Qui est vraiment Shinzō Abe, le Premier ministre japonais ?

lundi 20 mars 2017 / Vincent Ricci

Premier ministre du Japon depuis décembre 2012, Shinzō Abe est reçu par François Hollande ce lundi 20 mars. A cette occasion, DozoDomo vous propose de faire plus ample connaissance avec l'homme politique japonais le plus puissant depuis plus de 10 ans, controversé mais toujours très populaire.

Une famille politique

Shinzō Abe a 62 ans. Issu d'une famille devenue très influente par le jeu des mariages à partir du 19e siècle, il est le petit-fils de Nobusuke Kishi, Premier ministre entre 1957 et 1960, et le petit-neveu d'un autre, Eisaku Satō. Son grand-père (le dénommé Nobusuke Kishi) a été condamné à trois ans de prison après la guerre pour son rôle en Mandchourie. Certains l'appelleront le "monstre de l'ère Showa". Les Americains ne souhaiteront pas sa mort durant le procès de Tokyo car ils le jugeaient être le plus à même de réussir la renaissance d'un Japon pro-Americains après la défaite de la seconde guerre mondiale. De là lui est venu un autre surnom, "le criminel de guerre préferé des Américains."

Shinzō Abe est diplômé en sciences politiques de la Faculté de Droit de l’université Seikei en 1977. En 1978, il part pour poursuivre ses études à l’University of Southern California à Los Angeles. Après une brève carrière dans le privé, il rejoint son père, alors Ministre des Affaires Etrangères, en tant qu'assistant.

Le 7 novembre 1996, alors âgé de 41 ans, Abe devient représentant du 4e district de la préfecture de Yamaguchi, l'équivalent de député, poste qu'il occupe aujourd'hui encore.

Par le prestige de son nom, il va rapidement grimper les échelons de l'échiquier politique et devenir l'une des figures majeures du Japon dans le courant des années 2000.

L'odyssée d'Abe

Le Japon est un pays conservateur. Depuis la fin de l'occupation américaine en septembre 1952, la "gauche" n'a exercé le pouvoir que durant 4 années notamment de 2009 à 2012 en pleine crise économique mondiale et au moment du tsunami destructeur du 11 mars 2011. Shinzō Abe a lui commencé à goûter au pouvoir une première fois lorsqu'il devient Premier ministre en 2006, un poste qu'il n'occupera qu'un an jour pour jour (26/09/2006-26/09/2007). Son très charismatique prédécesseur, Jun'ichiro Koizumi ayant laissé un énorme vide derrière lui, son siège devenait d'un coup très inconfortable pour les suivants. Une impopularité grandissante suite à un scandale sur les retraites des politiques et une intervention en Irak entraîneront un demi-échec lors des élections législatives. S'étant personnellement investi dans la campagne, Abe assume et quitte ses fonctions.

A la suite de son départ, une grande instabilité politique s'en suivra avec un nouveau Premier ministre différent chaque année dont trois de gauche (centre-gauche).

Un retour aux affaires et une image de leader inflexible

En 2012, Abe se relance dans une campagne électorale avec pour slogan « Remettre sur pied le Japon ». Il fait de la sécurité intérieure et des relations internationales ses priorités. Bénéficiant d'une majorité absolue, son parti, le Parti Libéral-Démocrate du Japon (Jimintō) retrouve le pouvoir et propulse Abe 57e Premier ministre.

Conservateur assumé, Abe tente néanmoins de réformer le pays, notamment en matière économique. Il lance ses Abenomics, des mesures pour redresser l'économie japonaise. Pour y parvenir, il dispose des trois "flèches" : une politique monétaire très accommodante et audacieuse, une relance budgétaire et une stratégie de croissance à long terme.

Sa stature d'homme d'état international, il la doit à la fois à sa plus grande victoire et à ses plus grandes contrariétés. Sa victoire, c'est l'attribution de l'organisation des Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. L'une des ses plus grandes contrariétés, sa volonté d'amender l'article 9 de la constitution afin de permettre au Japon d'exercer un droit d'autodéfense collective, c'est-à-dire de pouvoir venir militairement en aide à un allié du Japon à l'étranger. Les forces japonaises d'autodéfense auraient ainsi le droit d'intervenir à travers le monde tout en pouvant utiliser des armes à l'étranger. Des manifestations monstres auront lieu durant des semaines pour protester contre ce projet, mais Abe ne cédera pas. La remise en marche des centrales nucléaires lui vaudra également de faire face à la grogne de millions de Japonais.

Abe réussit ainsi le tour de force d'être l'un des Premiers ministres préférés d'une partie des Japonais tout en étant l'un des plus détestés d'une autre.

Des défis compliqués et un avenir incertain

Abe navigue en eaux troubles actuellement. Sous la menace de plus en plus insistante de la Corée du Nord mais avec l'aide d'un allié de plus en plus versatile comme l'est Donald Trump, il doit composer avec les grands leaders occidentaux pour s'assurer sécurité et développement économique. C'est d'ailleurs les objectifs de sa tournée en Europe où il avait prévu de rencontrer notamment Angela Merkel et François Hollande.

Les prochaines élections générales doivent se tenir en décembre 2018. A l'heure qu'il est, le pari libéral-démocrate est toujours crédité des meilleurs scores dans les sondages. S'il venait à remporter ces élections, nul doute qu'Abe conserverait son poste. L'émergence de nouveaux partis, notamment le Parti démocrate-progressiste (centriste) dirigé par Renhō (une ancienne journaliste d'origine taïwanaise née en 1967), pourrait néanmoins bien jouer les troubles-fêtes.

Cet article n'a pas vocation à être encyclopédique. Aussi, si vous souhaitez en savoir plus sur la vie et le parcours politique de Shinzō Abe, rendez-vous sur la page que Wikipédia lui consacre.