Le Thon Libre

Putain, deux ans !

Bonjour à tous !

Le Thon Libre a décidé une nouvelle fois de quitter ses eaux empoisonnées pour une bonne raison. Il y a deux ans jour pour jour s'est passé ce qu'aucun Japonais oubliera. Quand un tremblement de terre d'une violence extrême a engendré une vague non moins gigantesque, ce sont plus de 20,000 personnes qui y ont perdu la vie.

Que reste-t-il aujourd'hui de ce 11 mars 2011 où le Japon tout entier a tremblé d'effroi ? Quelles sont les réactions des Japonais quand on leur rappelle ce jour tragique ?

Bien sûr, les images et les sensations restent. Tout le monde se souvient de ces images de la télévision qui montraient des villes et villages engloutis sous les eaux. A Tokyo, les gens se rappellent surtout de la secousse de 14h46 et des innombrables répliques qui ont suivi. Chacun s'accorde à dire qu'ils avaient vécu ce jour là, le plus grand séisme de leur existence. De tous les évènements qui ont découlé de ce séisme, les Japonais retiennent leur peur et leur effroi face au tsunami fatal au nord du pays.

Peu, trop peu gardent en mémoire la panique mondiale générée par l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima. Pour une majorité, c'est de l'histoire ancienne. En deux ans, rien a changé. Pire, les dernières élections législatives qui ont vu Shinzō Abe redevenir Premier Ministre ont été le témoin de la volonté du peuple de faire table rase du passé.
J'en veux pour preuve ces deux manifestations organisées ce samedi 9 mars à Tokyo. L'une contre le nucléaire et pour les réfugiés de Fukushima et une autre pour protester contre le nuage de pollution en provenance de Chine. Manifester contre les Chinois devient monnaie courante au Japon quand défendre l'intérêt du peuple entier en luttant contre le danger nucléaire devient moins "tendance" qu'il y a un ou deux ans. Et pourtant, si le tsunami reste une cicatrice à peine refermée, la situation à Fukushima en est encore au stade de la plaie ouverte.

Le même jour à Paris avait lieu une chaîne humaine où de nombreux amis de dozodomo ont participé pour dénoncer les dangers du nucléaire au Japon et dans le reste du Monde. Et ça fait tellement plaisir de voir des amoureux du Japon prêts à sa battre pour autre chose que pour savoir quel manga est le meilleur entre Naruto ou One Piece, et à à condamner la politique énergétique du pays pour la bonne cause. Aizen, Umiko, Kaeru, tous ces amis de dozodomo et tant d'autres, qui chaque jour se mobilisent pour préserver la seule chose qui mérite qu'on se batte pour elle, la vie.

Dans la ville même de Fukushima pourtant située à 60 kilomètres de la centrale, et c'est un exemple parmi tant d'autres, le taux de 0,1 microsievert par heure, la limite acceptable par le corps humain, est dépassé dans quasiment tous les quartiers. Dans certaines écoles, il dépasse les 4 microsieverts soit 40 fois la norme tolérée. C'est toute une génération d'enfants qui se voit sacrifiée sur l'autel de la bêtise humaine. Je ne parle même pas des milliers de familles de réfugiés, relogées "temporairement" depuis deux ans dans des baraquements à quelques dizaines de kilomètres de Fukushima Daiichi. Ne rien dire, ne rien faire, c'est cela qui est criminel.

Le Thon Libre est triste de voir ce pays qu'il aime tant se faire seppuku par petits coups. Tous ses amis japonais ou presque ont voté pour Abe, non pas parce qu'il avait assuré remettre en marche les centrales nucléaires mais parce qu'il représente celui qui sera capable de redresser l'économie et de tenir tête à ces enfoi... de Chinois. On voit ici où se situent les priorités des Japonais, et ça me rend très malheureux.

Alors j'entends déjà les discours des pro-nucléaires, qui sont d'ailleurs davantage anti anti-nucléaires que pro. "Qu'ils aillent dans le Larzac avec des bougies à manger des fleurs" ou "Ils veulent le retour de l'âge de pierre ces illuminés. Qu'ils y retournent et qu'ils nous fassent pas ch... avec leurs éoliennes". Je connais ces discours parce que j'étais moi-même pas loin de les prononcer dans le passé. Il m'aura fallu vivre Fukushima pour ouvrir les yeux et comprendre qu'aucun progrès technologique, aussi utile soit-il, ne mérite qu'on sacrifie notre santé et à plus ou moins long terme notre planète entière. Je n'ai jamais compris comment les pro-nucléaires pouvaient-ils être si agressifs et peu constructifs dans leurs arguments. En général, ce sont souvent des arguments du type "C'est pas avec du solaire qu'on va faire tourner des TGV" ou "Stopper le nucléaire d'accord, mais si c'est pour augmenter notre facture énergétique, c'est déjà la crise alors..." Le Thon Libre n'a pas à vous révéler ses opinions politiques, il vous dira juste qu'il n'est pas écolo, ni d'extrême gauche. Malgré cela, il devient de plus en plus hostile à cette énergie. En France, les familles Durand de la Michodière et consorts devraient, selon moi, se sentir davantage concernées par Fukushima et ses problématiques que par celles liées au mariage pour tous. Que cette loi passe ou pas, ça ne changera pas la face du Monde ni celle des générations futures.

En ce 11 mars 2013, deux ans après le grand tremblement de terre du Tōhoku, on pense à toutes ses victimes et surtout aux prochaines. Car oui, cette date n'a pas fini de secouer le fragile équilibre sur lequel une poignée de fous avide d'argent et de pouvoir continue de danser. Après Tchernobyl et Fukushima, et comme le dit la FDJ, à qui le tour ?

Au vu des politiques menées actuellement, je crains qu'il ne nous reste plus qu'à prier pour que le Japon soit épargné par une catastrophe encore plus importante, car le jour où elle arrivera, il sera trop tard pour les Japonais comme pour la famille Durant de la Michodière de venir pleurer.

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