’un trottoir à un autre (comme au fameux carrefour de Shibuya), se recroisent et continuent à avancer sans jamais que leur mouvement ne soit entravé par quelconque obstacle. J’avais parfois de la peine à me rendre compte de la densité de la foule qui accompagnait mes pas tant le silence qui régnait était à peine troubler par intermittence par quelques rires ou quelques conversations à voix basse et tant le mouvement d’un pareil amas de gens était fluide.

Tokyo est une ville immense, en largeur, en longueur et en hauteur. C’est une ville où la constance du mouvement m’a troublée, où la luminosité des enseignes m’a fait briller les yeux, où les affres de la consommation m’ont ruinée, où les incohérences entre les différentes lignes du réseau de transport m’ont perdue. Tokyo m’a fait me sentir complètement désintégrée : comment comprendre une ville aussi vaste, aussi impressionnante, aussi mouvante et aussi singulière ? J’ai adoré ne pas comprendre et me laisser porter.

Pratique

Logement : Ace Inn Shinjuku, un hôtel sur 10 étages qu’on repère de loin, situé à 10m du métro Akebonobashi, à deux stations de Shinjuku ou 20mn à pied. Le prix est imbattable pour la localisation puisqu’un lit en dortoir revient à environ 2200 yen. Réservé sur Hostelbookers.com (il faut payer 10% de la somme totale de la réservation sur le site et le reste sur place).

Transport : le réseau de transports tokyoïte est assez complexe pour ceux qui n’y sont pas préparés. Les pass 1 jour pour le Métro de Tokyo ou les lignes Toei ne sont que de peu d’utilité si vous intervertissez entre ces deux réseaux. Un troisième acteur entre en compte si on compte les lignes de train JR qui quadrillent la ville. Bref, je vous conseille de concentrer vos visites sur un quartier et ses alentours à la journée, de beaucoup marcher et de limiter vos trajets en métro afin de ne pas prendre de pass et d’optimiser vos déplacements. Sinon, il existe des pass 3 jours disponibles aux aéroports de Narita et Haneda pour les étrangers qui coûtent 1500 yen et sont valables pour les deux compagnies de métro. 

Achats : Pour faire mes achats, j’ai dévalisé les petits magasins d’Akihabara puis les librairies de Jimbocho. En ce qui concerne les achats de livres, on en trouve en anglais, et quelquefois en français, dans les grandes chaines telles que Maruzen (un nombre impressionnant au 4e étage de celui de la Tokyo Station), Sanseido (il y en a de bons rayons dans celle de Jimbocho), Book-off et Kinokuniya (au 1er étage de celui de Shinjuku on trouve une petite boutique appelée Books about Japan où il y a bon nombre de mangas traduits en anglais et mêmes certains en français).

Pour les petits budgets qui comptent quand même gâter leurs proches de cadeaux et de souvenirs, l’idéal est sûrement de faire une razzia à Don Quijote, une chaine dont les grands magasins se trouvent un peu partout et où on trouve absolument tout et n’importe quoi, de la machine à faire des takoyakis aux chaussettes motifs sushis en passant par des puzzles Astroboy. Pour les budgets un peu plus larges, Loft est un vrai must avec ses magasins de plusieurs étages qui proposent des souvenirs de qualité et pour tous les goûts.