• Cours du soir au Japon, nécessité éducative ou business florissant ?

    vendredi 10 février 2017 / Phoebé Leroyer

    Rite de passage redouté pour de nombreux lycéens, l'examen du centre national des admissions à l'université, dit ''sentâ shiken'', qui se tient à la mi-janvier sur l'archipel, est un challenge auquel les Japonais se préparent pour certains depuis l'école primaire. En effet, afin de répondre aux attentes crées par un système éducatif élitiste, de nombreux écoliers se retrouvent à fréquenter les bancs des juku, les ''cours du soir'' nippons.

    La sélection universitaire à l'origine des juku

    Apparus sous l'ère Edo (1603-1868) avec les premières écoles dédiées à l'enseignement de la philosophie et des arts martiaux, les juku répondent aujourd'hui à une réalité académique bien plus sombre que la simple soif de connaissances des gentilshommes de l'époque : la nécessité d'entrer dans une bonne université.

    Ces instituts privés ont ainsi pour objectif principal de préparer les étudiants à passer les différents concours d'entrée qui jalonnent le système scolaire japonais, de la maternelle à la sortie du lycée, dans l'espoir de se voir octroyer un jour une place dans l'un des dix établissements plébiscités sur le marché de l'emploi.

    À leur tête, les universités nationales, comme Todai (Université Nationale de Tokyo) ou Kyodai (Université Nationale de Kyoto), et quelques universités privées de la capitale telles que Keio ou Waseda, qui ont acquises leurs lettres de noblesse par la multitude de politiciens et de magnats des affaires qui en sont sortis :

    «  Plus de 50 % des diplômés de Todai obtenait des postes à responsabilités dans les années 1880 et un sur quatre rentrait dans le club privé de l'élite nationale, contre un sur vingt-cinq à Waseda ou à Keio. 70 des 76 premiers ministres du Japon entre 1901 et 1926 étaient également de Todai »

    (Ben Eastaugh, Education in Japan)

    Dotés d'une jolie renommée qui séduit plus d'un recruteur, ces établissements disposent également d'un solide réseau d'anciens étudiants. Un atout majeur dans le monde de l'insertion professionnelle, puisque certains chefs d'entreprise n'hésitent pas à venir chercher leurs futurs employés à la sortie de la faculté qu'ils ont eux-mêmes fréquentée quelques années plus tôt.

    Todai et Kyodai, des universités qui en font rêver plus d'un (source : Japan Info.com)

    Désireuses de maintenir leur statut d'excellence sur le marché de l'emploi, ces universités sont donc réputées pour la difficulté de leurs examens d'entrée.

    Afin de rejoindre leurs bancs, il faudra non seulement réussir le test d'admission, propre à chacune d'entre elles, mais également obtenir au préalable un score suffisant à l'examen national pour être autorisé à se présenter aux épreuves de la faculté de son choix.

    Et la concurrence est rude ! En 2009, 13 043 candidats s'étaient présentés à l'examen d'entrée de Todai à l'issue duquel seuls 3 061 d'entre eux avaient été retenus, selon les archives ouvertes de l’Université Nationale de Tokyo. La même année, le rapport annuel de Kyodai ne faisait mention que de 2 912 places pour 7 991 candidats.

    Classement des universités japonaises selon leurs réputations et leurs places sur le
    marché du travail, réalisé par UniRank (source : 4icu.org)

    Conscientes de cette réalité, les familles japonaises se tournent donc vers les juku pour espérer voir leurs enfants intégrer l'un de ces lieux de formations prestigieux.

     

    De la naissance d'un marché fructueux…

    Devenus populaires grâce à la difficulté croissante des concours d'admission à l'université, les juku ont connu un véritable boom au milieu des années 1970, lorsque la situation économique a permis aux ménages d’investir dans l'éducation des enfants.

    Le soutien scolaire n'est alors plus uniquement perçu comme une nécessité pour espérer accéder aux meilleurs enseignements du pays, mais devient un petit luxe dont il n'y a plus à se priver.

    Dès lors, le nombre de cours du soir a explosé ! Selon Japan Times, on recenserait aujourd'hui plus de 50 000 juku sur l'ensemble du territoire, alors qu'ils n'étaient encore que 35 000 il y a trente ans.

    Pour Masato Miyawaki, directrice du juku Meiko Network Japan, interrogée par le New York Times en 2014,  il y a eu une réelle demande de soutien scolaire ces dernières années. Gérante de plusieurs instituts, elle a dû ouvrir entre 40 à 80 classes par établissement en moins de cinq ans, et serait aujourd'hui manager de plus de 2 130 classes dans tout le Japon, la capitale représentant à elle seule 9 % de son chiffre d'affaires :

    « Il y a un véritable besoin de cours détaillés et personnalisés »

    (Yuriko Nagano, The New York Times)

    En effet, tout le monde ne va pas au juku pour les mêmes raisons. Si la majorité des lycéens y va dans le but de préparer les examens d'entrée, d'autres ne sont là que pour rattraper le retard accumulé sur leurs camarades, ou à contrario, tromper l'ennui engendré par le rythme trop uniforme de la classe.

    Une classe de Juku (source : Tofugu)

    Comme dans toute culture de groupe, c'est le tout qui prévaut sur l'individu dans le système scolaire japonais : on apprend ensemble, on évolue ensemble, et on passe ses classes ensemble, dans l'égalité et l'uniformité les plus totales. Les redoublements sont donc faibles, voire quasi-inexistants, et les professeurs font en sorte d'adopter un rythme de croisière médian pour que la majorité des élèves puisse suivre. Que faire donc des enfants à qui le rythme ne convient pas ? On les envoie au juku !

    Présenté comme un moyen d'éradiquer les frustrations étudiantes (et parentales !) en proposant à ceux qui rencontrent des difficultés de combler leurs lacunes, et aux bons élèves d'approfondir les notions déjà acquises, le soutien scolaire au Japon a su jouer sur les faiblesses de l'éducation nationale pour se développer, comme le souligne Melanie Cook, professeure associée à l'université de Niigata :

    « L'éducation publique dans ce pays est basé sur le principe du terrain d'entente, si votre enfant est en retard ou en avance, vous serez probablement obligé de considérer l'idée du juku à un moment donné » (Melanie Cook, Japan Times)

    Les difficultés à suivre en classe sont l'une des principales raisons qui pousse les enfants à
    réclamer d'eux-mêmes le juku (source : VerWell.com)

    Alternative séduisante pour répondre au besoin grandissant des parents de fournir à leurs enfants ''une bonne éducation'', le monde des juku est alors devenu un véritable marché.

    Il existe ainsi aujourd'hui tout un tas d'instituts aux programmes et aux méthodes tous plus différents les uns que les autres, allant des yobiko, spécialisés dans la préparation aux examens d'entrée ; aux juku non-académiques, dédiés à l'apprentissage d'une nouvelle langue, d'un instrument ou d'un sport ; en passant par des établissements de soutien scolaire plus traditionnels.

    Bien que les yobiko soient majoritairement fréquentés par les étudiants se préparant aux concours d'admission ou par les ronin, ces lycéens se retrouvant sans université à la rentrée et s'inscrivant au juku dans le but d'acquérir les méthodes de travail qui leur permettront d'être acceptés dans la faculté qu'ils avaient choisie au départ, le public ciblé s'est lui aussi diversifié au cours des trente dernières années, et il n'est pas rare désormais que les cours du soir soient suivis dès le plus jeune âge par des enfants n'ayant aucun examen à préparer.

    Selon un sondage réalisé par le Ministère Japonais de l’Éducation en 2008, pas moins de 40 % des élèves de l'école primaire auraient été inscrits au moins une fois dans un juku. Ce chiffre augmente alors très rapidement au fur et à mesure que les concours d'entrée s'intensifient, puisqu'ils seraient 53,5 % au collège à avoir suivi au moins une heure de soutien scolaire par semaine lors de leur scolarité, pour atteindre 77 % au lycée.

    Taux de participation au juku selon les grades scolaires en 1985 (source : Ministère Japonais de l’Éducation)

    Et le marché semble bien se porter, puisqu'il s'élèverait selon Japan Times à plus 10 trillions de yens annuels.

    En effet, conscients de l'engouement qu'ils suscitent, les juku affichent des frais de scolarité élevés : comptez en moyenne entre 10 000 et 15 000 yens (entre 82 et 123 euros) pour quatre cours d'une heure.

    Derrière un tarif horaire exorbitant, se cache en réalité une stratégie marketing visant à pousser les clients à la consommation.

    Afin d'inciter les étudiants à payer plus, la plupart des instituts proposent des forfaits de plusieurs matières à choisir (généralement entre les mathématiques, la langue japonaise, les sciences, l'histoire-géographie et l'anglais), en insistant sur le fait que plus le nombre de disciplines augmentent, plus les économies réalisées sur le prix de départ sont importantes.

    C'est le cas par exemple de Yoyogi Seminar, une des plus grandes chaînes de soutien scolaire du pays, qui propose des packs de 5 cours par semaine niveau collège à 480 000 yens l'année (3 895 euros), là où une seule discipline est facturée 105 000 yens (862 euros).

    Bien évidemment, ces forfaits ne prennent pas en compte les cours intensifs, si tentants de prendre en période de vacances scolaires, qui font indubitablement augmenter la note déjà salée du juku.

    Le système de frais de scolarité chez Yoyogi Seminar (source : yozemi.ac.jp)

    Selon une étude réalisée en 2002 par le Ministère japonais de l’Éducation, les parents d'un écolier dépenseraient donc en moyenne 119 000 yens par an en soutien scolaire (976 euros), ceux d'un collégien y consacreraient 214 000 yens de leur budget (1 755 euros), et ceux d'un lycéen en auraient chaque année pour plus de 235 000 yens (1 928 euros), soit une moyenne de 16 % du revenu familial à partir de l'entrée dans le secondaire.

    La popularité de ces instituts grandissants au fur et à mesure que les inquiétudes des parents s'intensifient, certaines chaînes de juku ont même ouvert des locaux à l'étranger afin que les enfants d'expatriés puissent suivre le programme national et tenter eux aussi les concours d'entrée des universités japonaises. C'est le cas notamment de Kumon, qui revendique plus de 26 000 établissements dispatchés dans près de 50 pays dont les États-Unis, la Corée du Sud, la Chine, ou encore le Brésil. Selon le site du groupe, la franchise compterait actuellement 4 millions d'étudiants à travers le monde et générerait plusieurs millions de dollars de recette chaque année.

    Kumon, LA chaine de cours du soir qui domine le monde des juku (source : Kumon.org)

    Plus qu'un lieu de bachotage, le juku s'impose donc désormais comme une véritable institution parallèle au système scolaire national. Partie intégrante de la vie éducative japonaise, la fréquentation de ces instituts serait même considérée comme un moment privilégié de socialisation chez l'enfant.

    … à celle de lieux d'apprentissage épanouissants

    On apprend de tout au juku !

    Organisés sous forme de tutorat ou de classe d'une dizaine d'étudiants, les cours sont généralement dispensés de 17h à 21h en semaine et le samedi toute la journée.

    Au programme ? Une rétrospective des grands chapitres de l'année dans chaque discipline, des exercices d'approfondissement, des corrections d'annales, et évidemment des petits trucs pour faciliter les révisions, partie sacrifiée d'un système scolaire trop uniforme, qui pourtant semble très prisée des étudiants, à en croire les témoignages récoltés par la rédactrice du site Tofugu, Mami Suzuki, dans son article « Let's Talk About Japanese Cram School » :

    « En cours de géographie, j'avais un professeur qui personnifiait les productions de chaque région du pays : ''Wakame-chan'' (algues-chan) ou ''Menka-chan'' (Coton-chan). Je trouvais ça marrant, et ça m'a aidé à les mémoriser »

    (Mami Suzuki, Tofugu)

    Si ces instituts permettent aux jeunes japonais d'acquérir les méthodes et les connaissances nécessaires à leur réussite aux examens, ils leur fournissent également un lieu d'apprentissage stimulant.

    Que cela soit par un tableau à l'entrée du juku affichant les résultats des meilleurs apprenants pour inciter chacun à faire de son mieux au prochain examen blanc, ou par des événements sportifs et des sorties à thèmes dans le but de favoriser la communication entre les élèves, tout est fait pour accentuer la cohésion du groupe d'étude et enrailler les baisses de motivation au sein des salles de classe.

    Les activités ''extra-scolaires'' des juku (source : Japan Info.com))

    En effet, le juku est un lieu privilégié de sociabilité pour bon nombre d'étudiants.

    Selon un sondage national réalisé au début des années 2000, 40 % des lycéens interrogés désignaient même la capacité à se faire de nouveaux amis comme la principale raison qui les poussait à aller au soutien scolaire. C'est aussi ce que semble retenir de leurs années juku la plupart des Japonais interrogés par Mami Suzuki :

    « Pour aller dans cet institut, je devais prendre le train tous les soirs, alors mes parents ne voulaient pas m'y inscrire au départ. Cependant, je les ai suppliés de le faire parce que beaucoup de mes amis y étaient » 

    « J'aimais mes cours du soir. C'était sympa d'étudier avec mes amis. Les professeurs nous donnaient aussi des citations, écrivaient des phrases sur les murs, nous donnaient des objectifs, tout ça dans le but de nous motiver. C'était amusant, donc j'ai continué à y aller tous les jours »

    « J'aimais bien les cours du soir car j'ai pu y rencontrer des étudiants d'autres écoles. J'y aimais aussi les professeurs »

    (Mami Suzuki, Tofugu)

    Il faut dire que l'ambiance amicale des juku contraste fortement avec celle plus stricte du système scolaire traditionnel.

    En effet, de nombreux cours du soir misent sur une atmosphère détendue pour fidéliser leur clientèle, à commencer par le choix de leurs enseignants.

    Professeurs n'ayant pas obtenu de poste à l'université ou dans le secondaire pour la majeur partie d'entre eux, étudiants cherchant à financer leurs études pour le tiers restant, tous ont en commun leur attrait pour une pédagogie moins conventionnelle que celle adoptée par leurs confrères de l’Éducation Nationale. S'adapter au rythme de leur public, favoriser les moyens mnémotechniques et fournir à chacun les conseils qui lui permettront de progresser rapidement, le tout dans une ambiance se voulant bon-enfant, tels sont les objectifs visés par les enseignants des juku :

    « Plus tard, je me suis retrouvé moi même à enseigner pour une courte période dans un juku de taille moyenne pour des élèves d'école primaire, de collège et de lycée […] Le gérant était un ancien professeur de lycée qui avait démissionné car il n'aimait pas l'uniformité des lycées publiques. C'était un humaniste, et il était proche des enseignants, mais aussi des étudiants et de leurs parents. Les élèves étudiaient beaucoup, mais ils aimaient discuter avec leurs professeurs à la pause, et avaient l'air contents d'être là. Pour moi, le mot juku est donc associé à un environnement sympa, cosy et efficace pour étudier »

    (Reiko Watanabe, rédactrice sur le blog Education in Japan)

    Cette opposition entre l'uniformité du système traditionnel et la personnalisation de l'enseignement qu'offre le milieu du soutien scolaire est en réalité l'atout séduction principal de ces instituts.

    C'est pourquoi, le caractère chaleureux et amical du professeur est systématiquement mis avant sur ses compétences éducatives dans les publicités pour les juku.

    C'est le cas par exemple de la franchise Misuzu Gakuen qui décrit sur son site officiel ses professeurs comme étant avant tout « amicaux, […] amusants, motivants et plein d'humour ». Se voulant fantaisiste, ce juku est également connu pour diffuser des publicités humoristiques dans lesquelles les enseignants déguisés se mettent en scène pour vanter les mérites de l'institut.

    Certains professeurs sont même reconnus nationalement pour leur caractère jovial et chaleureux, à l'image d'Hayashi, un salarié à mi-temps d'une quarantaine d'années qui travaille dans l'un des établissements de la chaîne de juku Toshin High School, qui est devenu une véritable vedette dans le monde du soutien scolaire avec son slogan « Itsu yaru ka ? Ima desho ! » (Quand agis-tu ? Maintenant !). Accrocheur et stimulant, ce leitmotiv est ainsi tombé dans le langage courant après être devenu viral dans les médias. Il est aujourd'hui utilisé dans lors des nomikai (réunion autour d'un verre entre collègues) pour inciter les participants à finir leurs verres.

    Cette ambiance décontractée, aux antipodes du système scolaire classique, compte parmi l'une des raisons pour lesquelles les juku sont si populaires au Japon.

    En 2010, un sondage réalisé par le Ministère Japonais de l’Économie sur 2 071 parents d'enfants inscrits au soutien scolaire a montré que 90 % d'entre eux pensaient que l'amabilité des professeurs et l'ambiance de classe étaient tout aussi déterminantes dans le choix de l'établissement que les méthodes utilisées par le personnel enseignant.

    Du côté des élèves, certains reconnaissent même continuer les cours du soir uniquement pour leur professeur. C'était le cas notamment d'une ancienne élève de juku interrogée par Mami Suzuki, qui a reconnu avoir eu un faible pour son tuteur pendant plusieurs années :

    « Elle m'a avoué aimer tellement les professeurs de ses cours du soir qu'elle en est tombée amoureuse de l'un d'entre eux […] Elle m'a aussi dit qu'il était courant qu'un étudiant développe un faible pour un professeur de juku »

    (Mami Suzuki, Tofugu)

     

    Quel avenir pour les juku ?

    Bien que les juku semblent appréciés des enfants comme de leurs parents, ces établissements connaissent aussi leurs détracteurs.

    Perçu par certains comme une institution faisant passer l'argent avant l'intérêt éducatif, les cours du soir seraient un moyen déguisé de reproduire les inégalités sociales.

    En effet, les bons postes sur le marché de l'emploi allant aux diplômés des grandes universités, l'existence des juku repose sur cette volonté de faire accéder n'importe quel étudiant à ces paradis éducatifs. Or, dans les faits, les tarifs des cours du soir étant élevés, seuls les enfants de famille aisées peuvent se permettre le soutien scolaire sans que le budget familial n'en pâtisse. Les étudiants ayant accès sans difficulté financière aux meilleurs établissements sont donc ceux possédant déjà un fort capital économique.

    Afin de répondre à cette inégalité, des cours particuliers, beaucoup plus abordables, et des programmes de révisions gratuits se sont développés. C'est le cas notamment de NHK qui propose une chaîne de télévision, NHK Educational TV, et un site internet, NHK for School, avec des explications de cours et des émissions reprenant les grandes lignes des programmes scolaires nationaux.

    Les programmes d'étude de NHK (sources : Nhk.org))

    Bien que moins chers, ces moyens éducatifs ne semblent pas faire l'unanimité auprès du public visé. D'après un sondage réalisé par le Ministère Japonais de l’Éducation en 2002, seul 26 % des lycéens préférerait les cours particuliers au juku, qui ne coûteraient pourtant en moyenne que 101 000 yens (830 euros) par an, soit moins de la moitié du prix tarifé dans un juku.

    En effet, en dépit des critiques exercées à l'encontre de ces instituts, l'opinion publique semble toujours les plébisciter. Selon la société d'édition Shogakukan-Shueisha Production, 60% des parents d'écoliers considéraient en 2008 que leurs enfants avaient réellement besoin d'aller au juku, et que le travail fourni par l’Éducation Nationale n'était pas suffisant.

    Pour Melodie Cook, cette question du juku est toujours un problème qui se pose dans l'éducation japonaise, et bon nombre de parents bien que récalcitrant en raison de l’investissement financier que cela représente, finiront par y envoyer leurs enfants tôt ou tard pour différentes raisons :

    «  Tout n'est pas noir ou blanc. Il y a, bien évidemment, des parents qui pensent que si leurs enfants grandissent au Japon, ils doivent aller au juku. Il y a aussi ceux qui se rendent compte qu'ils ne peuvent pas réellement aider leurs enfants avec les devoirs et qui ne connaissent pas bien le programme scolaire. Ceux-là, en général, utilisent le juku comme un service de consultation. Enfin, dans la plupart des cas, ce seront les enfants eux-mêmes qui demanderont à y aller ».

    (Melanie Cook, Japan Times)

    Si perte des juku il devait y avoir un jour, elle ne serait donc probablement pas due à un problème de popularité. A contrario, les nouveaux enjeux démographiques engendrés par la dénatalité que subit le Japon depuis plusieurs années pourrait jouer un rôle dans la baisse de fréquentation des cours du soir.

    En effet, dans l'objectif de pouvoir encore remplir leurs bancs dans quelques années, les grandes universités japonaises commencent à simplifier leurs examens d'entrée afin de pouvoir pallier au futur manque d'étudiants. La question de l'avenir des juku pourrait donc réellement se poser dans les quinze prochaines années.

     

     

    Sources

    Articles et Ouvrages

    EDUCATION IN JAPAN COMMUNITY BLOG, Why University of Tokyo (Todai) is entrenched at the top of the educational hierarchy. Education In Japan, 2011. [En ligne] à l'URL : https://educationinjapan.wordpress.com/college-entrance-angst/ichi-ryu-daigaku-top-ranking-universities-in-japan/why-university-of-tokyo-todai-is-entrenched-at-the-top-of-the-educational-hierarchy/

    HAYS Jeffrey, School In Japan: The Culture, Peer Groups and Juku. Facts And Details, 2014. [En ligne] à l'URL: http://factsanddetails.com/japan/cat23/sub150/item832.html

    KITTAKA GEORGE Louise, Juku : an unnecessary evil or vital steppingstone to success?. The Japan Times, 2013. [En ligne] à l'URL: http://www.japantimes.co.jp/community/2013/03/05/issues/juku-an-unnecessary-evil-or-vital-steppingstone-to-success/#.WI2tkfmLTIV

    NAKANO Yuriko, A New Ratio for the Japanese Cram School. The Japan Times, 2014.[En ligne] à l'URL: https://www.nytimes.com/2014/08/11/world/asia/a-new-ratio-for-the-japanese-cram-school.html?_r=2

    SATO Minako, Cram schools cash in on failure of public schools. The Japan Times, 2005. [En ligne] à l'URL : http://www.japantimes.co.jp/life/2005/07/28/language/cram-schools-cash-in-on-failure-of-public-schools/#.WI4JMfmLTIU

    SUZUKI Mami, Let's Talk About Japanese Cram School. Tofugu, 2013. [En ligne] à l'URL: https://www.tofugu.com/japan/japanese-cram-school/

    TOKYO TOURS (Coll.), Juku, the hard life of Japanese school children that are forced to attend cramming schools.Tokyo Tours, 2013. [En ligne] à l'URL :

    https://tokiotours.wordpress.com/2013/07/14/juku-the-hard-life-of-japanese-school-children-that-are-forced-to-attend-cramming-schools/

    WATANABE Reiko, THE JUKU SYSTEM: THE OTHER FACE OF JAPAN’S EDUCATION SYSTEM.

    Education In Japan, 2009. [En ligne] à l'URL: https://educationinjapan.wordpress.com/education-system-in-japan-general/the-juku-system-the-other-face-of-japans-education-system/

    Sites Officiels

    → Ministère Japonais de l'Education, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie : http://www.mext.go.jp/en/
    → NHK School : http://www.nhk.or.jp/school/
    → Université Nationale de Kyoto : http://www.kyoto-u.ac.jp/static/ja/issue/ku_profile/2009.htm
    → Université Nationale de Tokyo : http://www.c.u-tokyo.ac.jp/eng_site/info/about/contact/

    Sites des juku mentionnés

    Kumon : http://kumongroup.com/eng/about/index.html?ID=eng_about-kumon
    Misuzu Gakuen : http://www.misuzu-gakuen.jp/

    Autres

    UniRank, classement des meilleures universités japonaises en 2017 : http://www.4icu.org/jp/
    → Youtube :
    * Publicité pour Toshin High School : https://www.youtube.com/watch?v=0mKEeqzqJtc
    * Publicité pour Misuzu Gakuen : https://www.youtube.com/watch?v=sA0z6jZroRE