Le Thon Libre

Prudence est mère de sûreté

L’inquiétude reste de mise quant à la situation de la centrale de Fukushima. Ce lundi, de la fumée blanche s’évacuait du réacteur numéro numéro 2 et 3, faisant à nouveau craindre le pire. En France, il faut croire que les médias ont trouvé plus vendeur avec le début de l’opération « Aube de l’Odyssée » en Libye voire avec les passionnantes élections cantonales. Pour l'heure, la « facture » du séisme et du tsunami est évaluée à environ 235 milliards de dollars, soit le PIB de la Finlande ! Le Japon s’est relevé de la seconde guerre mondiale, il se relèvera de cette catastrophe. A n'en pas douter.

Cela fait maintenant cinq jours que je suis revenu en France, et bien que la situation ne soit pas toujours évidente à gérer, je sais pertinemment que j’ai pris la bonne décision en quittant le Japon ce mardi 15 mars. Mon oncle me disait à juste titre que lorsque l’on se retrouve plongé dans l’eau en pleine mer, on nage, et seulement dans un second temps, on commence à réfléchir à la direction à prendre. Dans le cas du nucléaire, prendre le temps de la réflexion est un luxe qu'on ne peut pas se permettre. J'ai de la peine pour ceux qui ne mesurent pas l'importance de cette menace.

J’aimerais à présent faire un point sur la situation de mes amis et connaissance, qu’ils soient restés ou non au Japon. Vous le savez peut-être, mais le billet précédent a suscité grand nombre de commentaires, toujours bienvenus, mais pas toujours bien sentis. Que n’ai-je lu ! Lâche, fuyard, trouillard et un tas d’autres adjectifs fleuris. Vous pensez bien que les auteurs de ces remarques, bien installés dans leur vie sans relief, auraient agi différemment s’ils avaient eu à faire face à cette situation chaotique.

Ces personnes m’indifférant particulièrement, je préfère m’attarder sur le sort de ceux qui sont chers à mes yeux. J’ai eu ces derniers jours des contacts réguliers avec des Français et des Japonais pour qui quitter le Japon et plus précisément Tokyo est inimaginable. Et pour des raisons diamétralement opposées.

Les Japonais ont naturellement confiance en leur pays et leurs dirigeants. De plus, le Japon étant leur pays, où pourraient-ils fuir ? Ils n’ont ni famille, ni amis à l’étranger capables de les accueillir, et quand bien même ils en auraient, ce serait alors l’argent qu’il leur ferait défaut. En ce qui concerne les Français, le ton est différent et m’exaspère profondément. Une fois encore, chacun est libre de ses décisions. Les motivations de leur « résistance » sont à mon sens faussées par un excès de confiance mal venu. D’après eux, les médias occidentaux seraient responsables de l’exode massif des expatriés. Un catastrophisme qui n’aurait pas lieu d’être quand dans le même temps, les Japonais paraissent si sereins. Si sereins, que nombreux de mes amis japonais ont quitté le pays il y a déjà 5 jours, que le périmètre de sécurité autour de la centrale s’agrandit de jour en jour et que les premiers signes de radioactivité ont été décelés dans des aliments, et pire, dans le système d’eau potable de la ville de Tōkyō. La corporation du nucléaire est au moins aussi opaque que les nuages qu'elle dégage aujourd'hui. Ceux qui vantent la transparence de leur communication sont aveuglés par leurs écrans de fumée. Quand bien même il s’agirait de faibles niveaux de radioactivité, l’utilisation régulière d’eau, dans le cas de Tōkyō, pourrait conduire à de graves pathologies. On peut se protéger des guerres, des séismes ou des tsunami. Rien, si ce n’est un bunker souterrain, ne peut garantir une protection complète face à des radiations extrêmement toxiques comme celles dégagées de Fukushima. Les conséquences d’une exposition à celles-ci sont dévastatrices.

Alors oui, les Japonais ont repris le chemin des bureaux, les karaoké et salles de jeux fonctionnent à nouveau comme d’habitude, mais cette menace qui plane au-dessus de leur tête, les Japonais y pensent à chaque instant. Il serait peut-être bon que ceux qui peuvent encore éviter le pire le fassent, avant qu’il ne soit déjà trop tard. Au moins, ils sont prévenus.

Sélection de la rédaction