La journée qui en vaut mille

mercredi 15 septembre 2010 /

En faisant le tri dans les milliers de photos que je peux prendre chaque mois, j'ai retrouvé une série datant du 24 juin prise au temple shintō Atago en plein coeur de Tōkyō.

Pourquoi ai-je décidé de vous parler de ce temple méconnu des touristes ? Les raisons sont nombreuses.

Un peu d'histoire pour commencer. Le temple a été construit en 1603, bien qu'il ait été presque entièrement reconstruit en 1958. Situé sur une colline de 26 mètres de haut, on y accède par de grands et raides escaliers (ou pour les moins courageux, par un ascenseur). De par sa position en hauteur, le site du temple était jadis utilisé pour repérer les débuts d'incendie. C'est donc naturellement qu'on y vient aujourd'hui encore prier plusieurs divinités comme Homusubi no mikoto, le Dieu du feu et d'autres comme le Dieu de l'eau, des montagnes ou des militaires.

Je le disais en préambule, ce temple est quasi inconnu des touristes et ce pour plusieurs raisons. D'une part, il est relativement petit et n'offre pas un intérêt extraordinaire quant à son architecture. D'autre part, il est situé dans un quartier de bureaux, bien loin des grands centres touristiques traditionnels. Moi-même, je n'en avais pas connaissance avant le 24 juin, date d'un jour hautement symbolique pour l'endroit.

Ce jour là, une foule dense se rend au temple pour y prier. Et pour cause, prier le 24 juin apporte les mêmes bénéfices que prier pendant 46,000 jours ! Ce qui fait tout de même plus de 125 ans ! Le nombre de 46,000 est évidemment exagéré et correspondrait davantage à mille jours d'après un calcul faisant état de 4 étapes de 6 heures dans chaque journée. 4 et 6 rassemblés font 46 (mathématiques japonaises !), et 46 x 1000 = 46,000 ! CQFD. Il y'a d'innombrables autres explications concernant ce nombre plus que mystérieux...

 

Une légende rapporte qu'un jeune samouraï osa gravir ces "sacrés" escaliers à cheval. Il y serait parvenu en moins d'une minute. En revanche, la descente parut bien plus ardue si l'on s'en réfère aux 45 minutes qu'il leur a fallu pour rejoindre leur point initial. La légende se termine en disant que le cheval était épuisé. Ca, on veut bien le croire !

Autre bienfait de cette journée, les hōzuki. Hōzuki est le nom japonais du fruit connu en France sous le nom de physalis, une variété de cerise de terre. Le nom anglais de ce fruit est "Chinese Lantern", en référence à sa forme rappelant effectivement celle des lanternes chinoises. Selon une autre légende datant de la période Edo (1600-1868), un homme aurait entendu un message divin lui annonçant que les hōzuki auraient des vertus médicinales. L'homme en offra donc à ses proches et s'aperçut qu'effectivement son enfant qui était malade, ainsi que sa femme qui souffrait de maux de ventre, guérissait rapidement. Tous les 23 et 24 juin, les visiteurs du temple peuvent acheter un pot de hozuki déjà "purifié" et en prime le "repurifier" dans la salle de prière du sanctuaire. Si vous lisez cet article en prévision de vous rendre au temple Atago pour y acheter un de ces fameux pots, sachez qu'ils se vendent très vite, et que passées les premières heures, il est fort probable que vous repartiez bredouilles.