Madama Butterfly, l'opéra dramatique qui nous transporte au Japon

dimanche 15 février 2015 / Vincent Ricci

DozoDomo vous propose de découvrir ou peut-être redécouvrir l'un des opéras les plus joués et les plus populaires de l'histoire de la musique. Celui qui vous transporte en un instant au Japon, Madama Butterfly de Giacomo Puccini.

Les source sont multiples, et plus ou moins fiables, mais l'histoire est authentique. Elle s'appelait Tsuru Yamamuri, une jeune geisha qui donna naissance à l'enfant d'un officier de marine américain qu'elle avait épousé par le biais d'un contrat de mariage d'un mois renouvelable, et que les habitants de Nagasaki appelait O-cio-san, Madame Papillon. L'auteur français Pierre Loti en parle dans "Madame Chrysanthème" qui inspirera directement l'américain John Luther Long qui en fit nouvelle, plus tard transformée en tragédie par David Belasco. De nombreuses étapes de réécriture qui menèrent le compositeur italien Puccini à s'intéresser à l'histoire lors d'une représentation de la pièce à Londres. En larmes, il s'adressa à Belasco pour lui demander les droits d'adaptation pour l'opéra. Plus tard, ce dernier déclarera : "Que refuser à un italien impulsif qui a les larmes aux yeux et les bras autour de votre cou ?"

Dès lors commence pour Puccini un long travail d'immersion dans une culture qu'il ne connaît pas du tout, celle du Japon. Des rencontres avec l'actrice japonaise Sada Yacco, et avec l'épouse de l'ambassadeur du Japon qui lui chanta des mélodies de son pays pour débuter, puis de nombreuses recherches sur les coutumes à une méticulosité d'ethnographe l'amèneront à nous offrir l'une des plus belles partitions de l'art lyrique contemporain.

Puccini fera de cette Madame Papillon, l'un des piliers du répertoire classique, et son personnage préféré.

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Les raisons du succès de l'opéra sont nombreuses. La dramaturgie de l'histoire ne laisse personne insensible. Nous sommes à l'opéra, donc l'héroïne doit mourir, c'est quasiment contractuel. Lorsqu'en 1904, le marin américain Pinkerton, de passage à Nagasaki, épouse Cio-Cio-san, ils filent le bonheur parfait. Seulement, lui doit rentrer en Amérique. Cio-Cio-san attendra seule pendant quelques mois, avant qu'un enfant né de son amour pour son soldat ne vienne briser sa solitude. Quelques années plus tard, Pinkerton revient au Japon. Cio-Cio-san se dit qu'elle a bien fait d'attendre. Seulement, il n'est pas revenu le même homme. Il s'est marié à une femme américaine qui, en apprenant l'existence d'un enfant, va tout faire pour en obtenir la garde. Résignée, mal conseillée, amoureuse, Cio-Cio-san accepte de voir son fils adoré partir pour un nouveau monde fantasmé de tous. Après avoir dit adieu à son enfant dans un bouleversant tête-à-tête, et sans avoir revu Pinkerton, elle se suicide dans les dernières secondes de l'opéra, au moment même où pris de remords, l'officier américain entre dans la pièce et découvre ensanglantée celle qu'il a aimée à l'article de la mort.

La musique, teintée de sonorités japonisantes, servie par de somptueuses mélodies parmi lesquelles le duo d'amour ("Viene la sera"), l'air de Butterfly ("Un bel di vedremo") et sa mort ("Con onor muore") a rapidement conquis le public. De nos jours, "Madama Butterfly" est chaque année classée dans le Top 10 des opéras les plus joués dans le monde.

"Viene la sera"

"Un bel di vedremo"

"Con onor muore"

Que l'on soit musicien ou non, adepte de l'opéra ou non, les amoureux du Japon se doivent de voir au moins une fois une représentation de Madame Butterfly, si possible dans une grande salle comme à l'Opéra de Paris, ou en Italie à la Scala de Milan ou la Fenice de Venise.

Pour ma part, je l'ai vu des dizaines de fois, écouté des centaines, pour ne pas dire des milliers, et à chaque fois la même émotion, les mêmes larmes.

Frédéric Mitterrand, en grand admirateur de l'oeuvre, en avait réalisé en 1995 un film-opéra disponible sur YouTube en version sous-titrée anglais, et malheureusement indisponible à la vente en France. Peut-être le moyen le plus accessible de découvrir la richesse de l'oeuvre et garantir une immersion totale dans le Japon du début du XXe siècle.

Ecoutez "Viene la sera" (38'13), "Un bel di vedremo" (1'00'15), Con onor muore (2'06'42)

https://www.youtube.com/watch?v=dhGZMPMJuTg

Madama Butterfly, c'est la première histoire de mariage mixte entre une japonaise et un étranger portée à la connaissance du public occidental, comme quoi c'est pas nouveau, et un voyage vers un Japon adoré des artistes de l'époque - Van Gogh et Monet, pour ne citer que deux peintres - et fantasmé par la bourgeoisie et l'aristocratie de la belle époque.

Madama Butterfly est au programme de la saison 2015/2016 de l'Opéra de Paris pour des représentations prévues du 5 au 30 septembre, dans une mise en scène exceptionnelle de Robert Wilson.