Shojo Kissa

Se souvenir.

Avec un jour de retard, j'apporte mes deux yen au souvenir de ce jour horrible qui a bouleversé le Japon et le Monde. Je n'étais pas au Japon à ce moment-là, mais mes amis, oui. Quand je repense à l'horreur qui s'est emparée de moi en lisant les nouvelles, j'imagine ce que cela a dû être pour les habitants. Les victimes, d'abord, mais pour tout le pays.
Non, en fait, je n'imagine pas. Personne ne le peut vraiment sans le vivre.

Deux ans après, je suis là, à Tokyo.
Je travaillais hier, et j'attendais qu'on fasse cette minute de silence... 14h40... 14h45... 14h46.... 15h...
Rien.

RIEN.

Par ma profession qui fait de moi un membre du Service Mnémonique de l’Humanité, les commémorations ne sont pas mon fort, mais se souvenir est un devoir. J'ai été choquée par cette absence.
La vie continue, certes, mais...

Mais je pense aux victimes, à ces gens qui ont perdu leurs proches, leur famille, qui ont tout perdu, et dont beaucoup vivent encore dans des logements précaires. Cette vidéo du tsunami qui me hante encore... Le tsunami arrive, les eaux noires se déversent rapidement vers l'immeuble ou se sont réfugiées quelques personnes. Au loin, une voiture passe un tunnel...et se dirige droit vers la vague. Au premier plan, des personnes âgées qui grimpent, dont un couple. Monsieur est devant, Madame traîne la patte... et Monsieur revient en arrière pour l'aider...
Les larmes me montent aux yeux en y repensant. Je vous laisse imaginer ce qui a suivi...

Et comment peut-on oublier les mensonges de Tepco ? La centrale en équilibre instable qui tue lentement le Japon et la planète depuis deux ans ?
Pis encore, comment peut-on voter pour des pro-nucléaires quand on peste contre l'implantation de centrales... ?
Je ne suis pas la pour faire de la politique, mais c'est tout bonnement illogique.

J'y reviendrais peut-être un jour, mais je fais partie de ceux qui vérifient la provenance des aliments achetés. C'est loin d’être une sinécure, vous vous en doutez, mais c'est un choix dont je ne me suis jamais plainte. Ce qui est grave, c'est qu'on ait à faire ce choix.

Passons.

A chaque soleil qui se lève sur le Mont Fuji, je repense à ceux qui ne le verrons plus jamais, emportés trop tôt, à ceux qui pourraient ne plus le voir sous peu, irradiés, à ceux qui ne sont pas encore nés, mais qui pourraient ne jamais le voir.
Et c'est tout ce qui importe.

ご冥福を祈ります。

Shojo Kissa
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