• Langues en danger

    dimanche 8 juillet 2012 / SoKeA Dam

    Une langue, une âme. 

    Citoyens du monde, serait-il problématique pour vous si l'on cessait de parler Aragon ? Chorote ? Tumzabt ? Assiniboine ? poitevin ? Ou bien koro, une langue que l’on vient de découvrir récemment et qui est parlé par un tout petit milliers de personnes dans un petit coin du nord de l'Inde ? Non, probablement pas. Mais ce serait une perte énorme pour l’Humanité.

    96% des langues ne sont parlées que par 4 % de la population mondiale. 500 langues sont parlées par moins de 100 locuteurs. L’anglais est la langue maternelle de 328 millions de personnes. Le mandarin est celle de 845 millions d'êtres humains.

    "Avec la disparition de langues non écrites et non documentées, l'humanité perdrait non seulement une richesse culturelle, mais aussi d’importantes connaissances ancestrales, contenues en particulier dans les langues indigènes."

    Une langue meurt tous les 14 jours. L'Unesco « estime que, si rien n'est fait, la moitié des quelques 6 000 langues parlées répertoriées aujourd'hui disparaîtront d'ici la fin du siècle. »

    Il y a quelques jours, Google.org, la branche philanthropique du géant du web américain, a officialisé un projet dédié à la protection des langues et dialectes menacées en partenariat avec l'alliance pour la diversité linguistique :  Endangered Language

     

    Le web, sauveur des langues en danger ? 

    QUELQUES CHIFFRES SOURCES (Je vous invite à visiter les sites de l'Unesco, de Sorosoro, et de la fondation Chirac pour la diversité culturelle.) :

    - Plus de 90% des contenus disponibles via le moteur de recherche le plus utilisé de par le monde sont rédigés en seulement 12 langues.

    - 45% de ces contenus le sont en anglais. L'anglais n'est la langue maternelle que de 5% de la population mondiale.

    Google, le moteur de recherche qui rapatrie et sauvegarde sur ses serveurs tout le web depuis des années, qui a longtemps travaillé à numériser des livres anciens sur le web, qui vous permets de déchiffrer à défaut de vraiment traduire les pages web dans plus de 30 langues espère maintenant utiliser son image en faveur des langues en voie de disparition.

    Sur cette plateforme collaborative, chaque internaute peut accéder à de nombreuses informations et contenus relatifs au patrimoine mondial et y déposer ses propres documents en utilisant évidemment les services qu'offre Google sur le web.

    Les curieux peuvent cliquer sur les milliers de points disposés sur une Google Map permettant d'un coup d'oeil d'observer les régions du monde où les langues sont en danger. Vous pourrez voir des vidéos de chants aborigènes hébergés sur Youtube, lire des manuscrits du XVIIIème siècle écrits dans une langue amérindienne au bord de l'extinction via Google Docs ou récupérer des ebooks disponibles sur Google Livres. Un compte Google Mail est indispensable pour pouvoir partager les informations en sa possession.

    Les intérêts de la firme américaine sont aussi là. A ce sujet, Google affirme que "Les (ses) technologies peuvent soutenir ces efforts, en aidant les gens à créer des enregistrements de haute qualité de leurs aînés, souvent les derniers locuteurs de leur langue, en mettant en contact des communautés disparates dans les médias sociaux et en facilitant l'apprentissage de langues".

    Le projet est né il y a deux ans. «Google a joué un rôle dans le développement et le lancement de ce projet, mais sur le long terme, le but est que les vrais experts qui travaillent dans le champ de la préservation des langues reprennent le flambeau.» Le site sera cédé "dans quelques mois" à  l'Institut pour la technologie et l'information sur les langues de l'Université du Michigan de l'est, et au Conseil culturel des peuples premiers (First Peoples’ Heritage, Language & Culture Council (FPHLCC)). Ces derniers seront responsables de l’entretien et de l’expansion du site.

    Si les technologies de l'information et des communications actuelles peuvent influencer des peuples et créer des révolutions culturelles et politiques, elles peuvent nous aider plus que jamais à sauvegarder ces patrimoines de l'humanité, notre héritage et aider les peuples à se comprendre. Google de par son aura pourra, peut-être, mettre en avant le travail effectué par les dizaines, les centaines d'organisations travaillant déjà à la sauvegarde de notre patrimoine linguistique, l'idée de réunir un grand nombre de petits efforts de préservation, sous la bannière d'un puissant organisme qui continuera à financer le projet, selon ses propos, peut faciliter et accélérer certaines choses.

     

    Ainu, langue menacée

    Et au Japon ? Le site recense pour le pays, l'Ainu (du peuple du même nom : Ainu (アイヌ), Aynu, Aino (アイノ), Aïnou...) et, selon différentes sources, précise que le niveau de vitalité de la langue est hautement critique.

    Je vous propose d'aller faire un tour sur la partie du site Endangered Language consacrée pour découvrir les documents proposés sur cette langue en voie d'extinction. Sur Wikipédia, une page est dédié à cette ethnie du nord du Japon qui aurait inspiré Miyazaki pour Princesse Mononoké.