Considéré comme le Walt Disney japonais. Co-fondateur du Studio Ghibli à qui l'on doit les personnages entre autres de Totoro, Kiki ou Mononoke. "Le voyage de Chihiro" reste à ce jour le plus grand succès de l'histoire du cinéma japonais. Annonce sa retraite lors de l'été 2013.
Le Village sans nom, de Davide Cali : un voyage malicieux au pays des yokai
Le folklore japonais irrigue abondamment la littérature jeunesse contemporaine, parfois au prix d’une simplification excessive. Le Village sans nom évite cet écueil en assumant une forme hybride, entre récit teinté d’ironie et prolongement documentaire, sans jamais sacrifier l’un à l’autre. Le texte de Davide Cali est accompagné des illustrations de Qu Lan, dont le trait à l’encre de Chine impose une esthétique sobre et maîtrisée, indispensable à la réussite de l’ensemble.
L’intrigue : une collecte de taxes en terre inconnue
Dans la province isolée de Totomi, Daisuke, jeune samouraï au service de son daimyo, est chargé de collecter le nengu, un impôt payé en riz. Sa mission le conduit vers un village introuvable sur les cartes, dont la particularité intrigue autant qu’elle agace : aucun paiement n’y a jamais été enregistré.
Arrivé sur place en journée, le samouraï fait face à un espace figé, presque désert. Les habitants esquivent toute interaction : le maréchal-ferrant est introuvable, le forgeron est trop malade, le charpentier est parti au chevet d’une mère mourante. Quant au vieux marchand de soupe miso, visiblement aveugle, il lui explique avec philosophie que les gens du coin glissent entre les doigts des collecteurs « comme des anguilles ».
Pourtant, dès la nuit tombée, le décor se transforme radicalement : les lieux s’éveillent dans le vacarme d’une fête endiablée sur la plage. Happé par cette vitalité soudaine, Daisuke cède chaque soir à l’hospitalité des villageois. Pris au piège des banquets où le saké coule à flots et où les plats d’anguille grillée (unagi) s’enchaînent, il s’endort systématiquement pour se réveiller le lendemain dans son char, l’esprit embrumé, sans avoir récolté le moindre grain.
Cette mécanique se répète jusqu’au troisième soir, moment où Daisuke tente enfin de reprendre le contrôle. En s’appuyant sur cette progression, l’auteur mobilise la structure bien connue des trois répétitions, un ressort classique des contes folkloriques qui installe un effet d’attente et de variation. Dans ce contexte, cette itération produit également un décalage proche de certaines formes de narration japonaise, où la répétition d’une même situation, légèrement modifiée, prépare progressivement la rupture finale avant la chute.
C’est à ce moment précis que la comédie sociale s’efface et que les masques tombent : le village dévoile alors son véritable visage, bien plus fantastique et menaçant qu’il n’y paraît. Face à un secret qui le dépasse, le jeune samouraï doit abandonner la force brute au profit d’une diplomatie pragmatique, et pour le moins machiavélique, pour sauver sa peau. L’ironie de la situation se déploie savoureusement jusqu’au dénouement de l’ouvrage.


La forme : un dialogue maîtrisé avec l’histoire de l’art
L’album trouve sa singularité dans son traitement visuel. Qu Lan travaille à l’encre de Chine avec des pinceaux traditionnels, exploitant, avec une grande économie de moyens, le jeu du vide et du plein pour rappeler le mouvement du monde flottant (ukiyo). Sa palette, volontairement réduite — des gris, des tons pâles et quelques touches de rouge et de bleu indigo — laisse le trait vibrer de manière organique.
Tout au long de l’ouvrage, le graphisme moderne de Qu Lan dialogue directement avec de véritables chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art japonais. Plutôt que de simples influences, l’album fait physiquement cohabiter les lavis contemporains de l’illustratrice avec d’authentiques estampes classiques. Ses compositions épurées, pensées pour ne jamais rivaliser avec les œuvres historiques, côtoient ainsi de vrais paysages poétiques d’Hiroshige, des estampes d’Hokusai, ou encore les créatures grotesques dessinées au XIXᵉ siècle par Kawanabe Kyosai.
La seconde partie de l’ouvrage propose un carnet documentaire complet sur les créatures folkloriques (tanuki, kitsune, kappa, rokurokubi, etc.).
Dominique Buisine, en charge de ce volet, s’attache à établir des ponts clairs avec la culture contemporaine. Il décrypte notamment comment des films comme Pompoko d’Isao Takahata ou Le Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki, au sein du studio Ghibli, ont directement réutilisé ces figures ancestrales (à l’instar du spectre de la lanterne d’Oiwa, dessiné par Hokusai). Ce second volet offre de précieuses clés de lecture et prolonge intelligemment l’expérience initiale sans jamais l’alourdir.

La matière : l’objet-livre comme prolongement sensoriel
Intégré à la collection Pont des arts — Les carnets, l’ouvrage se déploie dans un format de poche idéal (15 × 19 cm). Pensé comme une passerelle sensorielle, l’objet-livre reprend tous les codes du carnet d’aquarelle : une couverture rigide robuste, des bords ronds adoucis et un élégant élastique de fermeture rouge sur le côté droit.
À l’intérieur, les pages se parent d’un papier ivoire lisse, dense et légèrement absorbant, dont le grain et la tenue évoquent un authentique papier à dessin. Cette matérialité soignée offre un écrin parfait aux lavis de Qu Lan, retenant la lumière sans aucune brillance artificielle, tout en laissant respirer les blancs.
C’est la grande réussite de cette collection, conçue pour les enfants dès 9 ans (auxquels elle s’adresse, même si la partie documentaire sur les yokai et l’histoire de l’art les intéressera peut-être plus tard, ou retiendra davantage l’attention des adultes curieux) : utiliser la noblesse de l’objet pour faire découvrir l’art par le prisme de la fiction.
Cette cohérence se prolonge dans le soin apporté à la fabrication : l’uniformité de la série invite naturellement à collectionner les volumes, que l'on prenne plaisir à les aligner fièrement dans une bibliothèque ou à les empiler comme de précieux carnets d'artistes.

L’œil de DozoDomo
Côté Omote (ce qui nous a charmés) :
- Une écriture qui joue sur la répétition et le décalage, installant une forme d’humour discret plutôt que démonstratif.
- Un traitement graphique qui s’inscrit dans une tradition sans la figer, avec une vraie cohérence plastique.
- Un carnet documentaire utile, pensé comme prolongement et non comme annexe.
Côté Ura (nos petites réserves) :
- Une tonalité parfois ambiguë, entre légèreté et menace : l’atmosphère d’humour noir et les créatures anthropophages s’inviteront peut-être dans les cauchemars des enfants de moins de 8 ans un peu trop sensibles.
- Le personnage principal volontairement passif, dont la frustration de repartir le panier totalement vide après trois jours de fête devient le ressort narratif central.
L’embarquement
Embarquez pour ce voyage si :
- Vous êtes passionné par l’univers des yokai, l’esthétique de l’ukiyo-e et les récits folkloriques à double fond qui ne simplifient pas excessivement le patrimoine japonais.
- Vous êtes sensible aux propositions graphiques soignées, capables de faire résonner l’art d’Edo avec la pop culture d’aujourd’hui.
Restez à quai si :
- Vous préférez les contes de fées lisses, les récits purement linéaires, et redoutez les parades nocturnes peuplées de démons.
- Vous êtes un daimyo extrêmement rigide sur la transparence de vos cartes de la province de Totomi.
Le sceau de DozoDomo
99 démons sur 100 : la taille réglementaire d’une Parade nocturne (hyakki yagyō) réussie, où l’étrangeté l’emporte sur le spectaculaire, le dernier spectre s’étant évaporé avant l’aube.
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Dans la province de Totomi, il existait un village sans nom. Il n’était inscrit sur aucune carte. La rumeur disait qu’il comptait de nombreux habitants mais qu’aucun ne payait ses impôts au seigneur… Impensable ! Daisuke, un samouraï, fut dépêché pour les récupérer. Cependant, une fois arrivé, Daisuke en fut incapable. Village désert le jour et animé de fêtes endiablées la nuit, où était-il tombé ?
Nombres de yokai peuplent ce livre… Estampes et dessins sont égrenés dans ce récit fantastique.
- Éditeur : Editions L'Elan vert
- Date de publication : 5 juin 2026
- Langue : Français
- Nombre de pages de l'édition imprimée : 72 pages
- ISBN-10 : 2844559379
- ISBN-13 : 978-2844559371
- Poids de l'article : 272 g
- Âge de lecture : 8 - 12 ans
- Dimensions : 15.5 x 1.3 x 19.6 cm

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