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Fantômes contre fantômes, d'O-bon à Halloween...

Halloween, c'était hier. Depuis quand fête-t-on Halloween au Japon ?

En France, cela fait tout de même quelques décennies que cette fête des saints originaires des îles Britaniques a réussi à s’implanter. Ahhh… il était bon le temps où, à la veille de la Toussaint, tous les enfants de mon quartier ne venaient pas frapper à ma porte pour me prendre en otage en échange de friandises. Laissez-moi tranquille !

Au Japon ? Eh bien, Halloween est un concept qu’ils ignoraient ou n’avaient pas compris jusqu’à peu. L'Halloween au Japon ne signifiait rien d’autre pour les japonais, que de supporter des étrangers chanter dans les bars affublés de costumes certes amusants mais se baladant joyeusement « pompette » et bruyamment dans les transports publics. Aujourd’hui, ils fêtent aussi Halloween. Que s’est-il passé ?

Il s’avère que l’invasion est arrivée en 2000 par le biais d’une souris en culotte rouge accompagnée de sa bande d'hurluberlu et avec l’aide des plus efficaces des chevaux de Troyes, les parcs à thème préférés des japonais : Tokyo Disneyland et Universal Studios Japan à Osaka.

A bien y regarder, il est logique que le pays qui a « offert » le cosplay au monde, se soit pris d’affection pour cet évènement même si le rituel « Trick or treat! » (« Farce ou friandise ! ») n'est que peu pratiqué par les enfants japonais.

Au cours de l'automne, à l'approche de cette période, il y a une légère hausse du nombre de maisons hantées, comme on peut en voir dans les animés ou les dramas. Tout le monde aime les maisons hantées parce que les maisons hantées sont amusantes.

La machine merchandising japonaise profite de l’intérêt grandissant porté à cette fête. Les boutiques préparent de nombreux évènements sur ce thème. Les petites citrouilles (celles de tailles normales sont extrêmement coûteuses), les gâteaux, biscuits, et les crème glacée parfumés s'arrachent comme des petits pains le moment venu. Certaines vitrines arborent les fameuses citrouilles lanternes oranges «Jack-o-Lantern». On peut voir en cette période des défilés costumés financés par les commerçants de quartier. Parmi les défilés d'Halloween à Tokyo, le plus connu est certainement la «Harajuku Omotesando Hello Halloween Pumpkin Parade» qui selon le site du tourisme officiel de Tokyo fêtera cette année sa 30ème édition (difficile à croire). Environ 1300 enfants déguisés y défilent sur à peu près 1 km tout au long d'Omotesando. Après la fin de la parade, les enfants déguisés peuvent s'amuser à piocher des milliers de confiseries afin de savourer pleinement l'ambiance d'Halloween dans la joie et la bonne humeur ! Tout le monde aime les bonbons.

Ce n'est pas un évènement national encore, mais au grand dam de certains, la fête prends de plus en plus d'ampleur au fil des ans, surtout à Tokyo. Heureusement, rien n'est perdu car tout se passe toujours un peu différemment au Japon, plus encore qu’en France.

En Occident, si Halloween est étroitement liée à la mort, avec ses racines bien ancrées dans les festivals saisonniers ainsi qu'avec la Toussaint, il est clair qu'au Japon, on ne voit ce jour pas de cette façon. Halloween reste un jour férié importé d'Amérique. Le calendrier est différents après tout.

Les contes et légendes y sont bien différents. Les fantômes et les monstres occidentaux n'ont rien d'effrayants, ils sont amusants, on en fait des figurines pour les enfants. Jamais vous n'entendrez parler des effrayants Yurei, ni des affreux Yokai pendant Halloween. Au Japon, l'automne est une saison "sûre" et c'est le marasme de l'été dont il faut s'inquiéter. Halloween n'est qu'un prétexte pour prolonger la saison estivale dans une atmosphère un peu moins effrayante, moins enracinée dans leur réalité et plus artificielle.

Car, au Japon, vous le savez certainement, il existe une période appelée O-Bon. C'est la fête des mort qui se déroule entre mi-Juillet et mi-Aout suivant les régions. On honore les esprits des ancêtres respectant des rituels toujours d'actualités. Les japonais partent à la campagne sur les terres de leurs ancêtres. Ils dansent dans les festivals pour glorifier les disparus. Les jeunes (et les moins jeunes) perpétuent une tradition qui existe depuis des siècles, celle de se raconter des Kaidan (histoires de fantômes).

A ce sujet, il existe un jeu appelé hyakumonogatari (les cents contes). Un groupe de gens se regroupent dans une pièce, allument cent bougies et se racontent des histoires effrayantes à tour de rôle. On éteint une bougie pour chaque histoire racontée et ce jusqu'à l'aube. La légende veut que lorsque la centième bougie est finalement éteinte, quelque chose arrive.

Qu'est-ce exactement ? Il n'y a qu'une façon de le savoir et je suis pratiquement sûrs que cela implique quelque chose de désagréable. A faire froid dans le dos et c’est peu de le dire!

Je ne vois qu'une raison à la fascination des japonais pour les histoires de fantômes effrayantes. Il est difficile d'imaginer survivre à un été sur l’archipel sans air conditionné, alors c'est peut-être ainsi que certains se rafraîchissent, avec les frissons d'un conte de terreur.

Fantômes contre fantômes, d'O-bon à Halloween...

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