Chez nous

La Bretagne réveille l’art ancestral japonais du Gyotaku

Morbihan, Quiberon. Au fond de l’impasse Bapaume, à côté de l’église, Marc Porrini, artiste peintre, consacre le plus clair de son temps au travail de ses soies et poissons. Mains de laboureur, franc parlé et joues colorées, l’homme a la volonté du guerrier et la délicatesse des ballerines.

À l’origine, Marc Porrini n’était pas prédestiné à avoir un lien si fort avec le pays du soleil Levant. « J’appréciais la culture japonaise grâce à la littérature mais c’est tout », explique-t-il. C’est en 2000 qu’il découvre le Gyotaku (魚拓 Gyo : poissons et Taku : empreinte, trace) dans un article de la presse locale. « Cela m’a tout de suite plu, j’ai d’abord essayé tout seul de colorer des poissons avec de l’aquarelle, mais il y a eu des ratés ! ». Cet Alsacien d’origine s’acharne. « Vous savez, quand on pratique cet art, il ne s’agît pas seulement d’imprimer un poisson sur une feuille. Il y a toute une dimension spirituelle, que mon Maitre Gyotaku m’a enseigné au Japon. Transposer les écailles, les nageoires, et surtout l’œil du poisson sur une toile, c’est lui donner à nouveau vie ». Ce n’est donc pas un hasard si il est devenu l’homme le plus connu des pêcheurs et poissonniers de la baie de Quiberon.

« L’œil, c’est la 2ème vie. Je peins avant tout un regard », continue-t-il. Sur sa table, un bar est solidement scotché à un moule. Marc refuse d’évoquer trop longuement son passé. Coïncidence, ou choix inconscient, le Gyotaku est peut-être pour lui aussi une nouvelle naissance.

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Marc Porrini dans l'atelier de Mineo Ryuka Yamamoto à Higashimatsuyama.

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Tubes de peintures japonaises dans l'atelier de Marc Porrini à Quiberon. © Margaux Bornet

Des techniques complexes

Cet amoureux de la mer fait revivre depuis plus de quinze ans un art ancestral, exercé à 10 000 kilomètres de la Bretagne, et dont les estampes les plus anciennes retrouvées datent de 1862. À l’époque, les pêcheurs nippons utilisaient cette méthode pour immortaliser leurs plus belles prises. « Je dois être le seul en France à maitriser les deux techniques existantes pour réaliser ces empreintes », affirme-t-il, non sans fierté. La première consiste à badigeonner le poisson de peinture, d’encre de Chine ou même d’encre de seiche venues du Japon, puis à le déposer sur du papier de riz, du polyester, de la toile de lin ou de la soie. Pour la seconde, on recouvre le modèle d’un support souple, et on y applique des couleurs grâce à des tampons de soie.

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Tampons en soie dans l'atelier de Marc Porrini à Quiberon. © Margaux Bornet

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Sceau en pierre offert par Maitre Mineo Ryuka Yamamoto. © Margaux Bornet

Une rencontre avec un Maitre Gyotaku

De passage à Quiberon, un touriste japonais est un jour frappé par l’affiche de l’atelier Gyotaku. « Il pensait tomber sur un japonais… raté ! », s’amuse l’artiste. Une relation amicale se noue bientôt entre les deux hommes. « Un jour, il m’a donné les coordonnées d’un maître Gyotaku, Mineo Ryuka Yamamoto. Quelques mois plus tard, en mars 2014, je suis allé le voir à Higashimatsuyama, dans la préfecture de Saitama ».

Marc Porrini passe du temps avec le Maitre. Ce dernier lui confie les clefs d’un art toujours considéré comme confidentiel. « En partant, il m’a baptisé en me donnant mon nom d’artiste Gyotaku. Je m’appelle Maruku et je signe chaque œuvre en japonais. Il m’a aussi fait présent d’un sceau en pierre auquel je tiens énormément ».

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Signature de Marc Porrini. © Margaux Bornet

Un lien particulier à ses « modèles »

« Mes œuvres font la joie des chats du quartier, car je ne peux pas manger ces poissons. Ils sont trop abimés quand je termine mes tableaux ». « Maruku » (マルク) ne déguste donc pas ses « modèles », mais avoue une préférence pour le bar, qu’il trouve combatif. « C’est un poisson qui ne se démonte pas face à ses adversaires ! ». Quand on parlait d’âme guerrière… Marc Porrini porte un respect infini à « ses poissons » et l’humilité avec laquelle il tamponne leurs écailles en témoigne : une précision chirurgicale mêlée à une attention quasi maternelle.

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Gyotaku sur soie. © Margaux Bornet

Si l’on souhaite s’initier au Gyotaku, la patience est de rigueur comme l’a confié le Maitre Mineo Ryuka Yamamoto à son élève : « Vous connaissez la différence entre le maitre et l’élève ? Le maître a raté plus de tableaux que l’élève n’en n’a jamais fait. » Marc Porrini s’efface devant la nature et rend avec brio ses lettres de noblesses à la mer : un bel hommage à l’environnement et à l'archipel Nippon.

Expo Japon
Marc Porrini exposera une oeuvre à Tokyo du 31 mai au 5 juin 2016 à la NHK Fureai hall gallery, dans le cadre d’une exposition mixte Gyotaku / calligraphie.

Expo Rennes
Il sera aussi à la Foire Internationale de Rennes du 19 au 28 mars 2016, consacrée cette année au Japon. Stand Hall 10b.

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