Histoire

Alberto Fujimori, le Japonais devenu président du Pérou

L'histoire est peu banale.

Pendant dix ans, la République du Pérou a été dirigée par un homme japonais.

Alberto Kenya Fujimori est né en 1938 à Lima, capitale du pays, d'un couple de japonais émigré depuis 4 ans au Pérou. Durant la seconde guerre mondiale, la communauté japonaise sera persécutée et nombreux seront ceux à rentrer au Japon. La famille Fujimori cependant décide de rester malgré la confiscation de leur atelier de réparation de pneumatiques. Le jeune Alberto poursuit donc ses études au Pérou et devient ingénieur agronome et professeur de mathématiques.

C'est en 1990 que son destin va basculer quand à la surprise générale, il remporte l'élection présidentielle face au célèbre écrivain Mario Vargas Llosa. Les raisons de son succès sont nombreuses. A l'époque, le pays est gangréné par le corruption, la guérilla de groupes terroristes, et une inflation record de 7000% par an. Aussi, Fujimori va s'accaparer une grande partie du vote des couches les plus populaires d'origine amérindienne, connues pour rejeter les influences espagnoles du pays.

Fujimori devient donc le premier président japonais hors du Japon, ce qui lui vaudra le surnom de "Chinois" (el Chino). Allez savoir pourquoi !

Durant les deux premières années de son mandant, Fujimori va instaurer de nombreuses réformes pour réveiller l'économie. Il fera notamment privatiser un grand nombre d'entreprises publiques contre 9 milliards de dollars, utilisée majoritairement pour la construction de ponts, routes et écoles. A cette époque, le Pérou connaît une forte période de croissance, qui ne suffit pas cependant à élever le niveau de vie de la population. Ces mesures phares prendront le nom de "Fujishock".

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En 1992, la légende de Fujimori connaît un nouvel épisode avec un coup d'état provoqué par lui-même contre son gouvernement. On parle d'auto-coup d'état (autogolpe).

Les raisons de cette action semblent être multiples :

- l'approbation des nouvelles mesures antiterroristes ;
- la dissolution du parlement obstructionniste et très impopulaire ;
- la réforme du pouvoir judiciaire ;
- l'instauration d'une nouvelle politique dans le but de vaincre les mouvements terroristes du Sentier lumineux et Túpac Amaru.

Fujimori est au sommet de sa popularité, avec 80% d'opinions favorables. Ses Fujishock ont eu des résultats satisfaisants mais cet auto-coup d'état a agrandi la méfiance de la communauté internationale à l'égard du pays. Toutes les organisations internationales retirèrent leurs prêts et aides financières, pour ne laisser subsister qu'une aide humanitaire. Les Etats-Unis de George Bush ont toutefois reconnu Fujimori comme président légitime du Pérou. Les Etats-Unis venaient de signer un accord de coopération militaire avec Lima pour lutter contre les producteurs de coca.

Le 13 novembre 1992, l'armée péruvienne lança un coup d'état contre Fujimori, qui parvint à trouver refuge en plein nuit dans l'ambassade du Japon, l'homme ayant toujours conservé sa citoyenneté japonaise.

Après son divorce en 1994, son ex-épouse Susana Higuchi devint une farouche opposante de Fujimori. Susana Higuchi fut formellement démise de son titre de première dame, qui fut remis à leur fille aînée. Dès lors, Higuchi dénonça son ancien époux comme un tyran, maître d'un gouvernement corrompu.

Très populaire, Fujimori remporte une nouvelle fois les élections présidentielles en 1995. Mais rapidement, l'état de grâce disparait. Malgré une disparition du terrorisme et une stabilité économique retrouvée, les péruviens réclament plus de liberté pour eux et la presse. Des accusations de corruption entourent Fujimori et son entourage.

Il brigue un troisième mandat en 2000, bien que la constitution l'interdise. Il est tout de même réélu en mai dans la confusion générale, ses adversaires n'acceptant pas la victoire du président sortant, faite de nombreuses irrégularités selon eux. Mêlé à une affaire de corruption, Fujimori est contraint de fuir le pays en novembre, direction le Japon.

Le bilan de Fujimori est très contrasté. Reconnu comme le libérateur du terrorisme par certains, il est considéré comme un tyran responsables de massacres par d'autres.

Epilogue.

Fujimori fut président du Pérou du 28 juillet 1990 au 21 novembre 2000, lorsqu'il a été destitué par le Congrès — mais il avait présenté sa démission le 19 novembre 2000, qui a été repoussée. Après 5 ans d'exil volontaire au Japon, il a été arrêté au Chili peu de temps avant l’élection présidentielle de 2006 où il voulait se représenter. Il y est demeuré en attendant son extradition vers le Pérou. A ce moment là, pourtant assigné à résidence, craignant son retour au Pérou, il se présente aux élections sénatoriales au Japon sous les couleurs d'un jeune parti. Il sera battu. Le vendredi 21 septembre 2007, son extradition a finalement été acceptée par la cour suprême du Chili. Il a été condamné le mardi 7 avril 2009 à 25 ans de prison par le tribunal de Lima, pour violation des droits de l'homme pendant sa présidence, peine confirmée par la Cour suprême du pays le 2 janvier 2010. Il est également condamné à sept ans et demi de prison pour détournement des fonds avec lesquels il a payé Vladimiro Montesinos, chef de ses services de renseignement. Il a été par ailleurs reconnu coupable le 30 septembre 2009 d'avoir payé des députés d'opposition, des journalistes, et de s'être livré à des mises sur écoute téléphonique d'opposants, de journalistes, et d'hommes d'affaires, y compris Mario Vargas Llosa ou Javier Pérez de Cuéllar. Pour ces motifs, il a été condamné à 6 ans de prison. Les peines ne s'additionnant pas au Pérou, il ne devrait effectuer que la plus longue des peines de prison.
Sa fille, Keiko Fujimori, perd les élections présidentielles de juin 2011 avec 49% des votes.

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