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Tokyo Vice : plongée dans les ruelles sombres de Tokyo

À l’origine publié en 2009 aux États-Unis, Tokyo Vice est disponible en version française depuis février 2016 aux éditions Marchialy. Autobiographie aux allures de roman noir, c’est l’histoire de Jake Adelstein, premier américain à être devenu journaliste pour le Yomiuri Shinbun. On y suit le jeune reporter à partir de 1993, date de son entrée au journal.

La face cachée de Tokyo

Durant sa carrière Jake Adelstein aura été affecté à différents services tel que l’antigang ou la brigade des mœurs, nous voilà donc embarqués avec lui dans les ruelles sombres de Roppongi ou Saitama à la recherche du scoop tant convoité. A travers ses virées dans les clubs de strip-tease, ses rendez-vous avec ses informateurs ou ses face-à-face avec des yakuza, Adelstein nous plonge totalement dans un Japon que l’on a pas l’habitude de voir. Il y décrit ses virées nocturnes, ses rencontres, ses amis (ou ennemis) avec tant de détails que la lecture s’avère très facile et que l’on se laisse ainsi rapidement emporter dans ses enquêtes.

Tout d’abord orienté vers des actes criminels quelconques, le roman évolue – en même temps que la carrière de Jake - vers une facette bien plus glauque de Tokyo qui représentera ensuite une grande partie de la vie de notre reporter : le traffic d’êtres humains. Le commerce sexuel prend d’ailleurs une grande place dans le livre avec un langage très cru. Son travail de journaliste amènera alors Jake à enquêter sur le Yamaguchi-Gumi, la plus grande organisation Yakuza qui existe, et sur le célèbre Tadamasa Goto.

Un portrait de la société japonaise

Tokyo Vice est bien plus qu’une vaste enquête journalistique, il dresse également un intéressant portrait de la société japonaise des 90’s-2000’s. Adelstein y expose le rapport des Japonais au travail, à l’alcool ou encore à la sexualité. Il nous présente son travail de journaliste mais également les liens étroits et parfois ambigus entre l’Etat, les services de police, la presse et le crime organisé. Les paradoxes de la société japonaise, la corruption ou les vides juridiques qui permettent les dérives, rien n’est tabou pour le journaliste américain. Les bons côtés du Japon n’y sont toutefois pas oubliés. A côté des critiques sur la société nipponne, on trouve également les notions très chères au Japon telles que le respect, l’honneur et les traditions.

Adelstein se retrouve alors un peu perdu entre ces deux facettes du pays dans lequel il vit depuis ses 19 ans. La limite entre bien et mal se fait très floue et même les yakuza n’y sont pas tous dépeints comme d’horribles criminels. Le rapport de certains Japonais aux Gaijin, les étrangers, est également abordé et Adelstein en profite ainsi pour se confier sur sa propre adaptation, son sentiment d’appartenance à la société japonaise mais aussi son amour pour son pays d’adoption.

Jake Adelstein a été plusieurs fois critiqué sur la véracité de son histoire et il faut bien avouer qu’il est parfois difficile de déceler le vrai du faux, de se dire que tout s’est passé de cette manière. Cependant, les allusions à des enquêtes célèbres au Japon, l’ancrage dans la réalité et la temporalité rendent cette plongée dans le Japon underground plus que prenante. Le livre a d’ailleurs attiré l’intérêt des studios de cinéma et une adaptation est actuellement en cours avec Daniel Radcliffe pour incarner Jake Adelstein.

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