• La liberté de la presse japonaise sur le déclin en 2016

    vendredi 29 avril 2016 / Caroline Cathala

    Chaque année, l'association Reporters Sans Frontières publie son classement de la liberté d'expression de la presse dans 180 pays. Cette année, le Japon se trouve à la 72ème place, alors qu'il occupait à la 11ème place six ans plus tôt. Pour le pays du soleil levant, également troisième puissance économique mondiale, la liberté de la presse est de plus en plus menacée : en une année seulement, le Japon a perdu 11 places au classement établi par Reporters sans Frontières.

    Si l'on en croît l'expérience de Jake Adelstein, journaliste américain ayant travaillé au sein de la presse nippone, le phénomène aurait démarré à la suite des accidents nucléaires de Fukushima en 2011. Selon lui, les médias locaux n'aurait pas enquêté sur le sujet pour d'obscures raisons, en dehors de la forte exposition aux radiations. Depuis, le nucléaire est presque devenu un sujet tabou dans la presse.
    A la suite des incidents de 2011, le Premier Ministre Shinzo Abe passait une loi de protection du secret d'Etat qui sera votée un an et demi plus tard. Celle-ci permet au gouvernement de poursuivre un journaliste ou un blogueur qui n'aurait pas respecté une affaire protégée par cette loi. Si des informations secrètes sont révélées volontairement, l'auteur encourt 10 ans d'emprisonnement. Parmi les éléments protégés, on retrouve la vie de la famille impériale. Mais L'association Reporters Sans Frontières explique que de nombreux autres sujets y sont assimilés.

    le 19 avril dernier, David Kaye, rapporteur de l'ONU avait alarmé le peuple japonais en déclarant :

    “L’indépendance de la presse fait face à de nombreux dangers. La faiblesse du système de protection juridique, l’exploitation persistante par le gouvernement de médias dont la solidarité professionnelle fait défaut.”

    A ce jour, aucun emprisonnement n'a été signalé dans le cadre du non-respect de la loi du secret d'Etat. Cependant, trois animateurs bien connus de l'audience japonaise auraient perdu leur emploi à la suite de questions dérangeantes adressées à des hommes politiques :  Ichiro Furutachi, Shigetada Kishii et Hiroko Kuniya. Si la politique médiatique nippone connait actuellement un virage quasi-autoritaire, la France traverse également une période de liberté restreinte au sein de la presse. Elle occupe désormais la 45ème place et aurait perdu 7 places en l'espace de 5 ans selon nos confrères des Inrocks.